Savant et philosophe français du XVIIe siècle, Blaise Pascal a été mathématicien et physicien dès sa jeunesse ; il a même inventé une machine à calculer. Croyant fervent, il a défendu les jansénistes dans Les Provinciales (1656-1657). Ses Pensées, étudiées sur le site, ont été publiées après sa mort : elles réfléchissent à la grandeur et à la misère de l'homme.
Écrivain et homme politique français, Chateaubriand est l'un des premiers grands auteurs romantiques. Il a voyagé en Amérique et a été ministre. Il a publié le Génie du christianisme (1802), puis a consacré une grande partie de sa vie à ses Mémoires d'outre-tombe, publiés après sa mort, où il raconte sa vie et son époque. Ces deux œuvres sont étudiées sur le site.
Pascal, Pensées : la condition humaine, de « Vanité » à « Divertissement »
Cette séquence de Terminale L (2008-2009) fait lire en œuvre intégrale la partie des Pensées de Pascal inscrite au programme : les liasses II à VIII, de « Vanité » à « Divertissement ». Pascal n'a pas eu le temps d'achever l'ouvrage qu'il préparait pour défendre la religion chrétienne ; il a laissé des fragments, classés en liasses. Ceux que nous lisons décrivent l'homme tel qu'il est : vain, misérable, trompé par son imagination, gouverné par la coutume et la force, et pourtant grand parce qu'il sait qu'il est misérable.
La séquence suit un ordre simple : situer l'œuvre et son auteur, apprendre à lire un fragment, puis traverser les sept liasses l'une après l'autre. Chaque liasse donne lieu à une réflexion sur son mot-titre, à l'explication d'un fragment et à une fiche de synthèse. Une étape finale est consacrée à l'écriture fragmentaire et un bilan rassemble les notions. Les élèves ont fait au préalable une lecture-découverte du corpus en notant leurs réflexions et leurs difficultés.
Fiche enseignant
Intitulé
Pascal, Pensées : la condition humaine
Programme
Œuvre au programme de littérature de Terminale L (extrait du BO cité dans le projet de séquence) ; l'argumentation au service d'une apologie
Œuvre intégrale
Blaise Pascal, Pensées, liasses II (Vanité), III (Misère), IV (Ennui), V (Raisons des effets), VI (Grandeur), VII (Contrariétés), VIII (Divertissement) : fragments 11 à 129, pages 70 à 124
Édition de référence
Michel Le Guern, Gallimard, coll. « Folio » n° 4054, retenue par le BO comme édition commune ; les numéros de fragments du manuel sont ceux de cette édition
Classes et dates
TL1 et TL2, novembre 2008 à janvier 2009
Fil rouge
Lire chaque fragment à partir du mot-titre de sa liasse : que dit-il de la condition humaine ?
Le parcours
Étape
Dominante
Support
Activités et notions
1
Contextes
Le XVIIe siècle, la querelle de la Grâce, la vie de Pascal
Recherches au CDI ; exposés
2
Comment lire les Pensées ?
Le titre, les liasses, l'édition
Mots-titres ; termes importants
3
Liasse « Vanité »
Fragments brefs ; fragment 41, « l'imagination »
Les vanités en peinture ; Bossuet ; explication
4
Liasses « Misère » et « Ennui »
Fragment 56, « relativité des coutumes »
Le mot « misère » ; classer trois fragments
5
Le projet de Pascal
Table des matières ; « L'art de persuader »
Le libertin au XVIIe siècle ; l'apologie
6
Liasse « Raisons des effets »
Fragments 83 à 87
Justice et force ; la « pensée de derrière »
7
Liasse « Grandeur »
Fragment 101
Le cœur et la raison ; la pensée dialectique
8
Liasse « Contrariétés »
Fragments 121 et 122
La contrariété ; la chute et le péché originel
9
Liasse « Divertissement »
Fragment 126
L'illusion du bonheur
10
L'écriture des Pensées
L'ensemble des liasses
Fragment, maxime, remarque ; expansion et concision
11
Évaluations et bilan
1er contrôle ; devoir de type bac
Mise en place des concepts essentiels
Les fragments expliqués
Fragment
Liasse
Thème
41
II, Vanité
L'imagination, « maîtresse d'erreur et de fausseté »
56
III, Misère
La relativité des coutumes et des lois
83 à 87
V, Raisons des effets
Les opinions du peuple, les « habiles », le renversement du pour au contre
101
VI, Grandeur
Le cœur et la raison ; la critique des pyrrhoniens
121 et 122
VII, Contrariétés
Les contrariétés de l'homme ; la chute
126
VIII, Divertissement
Pourquoi l'homme cherche le divertissement
2Étape 1 · Ouverture
Qui était Pascal ?
Le XVIIe siècle, la querelle de la Grâce, la signification d'une vie
Avant d'ouvrir les liasses, la classe situe l'œuvre. Les recherches se font au CDI et sont présentées sous forme d'exposés. Elles reprennent la bibliographie de préparation : les biographies de Pascal écrites par sa sœur Gilberte Périer et par sa nièce Marguerite Périer, Pascal par lui-même d'Albert Béguin (« des images à voir »), Morales du grand siècle de Paul Bénichou et Le Dieu caché de Lucien Goldmann.
« Cet effrayant génie »
La bibliographie de préparation cite le portrait que Chateaubriand fait de Pascal dans le Génie du christianisme. C'est l'une des deux formules que les élèves doivent discuter dans le premier devoir.
« Il y avait un homme… »François-René de Chateaubriand1768 – 1848
Il y avait un homme qui à douze ans avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques ; qui à seize avait fait le plus savant traité des coniques qu'on eût vu depuis l'antiquité ; qui à dix-neuf réduisit en machine une science qui existe tout entière dans l'entendement ; qui à vingt-trois ans démontra les phénomènes de la pesanteur de l'air, et détruisit une des grandes erreurs de l'ancienne physique ; qui à cet âge où les autres hommes commencent à peine de naître, ayant achevé de parcourir le cercle des sciences humaines, s'aperçut de leur néant, et tourna ses pensées vers la religion ; qui depuis ce moment jusqu'à sa mort, arrivée dans sa trente-neuvième année, toujours infirme et souffrant, fixa la langue que parlèrent Bossuet et Racine, donna le modèle de la plus parfaite plaisanterie comme du raisonnement le plus fort ; enfin, qui, dans les courts intervalles de ses maux, résolut par abstraction un des plus hauts problèmes de géométrie et jeta sur le papier des pensées qui tiennent autant du dieu que de l'homme : cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal.
François-René de Chateaubriand, Génie du christianisme (1802), troisième partie, livre II, chapitre VI, « Suite des moralistes » · Lire l'œuvre
Yan Dargent, L'expérience du Puy de Dôme (1648), gravure sur bois pour Les Merveilles de la science de Louis Figuier, 1867 ✱Au sommet du Puy de Dôme, on mesure le mercure : l'expérience sur la « pesanteur de l'air ».Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapejansénismeVoir dans le Lexique →
3Étape 2 · Méthode
Comment lire les Pensées ?
Des liasses, des fragments, des mots-titres
Page de titre des Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets, seconde édition, Paris, Guillaume Desprez, 1670 ✱Les Pensées publiées en 1670 par les amis de Port-Royal, à partir des papiers de Pascal.Domaine public · Wikimedia Commons
Les Pensées ne sont pas une œuvre achevée : Pascal a laissé un « amas » de notes sur des papiers découpés, réunis en liasses par des ficelles. Les éditions actuelles respectent ce classement et numérotent chaque fragment. Vu la diversité des éditions, le programme a retenu une édition commune, celle de Michel Le Guern (Folio) : c'est elle que l'on cite en classe et à l'examen.
Chaque liasse porte un titre, que reprennent plusieurs de ses fragments. Le mot-titre est donc la clé de lecture : pour chaque liasse, on fait une recherche approfondie sur son sens avant de lire les fragments.
Les termes importants pour comprendre la pensée de Pascal
Pour chaque terme, lisez les fragments indiqués et notez ce que Pascal en dit. Les fragments entre parenthèses sont expliqués en classe.
Terme
Fragments à lire
Cœur et foi
101 (1er et 3e paragraphes) ; 129 (dernier paragraphe)
Coutume
23 ; 116 (1er paragraphe) ; 117 (2e paragraphe) ; (56). À quel terme, dans ces citations, opposer le nom « coutume » ?
Divertissement
33 ; 36 ; 93 (1er et 2e paragraphes) ; 123 ; 124 ; (126)
Imagination
81 ; 41 (2e paragraphe) ; (41)
Infini
38 ; 64 ; 125
Loi
56 (6e paragraphe et 7e jusqu'à « rien davantage ») ; 62
Fragments 11 à 48 · explication du fragment 41, « l'imagination »
Philippe de Champaigne, Vanité (Nature morte au crâne), huile sur bois, XVIIe siècle [date à vérifier : 1646 ou vers 1671 selon les fiches] ✱Une vanité peinte par un ami de Port-Royal : tulipe, crâne et sablier disent la fragilité humaine.Domaine public · Wikimedia Commons
L'entrée en lecture se fait par la première liasse du programme. On part de quelques fragments très brefs, qui déconcertent, puis on cherche ce que veut dire le mot « vanité », en peinture et chez les prédicateurs. On termine par le plus long fragment rédigé de la liasse, consacré à l'imagination.
Des fragments qui déconcertent
16 · Un bout de capuchon arme 25 000 moines. [à vérifier] 17 · Il a quatre laquais. 18 · Il demeure au-delà de l'eau.
Blaise Pascal, Pensées, liasse « Vanité », éd. Le Guern, fragments 16 à 18
42 · Vanité. La cause et les effets de l'amour. Cléopâtre. 47 · Pourquoi me tuez-vous à votre avantage ? Je n'ai point d'armes.
Blaise Pascal, Pensées, liasse « Vanité », éd. Le Guern, fragments 42 et 47 (début)
Explication : le fragment 41, « l'imagination »
Le fragment 41 est l'un des plus longs fragments entièrement rédigés de la liasse. L'extrait étudié va du début jusqu'à « ils s'établissent par la force, les autres par la grimace ». Pascal y désigne l'imagination par de nombreuses images :
[…] maîtresse d'erreur et de fausseté, […] d'autant plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours […]. […] qui dispense la réputation, qui donne le respect et la vénération aux personnes, aux ouvrages, aux lois, aux grands […]. […] elle fait la beauté, la justice et le bonheur, qui est le tout du monde.
Blaise Pascal, Pensées, liasse « Vanité », éd. Le Guern, fragment 41, expressions citées dans le corrigé du 1er contrôle
Fragments 49 à 74 · explication du fragment 56, « relativité des coutumes »
La liasse « Misère » prolonge la précédente : après avoir montré que l'homme s'attache à des choses vaines, Pascal fait voir qu'il est malheureux. On commence par une réflexion sur le mot « misère », on cherche le lien avec la liasse « Vanité », puis on explique le fragment 56, consacré à la relativité des coutumes et des lois.
Explication : le fragment 56, « relativité des coutumes »
Le fragment est lu dans l'édition de référence (texte distribué en classe). Avant l'explication, on relit les fragments où reviennent les termes « loi » et « coutume » (voir le tableau des termes importants, étape 2).
✱Résumé du fragment. Sur quoi fonder le gouvernement du monde ? Pas sur la justice, que l'homme ignore : les lois changent d'un pays et d'une époque à l'autre, et une rivière suffit à rendre juste ce qui est crime ailleurs. On obéit donc aux lois parce qu'elles sont reçues : la coutume fait l'équité. [à vérifier sur l'édition]
Le fragment qui donne la clé de la liasse
Les fragments les plus longs et les mieux rédigés se trouvent souvent à la fin de chaque liasse, qu'ils permettent de comprendre. C'est le cas du fragment 71, qui explique la « misère » :
Fragment 71 · « vouloir et ne pouvoir »Blaise Pascal1623 – 1662
L'Ecclésiaste montre que l'homme sans Dieu est dans l'ignorance de tout et dans un malheur inévitable, car c'est être malheureux que de vouloir et ne pouvoir. Or il veut être heureux et assuré de quelque vérité. Et cependant il ne peut ni savoir ni ne désirer point de savoir. Il ne peut même douter.
Blaise Pascal, Pensées, liasse « Misère », fragment 71, éd. Le Guern · Lire l'œuvre
La liasse « Ennui et qualités essentielles à l'homme »
Cette liasse très courte ne compte que trois fragments (72 à 74). On s'interroge sur leur rôle : pourquoi Pascal a-t-il réuni l'ennui et les « qualités essentielles à l'homme » ?
À qui s'adresse l'apologie ? Comment est-elle construite ?
Magdeleine Hortemels, Vue de l'abbaye de Port-Royal des Champs, gravure [date à vérifier] ✱Port-Royal des Champs, le monastère janséniste proche de Pascal, d'où sortira l'édition des Pensées.Domaine public · Wikimedia Commons
Arrivés au milieu des liasses, les élèves se demandent pour qui et dans quel but Pascal écrit. Trois activités y répondent : un exposé sur les libertins, un travail sur la table des matières de l'édition et la lecture d'un extrait de « L'art de persuader ».
Une apologie inachevée
Pascal préparait une apologie de la religion chrétienne, c'est-à-dire un ouvrage destiné à la défendre et à y conduire les incroyants. La première liasse, « Ordre », contient justement des projets d'organisation. Le fragment 4 expose un plan en deux parties :
1re partie. Misère de l'homme sans Dieu. 2e partie. Félicité de l'homme avec Dieu.
Blaise Pascal, Pensées, liasse « Ordre », fragment 4, éd. Le Guern
Les liasses que nous lisons développent bien la première partie : l'homme, soumis aux vanités, est un être « misérable ». Mais Pascal n'avait pas encore arrêté la forme définitive de son texte : ailleurs dans la liasse « Ordre », il parle de « lettre » et envisage un « ordre par dialogues ». D'autres fragments, dans « Raisons des effets », reviennent sur la démarche suivie (« Nous avons donc montré… »).
« L'art de persuader »
La classe lit un extrait de cet opuscule de Pascal (texte distribué en classe). Il éclaire la manière dont l'apologie veut agir sur son lecteur et rejoint les notions d'argumentation vues en Première : convaincre, persuader, délibérer.
Fragments 75 à 95 · explication des fragments 83 à 87
Les effets sont les faits constatés sur le plan politique, social et moral : le respect dû aux grands, l'obéissance aux lois, le prestige des habits. La raison des effets est la cause de leur existence. Pascal explique ce qui a motivé certains usages ou certains jugements portés sur les autres et sur soi-même. Il s'agit donc de trouver une justification aux phénomènes observés dans les liasses précédentes, qui semblaient seulement vains.
Le chancelier est grave et revêtu d'ornements. Car son poste est faux.
Blaise Pascal, Pensées, liasse « Raisons des effets », éd. Le Guern, fragment 80 (début)
Explication : les fragments 83 à 87
Ces fragments construisent un raisonnement en plusieurs temps, que Pascal résume lui-même dans le fragment 86 : c'est le « renversement du pour au contre », appliqué à la justice et au respect dû aux grands.
Fragment 86 · « Nous avons donc montré… »Blaise Pascal1623 – 1662
Nous avons donc montré que l'homme est vain par l'estime qu'il fait des choses qui ne sont point essentielles.
[…]
Nous avons montré ensuite que toutes ces opinions sont très saines, […]
[…]
Mais il faut détruire maintenant cette dernière proposition et montrer qu'il demeure toujours vrai que le peuple est vain, quoique ces opinions soient saines, parce qu'il n'en sent pas la vérité où elle est et que, la mettant où elle n'est pas, ses opinions sont toujours très fausses et très malsaines.
Blaise Pascal, Pensées, liasse « Raisons des effets », éd. Le Guern, fragment 86, extraits · Lire l'œuvre
✱Repère : la « pensée de derrière ». Le peuple honore les grands parce qu'il croit leur grandeur réelle ; les demi-habiles les méprisent, car elle ne tient qu'à la naissance ; les habiles les honorent, mais avec une « pensée de derrière » : cet ordre n'est pas juste en soi, mais il évite la guerre civile. [à vérifier sur le texte]
Fragments 96 à 109 · explication du fragment 101, le cœur et la raison
Après tant de misères, Pascal se tourne vers ce qui fait la grandeur de l'homme. Trois questions guident la lecture : quels sont les indices de cette grandeur ? L'homme peut-il échapper par lui-même à sa seconde nature, la misère ? Comment grandeur et misère s'opposent-elles sans jamais s'annuler ? C'est la pensée dialectique de Pascal.
Groupement : « le roseau pensant »
Le thème de la pensée court d'une liasse à l'autre. Les fragments 111, 113, 114, 117, 186 et 187 sont lus ensemble ; les deux derniers sont hors programme et prolongent la liasse « Grandeur ».
Fragments 110 à 122 · explications des fragments 121 et 122
La liasse « Contrariétés » rassemble ce que les liasses précédentes ont séparé : l'homme est à la fois misérable et grand, et il ne peut se comprendre lui-même. La séance commence par un exposé d'élèves sur la notion de « contrariété », puis on explique des extraits des deux derniers fragments, les plus longs de la liasse (textes distribués en classe).
Justus van Egmont, Portrait équestre du jeune Louis XIV partant pour la chasse, huile sur bois, 1647 ✱Même le roi a besoin de la chasse pour se divertir : c'est l'exemple de Pascal.Domaine public · Wikimedia CommonsVoderf, Vue d'un jeu de paume, gravure, 1757 ✱Courir après une balle toute la journée : la paume, autre divertissement cité par Pascal.Domaine public · Wikimedia Commons
Dernière liasse du programme, « Divertissement » montre comment l'homme fuit la conscience de sa misère. Un exposé d'élèves présente la liasse ; la classe réfléchit à l'illusion du bonheur, puis explique deux extraits du fragment 126, le grand texte rédigé de la liasse.
Explication : le fragment 126
Deux extraits sont étudiés (textes distribués en classe) : le début du fragment, jusqu'à « c'est le tracas qui nous détourne d'y penser et nous divertit » (page 84 de l'édition Folio), puis, page 87, le passage qui va de « D'où vient que cet homme qui a perdu depuis peu de mois son fils unique… » à « se maintenir en cet état ».
Formes brèves, diversité des fragments, efficacité du style
Une fois les sept liasses parcourues, on revient sur la forme de l'œuvre. Les Pensées mêlent des notes de quelques mots, des formules frappantes, des dialogues esquissés et de longs développements rédigés. Cette diversité tient à l'inachèvement du projet, mais elle fait aussi la force du livre : on peut l'ouvrir où l'on veut et méditer sur un fragment comme sur une maxime isolée.
La diversité des fragments
L'énonciation change d'un fragment à l'autre. Tantôt Pascal semble reproduire les propos d'un locuteur précis (« Pourquoi me tuez-vous à votre avantage ? Je n'ai point d'armes », 47) ; tantôt il écrit des notes pour lui-même, comme le fragment 42, sans verbe, qui semble inachevé. Certains exemples reviennent de liasse en liasse : le talon de soulier, les laquais, les mouches. L'absence de lien entre deux fragments voisins crée une énigme : c'est souvent le titre de la liasse qui donne le lien qui manque.
Deux questions de réflexion sur l'œuvre, et leur corrigé
Trois évaluations jalonnent la séquence : une évaluation de lecture (25 novembre), fondée sur la fiche personnelle construite avec le guide de lecture ; un premier devoir de type bac (11 décembre) ; puis ce premier contrôle, qui porte sur les liasses « Vanité » et « Raisons des effets » et sur la nature de l'œuvre.
Voir la correction
Corrigé de la question 1 : l'imagination, « maîtresse du monde »
Voir la correction
Corrigé de la question 2 : « un amas confus » ?
13Bilan
Bilan et mémento
Les concepts essentiels, les mots de l'argumentation
Le bilan rassemble les fiches de synthèse rédigées pour chaque liasse et met en place les concepts essentiels : vanité, misère, coutume, imagination, raison des effets, cœur et raison, grandeur, contrariétés, divertissement. Le projet de séquence prévoyait d'y ajouter une étude précise du vocabulaire et un entraînement à l'écrit.
Mémento : les mots de l'argumentation
✱
AApologie
Écrit qui défend une cause ou une doctrine contre ses adversaires.
MMoraliste
Écrivain qui observe et décrit les mœurs et la nature humaine.
CConvaincre / persuader
Agir sur la raison par des preuves / sur la volonté et les sentiments.
PParadoxe
Idée contraire à l'opinion commune, ou qui unit des termes en apparence contradictoires.
AAntithèse
Rapprochement de deux termes opposés (grandeur / misère).
PPensée dialectique
Raisonnement qui confronte deux thèses opposées pour les dépasser.
AApostrophe
Interpellation directe du lecteur ou d'un interlocuteur.
Sources : dossier Google Drive « Terminales / pascal » (TL1 et TL2, 2008-2009) : « projet_sequence.doc » (projet de séquence, avec l'extrait du BO, décembre 2008) ; « Guide de lecture des Pensées de Pascal » (janvier 2009) ; « pensees_2.doc » (plan d'étude, travaux sur les fragments 41 et 126, groupements « justice et force » et « roseau pensant », décembre 2008) ; « Termes importants » (janvier 2009) ; « Pascal-liassegrandeur » (questionnaire et notes, janvier 2009) ; « 1er contrôle Pascal » (sujet et corrigé, décembre 2008) ; « pascal_biblio » (bibliographie de préparation, sujets de type bac et devoir n° 1, août 2008). Fragments de Pascal (domaine public, éd. Le Guern) et texte de Chateaubriand cités d'après ces documents. Ajouts pédagogiques signalés : encadré sur l'auteur, repères sur la querelle de la Grâce, la vanité, les fragments 56 et 83 (« pensée de derrière »), lecture de Giono, formes brèves, mémento. Documents écartés : propositions de cours signées par des collègues et fiches 1 à 8 d'origine extérieure. Giono, Camus, Malraux, Kafka, Beckett, Steinmann : références seulement.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
apologue mot voisin à ne pas confondre : un récit qui donne une leçon
Expressions
faire l'apologie de : défendre avec ardeur
l'Apologie de la religion chrétienne : le livre que préparait Pascal
l'apologie du crime : en droit : le fait de présenter un crime favorablement
Références culturelles
Platon, Apologie de Socrate, IVe siècle av. J.-C.Platon rapporte la défense de Socrate devant ses juges : le sens premier d'apologie, un plaidoyer.
Montaigne, Essais (« Apologie de Raimond Sebond »), 1580Sous couvert de défendre Sebond, Montaigne mène un long examen sceptique des prétentions de la raison humaine.
Blaise Pascal, Pensées, 1670Les Pensées sont les fragments d'une apologie de la religion chrétienne que Pascal n'a pas achevée.
grandadj.grandementadv.grandirv.grandioseadj.agrandirv.agrandissementn. m.
Champ lexical
penséeraisoncœurdignitéroseauconscience
Étymologie
grandis latin : grand, de haute taille
grand, agrandir mots de la même famille
Expressions
« un roseau pensant » : l'image de Pascal : l'homme est fragile, mais il pense
grandeur et misère : les deux faces de l'homme chez Pascal
la folie des grandeurs : une ambition démesurée
grandeur nature : à la taille réelle
Références culturelles
Blaise Pascal, Pensées, 1670Pascal montre que la grandeur de l'homme, roseau pensant, est de se savoir misérable.
Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, 1734Montesquieu y explique par des causes historiques l'ascension puis le déclin de Rome.
Honoré de Balzac, Splendeurs et misères des courtisanes, 1838-1847Le roman suit l'éclat puis la chute de Lucien de Rubempré dans le monde parisien.
le divertissement pascalien : ce qui détourne l'homme de penser à sa condition
« Un roi sans divertissement est un homme plein de misères » : Pascal, Pensées
la chasse plutôt que la prise : l'homme aime l'agitation plus que le but
Références culturelles
Montaigne, Essais (« De la diversion »), 1588Montaigne y montre qu'on apaise une douleur en détournant l'esprit vers d'autres objets.
Blaise Pascal, Pensées, 1670Pour Pascal, le divertissement détourne l'homme de penser à sa misère et à sa mort.
Jean Giono, Un roi sans divertissement, 1947Le titre reprend Pascal : un roi sans divertissement est un homme plein de misères.
14IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Le divertissement en débat
En classe30 min
Objectif. Comprendre la thèse du fragment 126 (liasse « Divertissement ») en la confrontant à une objection moderne.
Relis la liasse « Divertissement » et repère les étapes de la démonstration (l'observation, la découverte, l'exemple du roi).
Le professeur demande à l'IA de défendre le divertissement contre Pascal.
Par groupes, répondez à l'IA avec les arguments de Pascal (fuir la pensée de notre condition, le roi sans divertissement).
Discutez : l'objection de l'IA atteint-elle vraiment Pascal, ou parle-t-elle d'autre chose ?
À écrire à l'IA
Défends en huit lignes l'idée que le divertissement (jeu, chasse, conversation, écrans) est une bonne chose pour l'être humain, contre la thèse de Pascal dans la liasse « Divertissement » des Pensées. Ensuite, attends nos réponses et discute-les une par une.
Garde ton esprit critique. Vérifiez que l'IA résume correctement la thèse de Pascal avant de l'attaquer. Le divertissement chez Pascal n'est pas seulement l'amusement : c'est tout ce qui nous détourne de penser à notre condition.
2
L'imagination, maîtresse d'erreur : mon plan face au corrigé
À la maison40 min
Objectif. Préparer la question « Qu'entend Pascal lorsqu'il présente l'imagination comme la "maîtresse du monde" ? ».
Relis le fragment 41 (l'imagination) et le guide de lecture de la liasse « Vanité ».
Écris ton plan en trois parties avec un exemple du texte par partie.
Demande à l'IA de te poser des questions sur ton plan.
Compare ensuite avec le corrigé du manuel (une puissance, le fondement de l'ordre social, une rhétorique qui s'adresse à l'imagination).
À écrire à l'IA
Voici mon plan pour répondre à la question « Qu'entend Pascal lorsqu'il présente l'imagination comme la maîtresse du monde dans la liasse "Vanité" des Pensées ? » : [colle ton plan]. Pose-moi trois questions qui m'obligent à préciser mes exemples (le magistrat, le philosophe sur la planche, les habits des médecins). Ne propose pas de plan.
Garde ton esprit critique. La numérotation des fragments change selon les éditions : le manuel suit l'édition Le Guern. Si l'IA cite un numéro de fragment, vérifie-le dans ton édition.
3
Misanthrope sublime ou effrayant génie ?
En classe ou à la maison25 min
Objectif. Préparer le devoir sur table n° 1 et vérifier ce que l'IA sait de Pascal.
Relis l'encadré sur Pascal, la querelle de la Grâce et le texte de Chateaubriand (« Il y avait un homme… »).
Demande à l'IA d'où viennent les deux expressions et ce qu'elles signifient.
Vérifie les informations avec le manuel.
Choisis l'expression qui te paraît la plus juste et justifie avec deux fragments étudiés.
À écrire à l'IA
D'où viennent les expressions « misanthrope sublime » (Voltaire) et « effrayant génie » (Chateaubriand) appliquées à Blaise Pascal ? Dans quelle œuvre chacune apparaît-elle ? Si tu n'es pas certain de la source, écris « à vérifier ». Puis explique ce que chaque expression dit de Pascal.
Garde ton esprit critique. Vérifie la source de Chateaubriand dans le manuel (Génie du christianisme, 1802). Pour Voltaire, garde la source « à vérifier » si l'IA ne peut pas la préciser.
4
Écrire une pensée à la manière de Pascal
À la maison25 min
Objectif. Comprendre l'écriture fragmentaire (fragment, maxime, remarque) en s'y essayant.
Relis la fiche sur les formes brèves et choisis une liasse (« Vanité », « Misère », « Contrariétés »).
Écris trois pensées brèves sur un sujet d'aujourd'hui, à la manière de Pascal.
Demande à l'IA de dire quelle forme brève tu as utilisée et quels procédés.
Compare avec un fragment réel de la même liasse.
À écrire à l'IA
Voici trois pensées brèves que j'ai écrites à la manière de Pascal (liasse « [nom de la liasse] » des Pensées) : [colle tes pensées]. Pour chacune, dis s'il s'agit plutôt d'un fragment, d'une maxime ou d'une remarque, et quels procédés de Pascal j'ai imités (antithèse, renversement, exemple concret). Ne réécris pas mes pensées.
Garde ton esprit critique. L'IA peut te citer un « fragment de Pascal » pour comparer : vérifie qu'il existe dans ton édition avant de le croire.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
10 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
01
Cet effrayant génieEntrer dans l'œuvre par le portrait que Chateaubriand fait de Pascal : lire et comprendre une période oratoire, dégager les procédés de l'éloge et la visée…
02
Misanthrope sublime ou effrayant géniePréparer la question de réflexion du premier devoir d'Etienne Buraud : analyser une consigne qui demande d'arbitrer entre deux formules, les replacer dans leur…
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Des fragments qui déconcertentApprendre à lire des fragments brefs et énigmatiques : formuler des hypothèses, répondre aux questions d'Etienne Buraud « Avant d'expliquer », se servir du…
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L'imagination, maîtresse d'erreurPréparer l'explication du fragment 41 avec les pistes d'Etienne Buraud : relever les images qui désignent l'imagination, analyser les portraits et la stratégie…
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Vouloir et ne pouvoirComprendre ce que Pascal appelle « misère » : réfléchir au mot avec le guide de lecture d'Etienne Buraud, analyser le raisonnement serré du fragment 71, puis…
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Une apologie inachevéeComprendre le projet d'ensemble des Pensées : définir l'apologie et son destinataire, situer les liasses étudiées dans l'œuvre avec la consigne d'Etienne Buraud…
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Le renversement du pour au contreComprendre la démarche de la liasse « Raisons des effets » : distinguer les effets et leur raison, répondre aux questions du guide de lecture et de la…
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Note, maxime, développementRevenir sur la forme de l'œuvre avec les trois consignes d'Etienne Buraud sur l'écriture fragmentaire : définir les formes brèves, classer des fragments selon…
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Un amas confus, sans ordre, sans suiteTraiter la question de réflexion du premier contrôle d'Etienne Buraud : analyser le jugement d'Étienne Périer, rassembler les arguments pour et contre à partir…
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Pensées ou ApologieFaire le bilan de la séquence : définir les concepts essentiels des liasses, puis traiter le premier sujet d'entraînement d'Etienne Buraud sur le titre de…