Français en classe
2nde · Argumentation

Éloge et blâme : l'art oratoire

L'art oratoire, d'Aristote à Victor Hugo

7 textes5 à retenir7 fiches d'activité
Créé en 2001-2002
Portrait de Victor HugoVictor Hugo
Portrait de AristoteAristote
Portrait de Julie de LespinasseJulie de Lespinasse
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 6 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Éloge et blâme : l'art oratoire, d'Aristote à Victor Hugo

Louer un grand homme, pleurer une princesse, opposer un héros modeste à un conquérant, faire le portrait d'un ami brillant : l'éloge et le blâme sont parmi les plus anciennes formes de l'argumentation. Aristote en fait l'un des trois genres de la rhétorique, le genre démonstratif ou épidictique, à côté du judiciaire et du délibératif. Cette séquence de Seconde part d'une idée simple, posée dès le cours d'introduction : il y a toujours une visée argumentative, une thèse (pour ou contre), dans un éloge ou dans un blâme, quel que soit le genre dans lequel il prend place. Elle suit cette thèse de l'oraison funèbre de Bossuet au discours de Victor Hugo aux funérailles de Balzac, en passant par le portrait mondain du XVIIIe siècle et le parallèle de Chateaubriand, avant de revenir à la source : la Rhétorique d'Aristote.

Fiche enseignant
Intitulé
L'éloge et le blâme
Objet d'étude
L'éloge et le blâme (programme de Seconde des années 2000)
Perspectives
Étude des genres et des registres ; approche de l'histoire littéraire et culturelle ; étude des effets sur le destinataire
Pratiques
Lecture cursive, lecture analytique ; écriture d'imitation, écriture d'invention ; lexique et procédés de l'éloge et du blâme ; analyse d'images
Corpus
Un groupement de textes littéraires et un ensemble de textes complémentaires ; images (caricatures, images de presse, publicités)
Durée
Onze séances, une évaluation intermédiaire et deux évaluations de fin de séquence (janvier à mai 2002)
Fil rouge
Que loue-t-on, que blâme-t-on, devant qui, et pour faire admettre quelle thèse ?

Le parcours

N°DominanteSupportNotions
1Première approcheCours d'introduction ; tri des textes du groupementLes trois genres oratoires ; problématique
2Le portrait élogieuxJulie de Lespinasse, portrait de CondorcetSuperlatif, hyperbole, accumulation
3Le blasonMarot, « Blason du beau tétin » (manuel de poésie)Anaphore, apostrophe, expansions du nom
4L'hymneBaudelaire, « Hymne » (manuel de poésie)Le registre laudatif
5Le texte publicitairePublicités ; Carelman ; Balzac, César Birotteau (chapitre de 4e)Arguments et registre laudatif
6L'éloge funèbreBossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre ; Malraux (référence)Registre pathétique ; oraison funèbre
ÉvaluationHugo, discours aux funérailles de Balzac« En quoi ce texte est-il un éloge ? »
7Le contre-blasonDu Bellay, « Ô beaux cheveux… » (manuel de poésie)Antiphrase, antithèse, ironie, oxymore
8Les stratégies du blâmeBalzac, Rostand, Valéry (chapitre de 4e)Caricature, insulte, critique
9Éloge et blâme parallèlesChateaubriand, Mémoires d'outre-tombe ; Hugo, « Chanson »Registre satirique ; antithèse, gradation
10Étude de documentAristote, RhétoriqueL'épidictique ; le beau et le laid moral
11Lecture de l'imagePortraits officiels et caricaturesOral : analyser une image
Méthode et évaluation finaleLe commentaire composé ; Hugo, Les ChâtimentsPanégyrique et diatribe

Les textes étudiés

TexteAuteur et titreŒuvre, date
Texte 1Julie de Lespinasse, portrait de CondorcetCorrespondance, 1774
Texte 2Bossuet, « Madame se meurt, Madame est morte ! »Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, 1670
Évaluation 1Victor Hugo, éloge de BalzacDiscours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac, 1850
Texte 3Chateaubriand, Washington et BonaparteMémoires d'outre-tombe, 1848-1850
Texte 4Aristote, les trois genres de la rhétorique ; les éléments de l'élogeRhétorique, livre I (IVe siècle av. J.-C.), traduction ancienne
Évaluation 2Victor Hugo, « Chanson »Les Châtiments, 1853
2Séance 1 · Première approche

Louer et blâmer : un art du discours

Cours d'introduction, tri des textes, problématique

La première séance trie les textes du groupement, identifie leurs genres (portrait, poème, discours, publicité, mémoires) et aboutit à la formulation de la problématique. Elle s'ouvre sur un rapide parcours historique, puis sur ce que les élèves connaissent déjà de l'éloge et du blâme.

A. Un peu d'histoire : les trois genres oratoires

Les Grecs distinguent trois genres oratoires, définis par Aristote au IVe siècle avant J.-C. Ces trois genres sont des parties de la rhétorique, l'art du discours.

GenreCe que fait l'orateurDevant qui ?
JudiciaireAccuser et défendreDes juges, au tribunal
DélibératifExhorter ou dissuaderUne assemblée politique
Épidictique (ou démonstratif)Louer ou blâmerDes spectateurs

Le genre épidictique s'adresse à des spectateurs, et non à des juges ou à des assemblées politiques. Il cherche à provoquer leur plaisir, et non la sévérité ou la clémence, la crainte ou l'espérance. Cet art de l'éloge concerne des faits présents, et non des faits passés comme le judiciaire.

Dès l'Antiquité, l'éloge et le blâme figurent autant parmi les discours prononcés à la tribune que dans des poèmes : les Épinicies de Pindare célèbrent la victoire des athlètes aux jeux Olympiques ; les Épodes d'Archiloque blâment son ancienne fiancée.

B. Deux exemples d'éloge d'un lieu

Le cours d'introduction s'appuie sur deux textes antillais, distribués en classe, qui ne sont pas reproduits ici (textes protégés). Dans Éloges, Saint-John Perse, qui a quitté les Antilles avec sa famille à l'âge de douze ans, célèbre la plantation de son enfance par des exclamations et une énumération heureuse des cultures, des bêtes et des bruits. Dans Texaco (1992), Patrick Chamoiseau décrit la même « Grand-case » qui domine les champs et les moulins : mais l'énumération des bœufs harassés, du désarroi des esclaves et de la boue montre que tout existe pour nourrir la puissance du maître. Le même lieu devient objet d'éloge chez l'un, de blâme chez l'autre.

Carte mentale de l'étapeélogeVoir dans le Lexique →
3Texte 1 · Séance 2

Le portrait élogieux

Julie de Lespinasse, portrait de Condorcet, 1774

Julie de Lespinasse (1732-1776), qui tint l'un des salons les plus brillants du XVIIIe siècle, fait ici le portrait du jeune Condorcet (1743-1794), avec qui elle entretint jusqu'à sa mort une correspondance amicale.

Texte 1 · « L'homme le plus étonnant »
Portrait de Julie de Lespinasse
Julie de Lespinasse1732 – 1776

Il a reçu de la nature le plus grand esprit, le plus grand talent et la plus belle âme ; son talent aurait suffi pour le rendre célèbre, et son esprit pour le faire rechercher ; mais son âme lui fait des amis de tous ceux qui le connaissent un peu particulièrement. […] À l'égard de son esprit, on pourrait lui donner un attribut qu'on n'accorde qu'à Dieu : il est infini et présent sinon partout, du moins à tout ; il est profond et subtil, il est fort et il est fin, il est clair et précis, et il est juste et délié ; il a la facilité et la grâce de celui de Voltaire, le piquant de celui de Fontenelle, le sel de celui de Pascal, la profondeur et la perspicacité de celui de Newton ; il joint enfin aux connaissances les plus étendues, les lumières les plus profondes, et le goût le plus exquis et le plus sûr.

Et ne dites point que c'est ici un portrait d'imagination, et que la nature n'a jamais produit un homme si extraordinaire ; je vous répondrai : la nature n'a point de bornes ; et si vous croyez que j'aie mis de l'exagération dans ce que je viens de vous dire, jugez vous-même M. de Condorcet ; causez avec lui, lisez ce qu'il a écrit ; parlez-lui philosophie, belles-lettres, sciences, arts, gouvernement, jurisprudence et, quand vous l'aurez écouté, vous direz cent fois par jour que c'est l'homme le plus étonnant que vous ayez jamais entendu. Il n'ignore rien, pas même les choses les plus disparates à son goût et à ses occupations : il saura les formules du Palais et les généalogies des gens de la cour, les détails de la police et les noms des bonnets à la mode ; enfin rien n'est au-dessous de son attention et sa mémoire est si prodigieuse qu'il n'a jamais rien oublié.

Julie de Lespinasse, portrait de M. de Condorcet, Correspondance (1774) · Lire l'œuvre

Portrait ovale au pastel d'un homme aux cheveux poudrés, en habit bleu, le regard calme
Anonyme (parfois attribué à Sophie de Condorcet), Portrait du marquis de Condorcet, pastel, vers 1790 ✱Voici Condorcet, l'homme dont Julie de Lespinasse fait un éloge enthousiaste.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapeportraitVoir dans le Lexique →
4Séances 3 à 5, 7, 8 et 11 · Repères

Du blason à la publicité, du contre-blason au blâme

Les séances sur la poésie, la publicité, le blâme et l'image

Cinq séances de la séquence portent sur des poèmes ou sur des portraits satiriques, étudiés dans d'autres volumes, et une sixième sur l'image : les poèmes d'éloge et de blâme dans le manuel de poésie, les portraits de Balzac et de La Bruyère dans le chapitre de 4e « Louer et blâmer : le portrait ». On en garde ici les notions et les consignes d'écriture, qui servent aux textes en prose de ce chapitre.

Séance 3 · Le blason

Support : Marot, « Blason du beau tétin » ; élargissements : Ronsard, « Marie, vous avez la joue… » ; Breton, « L'Union libre ». Définition du genre ; procédés d'écriture : anaphore, apostrophe, synecdoque ; point langue : les expansions du nom.

Séance 4 · L'hymne

Support : Baudelaire, « Hymne ». La séance fait la synthèse des procédés de l'éloge et introduit une fiche de méthode : répondre à une question globale (« En quoi ce texte est-il un éloge ? »).

Séance 5 · Le texte publicitaire

Support : une publicité pour un produit alimentaire ou pour une automobile ; élargissement : Balzac, César Birotteau (chapitre de 4e). Étude de l'argumentation ; étude du registre laudatif.

Séance 7 · Le contre-blason

Support : Du Bellay, « Ô beaux cheveux d'argent… ». Définition du genre ; procédés : antiphrase, antithèse, ironie, oxymore. Recherche lexicale : charge, diatribe, épigramme, éreintement, libelle, pamphlet, réquisitoire, satire.

Séance 8 · Les stratégies du blâme

Supports : Balzac, Le Père Goriot ; Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac ; Paul Valéry, Pièces sur l'art (textes étudiés dans le chapitre de 4e). La séance compare les trois textes et dégage trois stratégies du blâme : la caricature, l'insulte, la critique.

Séance 11 · Lecture de l'image

Supports : portraits officiels de Richelieu, de Napoléon et du général de Gaulle ; caricatures de personnalités politiques (images distribuées en classe).

Carte mentale de l'étapeblasonVoir dans le Lexique →
5Texte 2 · Séance 6

L'éloge funèbre

Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, 1670

La séance 6 définit le genre de l'éloge funèbre et le registre pathétique. Elle s'ouvre sur un discours du XXe siècle, puis remonte au modèle classique de l'oraison funèbre.

Texte 2 · « Madame se meurt, Madame est morte ! »
Portrait de Jacques-Bénigne Bossuet
Jacques-Bénigne Bossuet1627 – 1704

Considérez, Messieurs, ces grandes puissances que nous regardons de si bas. Pendant que nous tremblons sous leur main, Dieu les frappe pour nous avertir. […]

Nous devrions être assez convaincus de notre néant ; mais s'il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt, Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris, partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le roi, la reine, Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré, et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète : « Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple, de douleur et d'étonnement. »

Mais et les princes et les peuples gémissaient en vain. En vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements. […] La princesse leur échappait parmi des embrassements si tendres, et la mort plus puissante nous l'enlevait entre ces royales mains. […] Madame cependant a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. Le matin elle fleurissait ; avec quelles grâces, vous le savez : le soir, nous la vîmes séchée.

Jacques-Bénigne Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre (1670) · Lire l'œuvre

Une jeune femme au collier de perles, en robe dorée, tient un petit chien sur ses genoux
D'après Pierre Mignard, Portrait d'Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, huile sur bois, vers 1664 ✱« Madame », morte à vingt-six ans en 1670, dont Bossuet prononce l'oraison funèbre.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapeoraison funèbreVoir dans le Lexique →
6Évaluation · Séance 6

Évaluation : l'éloge d'un écrivain

Victor Hugo, Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac, 1850

Étude de texte à rendre pour le vendredi 25 janvier. Le sujet ne comporte qu'une question, qui demande une réponse construite : c'est l'application de la fiche de méthode de la séance 4.

Évaluation · « Un des premiers parmi les plus grands »
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885

M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands, un des plus hauts parmi les meilleurs. Ce n'est pas le lieu ici de dire tout ce qu'était cette splendide et souveraine intelligence. Tous ses livres ne forment qu'un seul livre, livre vivant, lumineux, profond, où l'on voit aller et venir et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d'effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine ; livre merveilleux que le poète a intitulé comédie et qu'il aurait pu intituler histoire, qui prend toutes les formes et tous les styles, qui dépasse Tacite et qui va jusqu'à Suétone, qui traverse Beaumarchais et qui va jusqu'à Rabelais ; livre qui est l'observation et qui est l'imagination ; qui prodigue le vrai, l'intime, le bourgeois, le trivial, le matériel, et qui par moments, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal.

Victor Hugo, Discours prononcé aux funérailles de M. Honoré de Balzac (1850), extrait · Lire l'œuvre

Dessin en demi-cercle : un écrivain trône au sommet d'un globe, entouré d'une foule de petits personnages
Grandville, Balzac et les personnages de la Comédie humaine (projet d'éventail), dessin à la plume, vers 1835-1836 ✱Balzac trône parmi la foule de ses personnages : « tous ses livres ne forment qu'un seul livre ».Domaine public · Wikimedia Commons
7Texte 3 · Séance 9

Éloge et blâme parallèles

Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, 1848-1850

La séance 9 étudie le registre satirique et un procédé de composition : le parallèle, qui loue l'un en blâmant l'autre. Le support principal, « Chanson » de Victor Hugo, est repris dans l'évaluation de fin de séquence ; la page de Chateaubriand sert d'élargissement en prose.

Texte 3 · Washington et Bonaparte
Portrait de François-René de Chateaubriand
François-René de Chateaubriand1768 – 1848

Washington n'appartient pas, comme Bonaparte, à cette race qui dépasse la stature humaine. Rien d'étonnant ne s'attache à sa personne. Il n'est point placé sur un vaste théâtre ; il n'est point aux prises avec les capitaines les plus habiles, et les plus puissants monarques du temps ; il ne court point de Memphis à Vienne, de Cadix à Moscou : il se défend avec une poignée de citoyens sur une terre sans célébrité, dans le cercle étroit des foyers domestiques. […]

Quelque chose de silencieux enveloppe les actions de Washington ; il agit avec lenteur. On dirait qu'il se sent chargé de la liberté de l'avenir, et qu'il craint de la compromettre. […] Cherchez les bois où brilla l'épée de Washington : qu'y trouvez-vous ? Des tombeaux ? Non : un monde ! Washington a laissé les États-Unis pour trophée sur son champ de bataille.

Bonaparte n'a aucun trait de ce grave Américain : il combat avec fracas sur une vieille terre ; il ne veut créer que sa renommée ; il ne se charge que de son propre sort. […] Penché sur le monde, d'une main il terrasse les rois, de l'autre il abat le géant révolutionnaire ; mais, en écrasant l'anarchie, il étouffe la liberté, et finit par perdre la sienne sur son dernier champ de bataille.

[Chateaubriand oppose ensuite la mort paisible de Washington, entouré de la vénération des peuples, à l'exil et à la mort oubliée de Bonaparte.]

La république de Washington subsiste ; l'empire de Bonaparte est détruit. Washington et Bonaparte sortirent du sein de la démocratie : nés tous deux de la liberté, le premier lui fut fidèle, le second la trahit.

François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe (1848-1850) · Lire l'œuvre

George Washington debout en habit noir, la main tendue, près d'une table couverte de livres
Gilbert Stuart, George Washington (portrait Lansdowne), huile sur toile, 1796 ✱Washington en simple habit noir : la grandeur modeste que Chateaubriand oppose à Bonaparte.Domaine public · Wikimedia Commons
Bonaparte en cape orange, sur un cheval cabré, désigne le sommet d'une montagne
Jacques-Louis David, Bonaparte franchissant les Alpes au Grand-Saint-Bernard, huile sur toile, 1800 ✱Bonaparte en héros sur un cheval cabré : celui qui « dépasse la stature humaine ».Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapeparallèleVoir dans le Lexique →
8Texte 4 · Séance 10

Aux sources : la rhétorique d'Aristote

Aristote, Rhétorique, livre I, traduction ancienne

Étude de document. Après les textes, la séance 10 remonte à la théorie : les genres argumentatifs de la rhétorique, les valeurs de l'éloge et du blâme, l'épidictique. Le document distribué rassemble deux passages du livre I de la Rhétorique : « Des trois genres de la rhétorique : le délibératif, le judiciaire, le démonstratif » et « De la vertu et du vice. Du beau et du laid (moral). Des éléments de l'éloge et du blâme ».

Texte 4 A · Les trois genres de la rhétorique
Portrait de Aristote
Aristote384 av. J.-C. – 322 av. J.-C.

▶ Écouter toute l'œuvre Rhétorique (Littérature audio)

I. Il y a trois espèces de rhétorique ; autant que de classes d'auditeurs, et il y a trois choses à considérer dans un discours : l'orateur, ce dont il parle, l'auditoire. Le but final se rapporte précisément à ce dernier élément, je veux dire l'auditoire. […]

III. Il y a donc, nécessairement aussi, trois genres de discours oratoires : le délibératif, le judiciaire et le démonstratif. La délibération comprend l'exhortation et la dissuasion. […] La cause judiciaire comprend l'accusation et la défense […]. Quant au démonstratif, il comprend l'éloge ou le blâme.

IV. Les périodes de temps propres à chacun de ces genres sont, pour le délibératif, l'avenir, car c'est sur un fait futur que l'on délibère […] ; pour une question judiciaire, c'est le passé, puisque c'est toujours sur des faits accomplis que portent l'accusation ou la défense ; pour le démonstratif, la période principale est le présent, car c'est généralement sur des faits actuels que l'on prononce l'éloge ou le blâme ; mais on a souvent à rappeler le passé, ou à conjecturer l'avenir.

V. Chacun de ces genres a un but final différent […]. Pour celui qui délibère, c'est l'intérêt et le dommage […]. Pour les questions judiciaires, c'est le juste ou l'injuste […]. Pour l'éloge ou le blâme, c'est le beau et le laid moral, auxquels on ajoute, par surcroît, des considérations plus particulièrement propres aux autres genres.

Aristote, Rhétorique, livre I (IVe siècle av. J.-C.), traduction ancienne (Charles-Émile Ruelle, 1882 [à vérifier]) · Lire l'œuvre

GenreL'auditeurCe qu'il comprendLe tempsLe but
DélibératifJuge de faits futursExhortation et dissuasionL'avenirL'intérêt et le dommage
JudiciaireJuge de faits accomplisAccusation et défenseLe passéLe juste et l'injuste
Démonstratif (épidictique)Simple assistantÉloge et blâmeLe présentLe beau et le laid moral
Texte 4 B · Les éléments de l'éloge et du blâme

▶ Écouter toute l'œuvre Rhétorique (Littérature audio)

XXIX. Il faut toujours prendre, dans chaque caractère, le trait qui l'accompagne, interprété dans le sens le plus favorable ; par exemple, l'homme colère et porté à la fureur deviendra un homme tout d'une pièce ; l'homme hautain, un personnage de grand air et imposant. Ceux qui portent tout à l'extrême passeront pour se tenir dans les limites de la vertu. Ainsi le téméraire sera un brave ; le prodigue, un homme généreux ; et, en effet, le grand nombre le prendra pour tel. […]

XXX. Il faut considérer aussi devant qui on fait un éloge. En effet, comme le disait Socrate, « il n'est pas difficile de louer les Athéniens dans Athènes ». […]

XXXIII. La louange est un discours qui met en relief la grandeur d'une vertu. Il faut donc que les actions soient présentées comme ayant ce même caractère. L'éloge porte sur les actes. […]

XXXVIII. […] Il faut le mettre en parallèle avec des hommes illustres, car l'amplification produit un bel effet si la personne louée a l'avantage sur des gens de valeur. […]

XLI. Voilà donc les éléments d'où se tirent presque tous les genres de louange ou de blâme […]. Une fois en possession de tout cela, on voit clairement où prendre les contraires. En effet, le blâme consiste dans les arguments inverses.

Aristote, Rhétorique, livre I (IVe siècle av. J.-C.), traduction ancienne (Charles-Émile Ruelle, 1882 [à vérifier]) · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étaperhétoriqueVoir dans le Lexique →
9Méthode · Évaluation de fin de séquence

Vers le commentaire composé

Cours d'initiation ; Victor Hugo, « Chanson », Les Châtiments, 1853

En février, un cours d'initiation « pour remettre un peu d'ordre » présente l'exercice du commentaire composé. L'évaluation de fin de séquence, en mai, y conduit par étapes : observation, interprétation, puis plan détaillé.

Évaluation de fin de séquence

Louis-Napoléon Bonaparte, appelé ensuite Napoléon III, fait un coup d'État pour lequel il choisit la date du 2 décembre 1851, anniversaire du sacre de Napoléon Ier (1804) et de la victoire d'Austerlitz (1805). Napoléon Ier (1769-1821), son oncle, a marqué l'histoire de France par l'ensemble de ses conquêtes militaires. À l'annonce du coup d'État, Victor Hugo entre immédiatement au comité de résistance et est officiellement banni par le nouveau pouvoir. Il s'exile alors à Jersey, où il rédige Les Châtiments, violente diatribe contre celui qu'il appelle « Napoléon le Petit ».

Chanson (première strophe)
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885

▶ Écouter ce texte lu (YouTube)

Sa grandeur éblouit l'histoire.Quinze ans, il futLe dieu que traînait la victoireSur un affût ;5L'Europe sous sa loi guerrièreSe débattit. –Toi, son singe, marche derrière,Petit, petit.

Victor Hugo, Les Châtiments, Jersey, septembre 1853 · Lire l'œuvre

Le jeune Bonaparte, cheveux au vent, brandit un drapeau en se retournant vers ses soldats
Antoine-Jean Gros, Bonaparte au pont d'Arcole, huile sur toile, 1796 ✱Le jeune général d'Arcole, dont « la grandeur éblouit l'histoire » dans le poème de Hugo.Domaine public · Wikimedia Commons

Le poème compte cinq strophes construites de la même façon : six vers célèbrent la gloire de Napoléon Ier (Arcole, les capitales conquises, la foudre et les rênes du genre humain, la chute dans « l'immense mer »), puis un tiret introduit deux vers adressés au « petit », que termine le même refrain. La dernière strophe se clôt ainsi : « Toi, tu te noieras dans la fange, / Petit, petit. » Le texte intégral figure dans le manuel de poésie.

Carte mentale de l'étapecommentaireVoir dans le Lexique →
10Étude d'image

Un portrait officiel au service de l'éloge : Napoléon par Ingres ✱

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Napoléon Ier sur le trône impérial
Image : Jean-Auguste-Dominique Ingres, musée de l'Armée, via Wikimedia Commons · Public domain voir le fichier

Jean-Auguste-Dominique Ingres, Napoléon Ier sur le trône impérial, 1806, huile sur toile, 259 × 162 cm, Paris, musée de l'Armée

La séance de lecture de l'image de la séquence fait trier des portraits officiels (Richelieu, Napoléon, de Gaulle) et des caricatures pour repérer les techniques de l'éloge et du blâme. Ce portrait de Napoléon permet d'appliquer cette démarche, avant de la comparer au texte de Chateaubriand sur Bonaparte.

Observer ✱
  1. Décris la position de Napoléon : comment est-il placé par rapport au spectateur ? Que fait-il de ses mains ?
  2. Relève les objets et les vêtements qui l'entourent (couronne, sceptre, main de justice, manteau, trône, aigle). Que signifient-ils ?
  3. Quelles couleurs et quelles matières dominent ? Quelle impression donnent-elles ?
Analyser ✱
  1. Le visage est-il expressif ? Le personnage a-t-il l'air d'un homme ou d'une statue ? Pourquoi ce choix ?
  2. Quelles techniques de l'éloge reconnais-tu dans l'image (hyperbole, symboles, solennité, comparaison avec des figures divines ou royales) ?
  3. Imagine une caricature de Napoléon qui inverserait ce portrait : quels éléments changerais-tu pour passer de l'éloge au blâme ?
Relier au texte ✱
  1. Relis « Washington et Bonaparte » de Chateaubriand (texte 3). Quelle phrase du texte pourrait servir de légende à ce tableau ? Est-elle un éloge, un blâme, ou les deux ?
  2. Chateaubriand oppose la simplicité de Washington à la démesure de Bonaparte. Le tableau d'Ingres montre-t-il ce que Chateaubriand admire ou ce qu'il reproche à Bonaparte ? Justifie.
Éléments de réponse

✱

  • Il est assis, de face, parfaitement symétrique, et nous regarde de haut ; il tient dans ses mains les deux sceptres, bras écartés : une pose figée, solennelle.
  • La couronne de lauriers d'or rappelle les empereurs romains ; le sceptre et la main de justice sont les insignes des rois de France ; le manteau d'hermine et de velours, le trône rond comme une auréole et l'aigle impérial sur le tapis disent la puissance et la légitimité.
  • L'or, le rouge, le blanc de l'hermine, le velours et la soie : un luxe éclatant qui éblouit le spectateur.
  • Le visage est pâle et impassible, presque sans expression : Napoléon paraît une icône ou une statue de dieu, au-dessus des hommes. Le portrait ne montre pas un individu mais une fonction.
  • Hyperbole (tout est grandi, accumulé, doré), symboles du pouvoir, frontalité qui rappelle les images de Dieu ou de Jupiter trônant, absence de défaut : c'est un éloge sans réserve, une image de propagande.
  • Une caricature le rapetisserait (un petit homme perdu dans son manteau), exagérerait un trait physique, le montrerait en mouvement, ridicule ou violent, et ajouterait un texte moqueur.
  • Par exemple : « Penché sur le monde, d'une main il terrasse les rois, de l'autre il abat le géant révolutionnaire. » La phrase grandit Bonaparte (éloge) mais la suite (« il étouffe la liberté ») le blâme.
  • Le tableau montre la grandeur, le « fracas », la renommée personnelle : tout ce que Chateaubriand juge démesuré. Il illustre plutôt ce que l'écrivain reproche à Bonaparte, en face d'un Washington qui ne cherche pas la gloire.
Les mots de l'image ✱
portrait officiel
portrait commandé pour montrer un chef dans sa fonction et servir son image
frontalité
personnage représenté de face, immobile, comme une statue
attribut
objet qui permet d'identifier un personnage et son pouvoir (sceptre, couronne)
symétrie
disposition égale de part et d'autre d'un axe central
caricature
image qui exagère les traits d'une personne pour s'en moquer ou la critiquer
AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱élogenom masculin
Synonymes

louangecélébrationpanégyriqueapologiecompliment

Antonymes

blâmecritiquesatiredénigrement

Dérivés

élogieuxadj.élogieusementadv.eulogien. f.

Champ lexical

célébrerloueradmirerhyperbolemélioratifbeauté

Étymologie
  • elogium latin : inscription, épitaphe
  • eulogia grec : louange (eu, bien + logos, parole), qui a orienté le sens du mot
Expressions
  • faire l'éloge de quelqu'un : en dire du bien
  • ne pas tarir d'éloges : louer sans cesse
  • un éloge funèbre : discours en l'honneur d'un mort
Références culturelles
  • Pierre de Ronsard, Les Amours, 1552Ronsard célèbre la beauté de Cassandre dans des poèmes d'éloge amoureux.
  • Saint-John Perse, Éloges, 1911Le titre le dit : des poèmes qui célèbrent l'enfance antillaise et la nature.
  • Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942Ponge fait l'éloge d'objets humbles (le cageot, le pain, l'orange).
  • Pablo Neruda, Odes élémentaires, 1954Neruda chante des choses simples, comme l'oignon ou la tomate, dans des odes.
Carte mentale ✱portraitnom masculin
Synonymes

descriptionpeinturecaricatureimageeffigie

Dérivés

portraitisten.portraiturerv.autoportraitn. m.

Champ lexical

physiquecaractèrevêtementsgestesélogeblâme

Étymologie
  • portraire ancien français : dessiner, représenter
  • protrahere latin : tirer en avant, mettre au jour
  • autoportrait, portraitiste mots de la même famille
Expressions
  • être le portrait craché de quelqu'un : lui ressembler beaucoup
  • un portrait-charge : une caricature
  • un portrait en pied : qui montre la personne debout, en entier
  • faire le portrait de quelqu'un : le décrire
Références culturelles
  • François Rabelais, Gargantua, 1534Rabelais y fait des portraits comiques et démesurés, comme celui du géant enfant.
  • Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688Les Caractères multiplient les portraits satiriques de types humains.
  • Julie de Lespinasse, Portrait de Condorcet, 1774Julie de Lespinasse y trace le portrait moral de son ami Condorcet. [à vérifier]
  • Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835Le roman contient des portraits célèbres, comme celui de Mme Vauquer.
  • Edmond Rostand, Cyrano de Bergerac, 1897Dans la tirade du nez, Cyrano compose son propre portrait en variant les tons.
Carte mentale ✱blasonnom masculin
Synonymes

éloge du corpsportrait élogieuxcélébration

Antonymes

contre-blasonblâme

Dérivés

blasonnerv.blasonneurn. m.contre-blasonn. m.

Champ lexical

corpsbeautéélogecomparaisonfemme aiméeénumération

Étymologie
  • blason ancien français : bouclier, puis armoiries peintes dessus (origine obscure)
  • blasonner décrire des armoiries, puis louer en détail
Expressions
  • redorer son blason : retrouver son prestige
  • le blason du corps féminin : poème qui loue une partie du corps
  • un contre-blason : version moqueuse, qui critique
Références culturelles
  • Clément Marot, « Blason du beau tétin », 1535 [à vérifier]Ce poème lance la mode des blasons, qui célèbrent une partie du corps féminin.
  • Pierre de Ronsard, Continuation des Amours, 1555Ronsard y détaille la beauté de Marie, dans la lignée de l'éloge du corps aimé.
  • André Breton, « L'Union libre », 1931Breton renouvelle le blason : chaque partie du corps de la femme suscite une image surréaliste.
  • Léopold Sédar Senghor, « Masque nègre », Chants d'ombre, 1945Senghor décrit un visage de femme trait par trait, comme un masque sculpté.
Carte mentale ✱oraison funèbrenom féminin
Synonymes

éloge funèbrepanégyriquehommage

Dérivés

orateurn. m.oratoireadj.funéraillesn. f. pl.funéraireadj.funérariumn. m.

Champ lexical

mortdeuilélogechairevanitéémotion

Étymologie
  • oratio latin : discours, prière, d'où « oraison »
  • funus, funeris latin : funérailles
  • funebris latin : qui concerne les funérailles
Expressions
  • « Madame se meurt, Madame est morte ! » : Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre
  • prononcer l'oraison funèbre : faire l'éloge d'un mort lors de ses funérailles
  • instruire les vivants : le but de l'oraison funèbre chez Bossuet
Références culturelles
  • Thucydide, La Guerre du Péloponnèse (oraison funèbre de Périclès), Ve siècle av. J.-C.Périclès y rend hommage aux soldats morts en faisant l'éloge d'Athènes.
  • Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, 1670Bossuet y médite sur la mort soudaine de la jeune princesse et sur la vanité des grandeurs.
  • Bossuet, Oraison funèbre du prince de Condé, 1687Bossuet y célèbre les victoires du Grand Condé dans sa dernière grande oraison funèbre.
  • Victor Hugo, Discours aux funérailles de Balzac, 1850Hugo y salue en Balzac l'un des plus grands esprits de son temps.
  • André Malraux, Discours pour l'entrée de Jean Moulin au Panthéon, 1964Malraux y rend hommage au héros de la Résistance lors du transfert de ses cendres.
Carte mentale ✱parallèlenom masculin
Synonymes

comparaisonrapprochementconfrontationmise en regard

Dérivés

parallèlementadv.parallélismen. m.parallélogrammen. m.parallélépipèden. m.

Champ lexical

élogeblâmeantithèsesymétrieportraitgrand homme

Étymologie
  • parallêlos grec : placé l'un à côté de l'autre
  • para grec : à côté ; allêlôn : les uns les autres
Expressions
  • faire un parallèle entre : comparer deux personnes ou deux choses
  • mettre en parallèle : rapprocher pour comparer
  • des vies parallèles : des destins comparés, comme chez Plutarque
Références culturelles
  • Plutarque, Vies parallèles, vers 100Plutarque compare deux à deux la vie d'un Grec et celle d'un Romain illustres.
  • Charles Perrault, Parallèle des Anciens et des Modernes, 1688-1697Perrault y met en parallèle Anciens et Modernes pour défendre la supériorité des Modernes.
  • Jean de La Bruyère, Les Caractères, 1688La Bruyère y oppose des portraits en miroir, comme Giton le riche et Phédon le pauvre.
  • Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, 1848-1850Chateaubriand y compare notamment Washington et Bonaparte dans un parallèle célèbre.
Carte mentale ✱rhétoriquenom féminin
Synonymes

art oratoireéloquenceart de persuader

Dérivés

rhéteurn. m.rhétoricienn.rhétoriqueurn. m.

Champ lexical

ethospathoslogosorateurfigure de styleauditoire

Étymologie
  • rhêtorikê (tekhnê) grec : l'art de l'orateur
  • rhêtôr grec : orateur
  • rhéteur mot de la même famille
Expressions
  • une figure de rhétorique : une figure de style
  • une question rhétorique : une question qui n'attend pas de réponse
  • les trois genres : judiciaire, délibératif, épidictique (éloge et blâme)
  • « c'est de la rhétorique » : péjoratif : de belles paroles creuses
Références culturelles
  • Aristote, Rhétorique, IVe siècle av. J.-C.Aristote y définit la rhétorique comme l'art de découvrir ce qui est propre à persuader.
  • Cicéron, De l'orateur, 55 av. J.-C.Cicéron y dresse le portrait de l'orateur idéal, à la fois cultivé et éloquent.
  • Quintilien, Institution oratoire, vers 95Quintilien y expose toute la formation de l'orateur, de l'enfance à la maturité.
  • Bossuet, Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre, 1670Bossuet y déploie toutes les ressources de la rhétorique pour émouvoir son auditoire.
Carte mentale ✱commentairenom masculin
Synonymes

analyseexplication de textelecture analytiqueétude

Antonymes

paraphrase

Dérivés

commenterv.commentateurn. m.

Champ lexical

problématiqueaxecitationprocédéinterprétationintroduction

Étymologie
  • comminisci latin : imaginer, concevoir
  • commentarius latin : notes, mémoire, recueil de remarques
Expressions
  • sans commentaire ! : inutile d'en dire plus
  • citer et analyser : le geste de base du commentaire
  • le commentaire composé : ancien nom de l'exercice organisé en parties
Références culturelles
  • Charles Baudelaire, « La Beauté », Les Fleurs du mal, 1857Sonnet souvent commenté : la Beauté y parle comme une statue, « un rêve de pierre ».
  • Charles Cros, « Le Tsigane », Le Coffret de santal, 1873Poème du Coffret de santal choisi comme support d'exercice de commentaire. [à vérifier]
  • Roman Jakobson et Claude Lévi-Strauss, « "Les Chats" de Charles Baudelaire », L'Homme, 1962Célèbre commentaire structural d'un sonnet de Baudelaire, analysé dans ses moindres détails.

AaLes mots de l'éloge et du blâme

Notions à connaître en fin de séquence

Rhétorique
L'art du discours. Elle considère trois choses : l'orateur, ce dont il parle, l'auditoire.
Genre judiciaire
Accuser et défendre, devant des juges, des faits passés ; son but : le juste et l'injuste.
Genre délibératif
Exhorter ou dissuader, devant une assemblée, sur des faits futurs ; son but : l'intérêt et le dommage.
Genre épidictique (ou démonstratif)
Louer ou blâmer, devant des spectateurs, des faits présents ; son but : le beau et le laid moral.
Éloge, blâme
Discours qui loue ou qui blâme. Il défend toujours une thèse, pour ou contre. « Le blâme consiste dans les arguments inverses » (Aristote).
Amplification
Développement de la grandeur et de la beauté des actions louées : le procédé propre à l'éloge selon Aristote.
Parallèle
Rapprochement de la personne louée avec des hommes illustres ; chez Chateaubriand, éloge de l'un et blâme de l'autre.
Registre laudatif
Lexique mélioratif, termes modalisateurs, exclamation, comparaisons et métaphores valorisantes, énumération des qualités.
Procédés du blâme
Lexique dépréciatif, comparaisons et métaphores dévalorisantes, hyperbole négative, accumulation, implication de l'émetteur, ironie.
Stratégies du blâme
La caricature, l'insulte, la critique.
Procédés de l'éloge
Superlatif, hyperbole, comparaison méliorative, accumulation ; anaphore, apostrophe.
Commentaire composé
Explication organisée d'un texte : sens, paratexte, thèmes, procédés, puis brouillon et composition.
✱
Panégyrique / diatribe
Éloge enthousiaste / critique violente d'une personne.
Pamphlet, réquisitoire
Court écrit polémique ; discours qui accumule les accusations.
Blason / contre-blason
Poème qui loue / raille une partie du corps.
Oraison funèbre
Éloge solennel d'un mort illustre.
Pathétique, satirique
Registre qui émeut ; registre qui ridiculise pour critiquer.

Sources : dossier « Éloge et blâme » (Seconde, argumentation) du Drive d'Etienne Buraud, 2001-2002 : plan de la séquence et cours d'introduction (janvier 2002) ; Lespinasse (devoir pour le 11 janvier) ; Bossuet et « L'éloge funèbre » (Malraux, résumé) ; Chateaubriand ; Aristote, étude de document (traduction ancienne non signée, attribuée à Ruelle, à vérifier) ; évaluation sur le discours de Hugo (25 janvier, deux versions) ; commentaire composé (février 2002) ; évaluation sur Les Châtiments (mai 2002). Ajouts signalés : auteurs, point langue, fiche de méthode, éléments de réponse, questions sur Aristote, cinq définitions.

11IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Aristote juge un éloge

En classe30 min

Objectif. Relire le portrait de Condorcet par Julie de Lespinasse et le discours de Hugo sur Balzac avec les catégories d'Aristote (vertus, amplification).

  1. Relis les extraits d'Aristote et la liste des vertus.
  2. Demande à l'IA de jouer Aristote et de juger le discours de Hugo.
  3. Vérifie que les vertus qu'elle cite figurent bien dans la Rhétorique selon le manuel.
  4. Écris ton propre jugement en 5 lignes, avec deux citations du discours.
À écrire à l'IA

Joue Aristote, auteur de la Rhétorique. On te lit le discours de Victor Hugo aux funérailles de Balzac (1850), qui commence par « M. de Balzac était un des premiers parmi les plus grands ». Explique en 6 lignes à un élève de Seconde si c'est un bon éloge selon tes règles du genre épidictique.

Garde ton esprit critique. L'IA peut prêter à Aristote des idées qu'il n'a pas formulées. Compare chaque règle citée avec les extraits de la Rhétorique du manuel.

2

Vanter un objet introuvable : ma publicité, puis la sienne

À la maison35 min

Objectif. Réinvestir le registre laudatif (lexique mélioratif, superlatif, énumération) dans l'écriture d'invention de la séance 5.

  1. Choisis un objet du Catalogue d'objets introuvables vu en classe.
  2. Écris seul ton texte publicitaire (12 lignes).
  3. Décris l'objet à l'IA et demande-lui sa propre publicité.
  4. Compare les procédés des deux textes avec la synthèse « le registre laudatif ». Laquelle est la plus drôle et la plus efficace ? Pourquoi ?
À écrire à l'IA

Écris un court texte publicitaire (10 lignes) pour un objet absurde : [décris l'objet en une phrase]. Utilise le registre laudatif : superlatifs, énumérations, exclamations, comparaisons valorisantes. Je vais comparer ton texte au mien, écrit avant.

Garde ton esprit critique. Repère si les procédés utilisés par l'IA sont variés ou si elle répète des formules toutes faites. Ton texte n'a pas à imiter le sien.

3

Washington et Bonaparte : le parallèle de Chateaubriand

À la maison30 min

Objectif. Analyser l'éloge et le blâme parallèles des Mémoires d'outre-tombe (antithèse, emphase) en comparant son relevé à celui de l'IA.

  1. Relis le texte 3.
  2. Relève seul les antithèses et les valeurs qui fondent le jugement.
  3. Colle le texte (domaine public) dans l'IA et demande le même relevé.
  4. Compare et vérifie chaque citation ; complète ton relevé.
À écrire à l'IA

Voici un extrait des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand où il compare Washington et Bonaparte (je le colle ci-dessous). Je suis en Seconde. Relève 4 antithèses en citant les mots exacts, et dis sur quelles valeurs repose l'éloge de l'un et le blâme de l'autre.

Garde ton esprit critique. Vérifie que chaque citation est exacte et que l'IA ne prête pas à Chateaubriand un simple rejet de Napoléon : le texte est plus ambigu.

4

Panégyrique et diatribe : simuler l'évaluation

En classe ou à la maison30 min

Objectif. S'entraîner sur la « Chanson » des Châtiments (évaluation de fin de séquence) et vérifier le contexte historique.

  1. Relis la première strophe et les notes du sujet.
  2. Demande à l'IA de te poser les questions d'observation, une par une.
  3. Réponds par écrit avant de lire son avis.
  4. Vérifie dans le manuel ce qu'elle affirme sur Napoléon Ier, Napoléon III et l'exil de Hugo.
À écrire à l'IA

Je prépare une évaluation de Seconde sur « Chanson » de Victor Hugo (Les Châtiments, Jersey, 1853), qui tient à la fois du panégyrique et de la diatribe. Pose-moi 4 questions, une à la fois, et attends ma réponse. Après chaque réponse, dis-moi ce qui manque, sans rédiger la réponse complète.

Garde ton esprit critique. Les dates (coup d'État de 1851, exil) sont souvent approximatives chez l'IA : contrôle-les. Si elle rédige une réponse modèle, ne la recopie pas.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

7 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 09
    Louer, blâmer, argumenterDécouvrir le genre épidictique parmi les trois genres de la rhétorique, repérer éloges et blâmes dans la vie quotidienne, comprendre qu'un même objet peut être…
  • 10
    Condorcet, l'homme le plus étonnantDégager la visée argumentative d'un portrait élogieux, relever et classer les procédés de l'éloge (le superlatif surtout), repérer comment l'autrice répond…
  • 11
    Madame se meurt, Madame est morteDéfinir l'éloge funèbre, analyser le registre pathétique d'une oraison funèbre de Bossuet et la leçon qu'il adresse aux vivants, puis comparer deux éloges…
  • 12
    Hugo, l'éloge de BalzacPréparer et commencer l'étude de texte d'Etienne Buraud, « En quoi ce texte est-il un éloge ? » : comprendre la situation du discours, relever les procédés du…
  • 13
    Washington et Bonaparte, un parallèleAnalyser un parallèle qui loue un personnage en blâmant l'autre : les valeurs qui fondent le jugement, l'antithèse, l'emphase et la gradation, l'éloge…
  • 14
    Aristote, le beau et le laid moralLire un texte théorique ancien : reconstituer le tableau des trois genres oratoires, comprendre les conseils d'Aristote pour louer et blâmer (interpréter…
  • 15
    Chanson, panégyrique et diatribeTraiter, dans l'ordre et en classe, l'évaluation de fin de séquence d'Etienne Buraud sur « Chanson » : observer le poème (forme, contenu, titre), repérer les procédés…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.