Poète français du XXe siècle, Éluard a participé au mouvement surréaliste avec André Breton. Il a chanté l'amour, notamment dans Capitale de la douleur (1926) et L'Amour la poésie (1929). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est entré dans la Résistance : son poème « Liberté » (1942), étudié sur le site, a été lancé par des avions alliés au-dessus de la France.
Poète français du XXe siècle, Robert Desnos a fait partie du groupe surréaliste dans les années 1920 ; il était célèbre pour ses « sommeils », pendant lesquels il improvisait des poèmes. Il a publié Corps et biens (1930) et des poèmes pour enfants, les Chantefables. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il a été arrêté et déporté, et il est mort en déportation.
Man Ray et Paul Éluard, Les Mains libres, 1937 : dessins de Man Ray illustrés par des poèmes d'Éluard
Classe d'origine
Terminale L (ML 93 – TL), janvier-février 2014 ; dossier rangé par Etienne Buraud dans ses cours de Seconde
Durée
De janvier à février 2014, devoir sur table compris (6 février, 1 h 30)
Le parcours
N°
Date
Dominante
Support
Notions
1
10 janvier
Cours d'introduction : qu'est-ce que le surréalisme ? Définition littéraire
Cours et document élève : Apollinaire, Breton
Néologisme, automatisme psychique
2
13 janvier
Qu'est-ce que le surréalisme ?
Buñuel et Dalí, Un chien andalou (diffusion)
3-4
17 et 20 janvier
Activité sur le documentaire, avec questionnaire
Portrait-souvenir de Paul Éluard (INA)
Les femmes, la guerre, l'engagement, les peintres, Dada
5
Man Ray : questionnaire sur les documentaires
Entretien avec Pierre Desgraupes ; « La bande à Man Ray »
Ready-made, cubisme, rayographe, hasard
6
24 janvier
Visite (projet)
Fonds Paul Éluard à Saint-Denis, autour des Mains libres
7-8
3 et 7 février
Observation et structure du recueil
Tableaux de composition, de versification, thématiques
9
Lectures de couples dessin-poème
« Fil et aiguille », « L'évidence », « Pouvoir », « Rêve »…
10
6 février
Devoir sur table (1 h 30)
Les dessins du recueil ; le surréalisme ; la couture
11
Synthèse : la couture
Question de dissertation
Plan détaillé
Les séances des 27 et 31 janvier ont été consacrées à un autre travail (CEPMO) ; celles du 10 et du 14 février étaient encore « à définir » dans le calendrier d'Etienne Buraud. La visite à Saint-Denis figurait avec un point d'interrogation.
Les textes du groupement
Poème d'Éluard et dessin de Man Ray
Place dans le recueil
TEXTE 1
« Fil et aiguille » et « La toile blanche »
Partie I, n° 1 et 2
TEXTE 2
« L'évidence » et « Le don »
Partie I, n° 3 et 8
TEXTE 3
« Pouvoir » et « Rêve »
Partie I, n° 28 ; partie II, n° 4
TEXTE 4
« Le temps qu'il faisait le 14 mars »
Partie II, n° 1
TEXTE 5
« Des nuages dans les mains », « La plage », « Belle main »
Partie II, n° 11 et 6 ; partie I, n° 29
2Séances 1 et 2 · Ouverture
Qu'est-ce que le surréalisme ?
Un néologisme dont il faut arrêter le sens
1. Un mot inventé par Apollinaire
C'est Guillaume Apollinaire qui forge l'adjectif en 1917 pour présenter son « drame » Les Mamelles de Tirésias. Son régisseur, Pierre Albert-Birot, a raconté plus tard qu'ils avaient d'abord pensé à « surnaturaliste », mot écarté parce qu'il faisait penser soit au naturalisme, soit au surnaturel. Apollinaire propose alors « sur-réaliste ». Il s'en explique dans sa préface :
« Pour caractériser mon drame, je me suis servi d'un néologisme qu'on me pardonnera car cela m'arrive rarement et j'ai forgé l'adjectif surréaliste qui ne signifie pas du tout symbolique […]. Et pour tenter, sinon une rénovation du théâtre, du moins un effort personnel, j'ai pensé qu'il fallait revenir à la nature même, mais sans l'imiter à la manière des photographes. Quand l'homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait ainsi du surréalisme sans le savoir. »
Guillaume Apollinaire, préface des Mamelles de Tirésias, 1917-1918
2. Breton s'empare du mot
Le jeune André Breton, présent au scandale de la première, reprend l'adjectif dans un article de la NRF (« Pour Dada », août 1920). Dans le Manifeste du surréalisme (15 octobre 1924), il rend hommage à Apollinaire, qui n'aurait possédé selon lui que « la lettre » du surréalisme, et à Nerval, dont le « supernaturalisme » en aurait déjà eu l'esprit. Le Manifeste donne surtout la définition, au ton de dictionnaire, que tout élève doit connaître :
« SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur, par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »
André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924
Le même texte annonce la « résolution future » du rêve et de la réalité « en une sorte de réalité absolue, de surréalité ». Le Second manifeste (1929) cherche « un certain point de l'esprit » où la vie et la mort, le réel et l'imaginaire, le haut et le bas « cessent d'être perçus contradictoirement ». Les découvertes de Freud ouvrent un champ immense : le rêve, la folie, le merveilleux, le hasard. L'histoire du mouvement sera aussi celle de ruptures et d'exclusions retentissantes, prononcées par Breton, le « pape du surréalisme ».
3. Repères chronologiques
Date
Événement
1917
Apollinaire forge l'adjectif « surréaliste » pour son drame Les Mamelles de Tirésias.
1919
Mars : premier numéro de Littérature. Mai-juin : Breton découvre l'écriture automatique et écrit avec Soupault Les Champs magnétiques (parus le 30 mai 1920).
1920-1922
17 janvier 1920 : arrivée de Tzara à Paris. Avril 1922 : Breton, « Lâchez tout […] lâchez Dada », dans Littérature.
1924
15 octobre : Manifeste du surréalisme. 1er décembre : premier numéro de La Révolution surréaliste.
1929
Octobre : première projection à Paris, au Studio 28, d'Un chien andalou de Buñuel et Dalí. Magritte, Ceci n'est pas une pipe.
1930
25 juin : Second manifeste du surréalisme. Juillet : premier numéro du Surréalisme au service de la révolution.
1931
5 mai : ouverture de l'Exposition coloniale ; tract des surréalistes : « Ne visitez pas l'Exposition coloniale ».
1933-1934
Juin 1933 : premiers numéros de Minotaure. Février 1934 : les surréalistes participent aux manifestations en riposte au 6 février.
1936
Exposition internationale du surréalisme à Londres : le 24 juin, Éluard y prononce sa conférence « L'évidence poétique ».
1937
Les Mains libres : dessins de Man Ray illustrés par des poèmes d'Éluard.
1938
Janvier-février : Exposition internationale du surréalisme à Paris ; Breton et Éluard publient un Dictionnaire abrégé du surréalisme.
Le film Portrait-souvenir de Paul Éluard réunit des témoignages d'amis, de peintres et de poètes. Il est vu en deux séances, questionnaire en main. Pour s'y repérer, les élèves identifient progressivement les intervenants : Jacqueline Duhême, Diane Deriaz, Pierre Naville, le docteur Bonnafé, Georges Sadoul, Man Ray, Pierre Emmanuel, Max Ernst, Lucien Scheler, André Verdet, Roland Penrose, Marc Chagall.
Questionnaire
L'homme
À quelle occasion et en quelle année ce portrait a-t-il été réalisé ? Que savez-vous de l'actualité de l'époque ?
Sous quel nom Paul Éluard est-il connu à l'état civil ? Quand et où est-il né ? quand est-il mort ? Où a-t-il passé son enfance ? Quelle profession son père exerçait-il ?
Quel rapport Éluard a-t-il avec les femmes ? Quelles femmes ont particulièrement compté dans sa vie ?
La guerre, la révolte, l'engagement
Que se passe-t-il pour lui en 1914 ? Qui rencontre-t-il peu après, et pourquoi ?
Que se passe-t-il en 1940 ? Pourquoi rencontre-t-il Aragon, Elsa Triolet et Georges Sadoul à Paris pendant l'Occupation ?
Comment André Verdet explique-t-il les rapports d'Éluard avec le Parti communiste ? À quoi correspondent les dates 1926, 1933 et 1942 ?
Quelle est la production poétique d'Éluard pendant la guerre ? Comment est-elle diffusée ? Est-ce sa seule activité résistante ?
Les peintres
Combien de fois des peintres font-ils le portrait d'Éluard ? Citez au moins sept noms d'artistes.
Résumez le témoignage de Roland Penrose sur la capacité d'Éluard à faire se rejoindre les arts.
À l'aide des exemples de Max Ernst et de Man Ray, décrivez la façon dont Éluard travaille avec les peintres.
Quel portrait d'Éluard tracent Claude Roy, le docteur Bonnafé, André Verdet, Marc Chagall ? Relevez les qualificatifs.
La poésie, Dada, le surréalisme
Comment Pierre Emmanuel analyse-t-il le travail de création d'Éluard ? Quels procédés et quels symboles relève-t-il dans « Je fis un feu » ?
Qu'est-ce que Dada ? Quelle contribution Éluard y apporte-t-il ? Quel mouvement en est issu ?
Où se réunissent les surréalistes ? Comment se passent leurs réunions ?
Qu'est-ce qui caractérise sa poésie amoureuse ? De quoi témoigne le recueil Facile ?
Que se produit-il le 28 novembre 1946 ? Que contiennent Le temps déborde (1947) et Une leçon de morale (1949) ? Comment se termine cette période « noire » ?
Éluard et les peintres : les livres à quatre mains
Année
Titre
Artiste
Nature de la collaboration
1922
Répétitions
Max Ernst
Poèmes d'Éluard, onze collages d'Ernst
1922
Les Malheurs des immortels
Max Ernst
Vingt poèmes écrits à deux sur des collages d'Ernst
1924
Mourir de ne pas mourir
Max Ernst
Portrait d'Éluard en frontispice
1926
Les Dessous d'une vie ou la pyramide humaine
Max Ernst
Poèmes et frontispice
1928
Défense de savoir
Giorgio de Chirico
Poèmes, frontispice de Chirico
1930
Ralentir travaux ; L'Immaculée Conception
Breton, Char ; Breton, Dalí
Textes écrits en collaboration
1935
Facile
Man Ray
Poèmes et treize photographies de Nusch
1936
Grand air, La Barre d'appui, Les Yeux fertiles
Pablo Picasso
Poèmes illustrés par Picasso
1937
Les Mains libres
Man Ray
Les dessins de Man Ray « illustrés » par les poèmes d'Éluard
Quand Man Ray a-t-il « débarqué » à Paris ? Quel groupe l'a accueilli ? Qui le dirigeait ? Dans quel café se réunissait-il ? Citez cinq autres membres.
Comment caractériser l'esprit de ce groupe ? En quoi la première soirée de Man Ray à Paris en est-elle représentative ? Man Ray estime-t-il être un homme sérieux ?
Man Ray n'a-t-il fait que de la peinture ? Pourquoi a-t-il quitté les Beaux-Arts ? Donnez un exemple d'« anti-peinture ».
Décrivez Cadeau et Pain peint. Définissez « ready-made » et « cubisme ».
Quelle conception Man Ray a-t-il du hasard ? de la liberté ? de la place des œuvres d'art dans le monde ?
Définissez le rayographe. Quel rapport Man Ray fait-il avec son nom ?
Quelle est l'histoire du portrait de la marquise Casati ? Peinture et photographie sont-elles pour lui deux activités séparées ?
La bande à Man Ray
Dans quelles circonstances et en quelle année l'émission a-t-elle été réalisée ?
Avec qui Man Ray joue-t-il aux échecs ? En quoi ce jeu est-il représentatif de son œuvre ?
Quels rapports son œuvre entretient-elle avec les mathématiques ? la photographie ? Shakespeare ? les objets et la sculpture ?
Qui sont Max Ernst, Meret Oppenheim, Philippe Soupault, Salvador Dalí, André Breton, Giacometti, Erik Satie ? Quelle appréciation Man Ray porte-t-il sur Paul Éluard ?
Que signifie « réussir » pour Man Ray ?
Un poème lu dans le film
L'orage d'une robe qui s'abatPaul Éluard1895 – 1952
L'orage d'une robe qui s'abatPuis un corps simple sans nuagesAinsi venez me dire tous vos charmesVous qui avez eu votre part de bonheur5Et qui pleurez souvent le sort sinistre de celui qui vous a rendue si heureuseVous qui n'avez pas envie de raisonnerVous qui n'avez pas su faire un hommeSans en aimer un autreDans les espaces de marées d'un corps qui se dévêt10À la mamelle du crépuscule ressemblantL'œil fait la chaîne sur les dunes négligéesOù les fontaines tiennent dans leurs griffes des mains nuesVestiges du front nu joues pâles sous les cils de l'horizonUne larme fusée fiancée au passé15Savoir que la lumière fut fertileDes hirondelles enfantines prennent la terre pour le cielLa chambre noire où tous les cailloux du froid sont à vifNe dis pas que tu n'as pas peurTon regard est à la hauteur de mon épaule20Tu es trop belle pour prêcher la chastetéDans la chambre noire où le blé mêmeNaît de la gourmandiseReste immobileEt tu es seule.
Paul Éluard, La Rose publique [1934 ; le document indique 1933, date à vérifier] · Lire l'œuvre
L'Étoile de mer : un poème devenu film
En 1928, Man Ray tourne L'Étoile de mer d'après un poème-scénario de Robert Desnos. Desnos raconte qu'il possédait une étoile de mer achetée chez un brocanteur de la rue des Rosiers, « incarnation même d'un amour perdu ». Le scénario enchaîne des plans brefs (une rue, un escalier, une chambre, une marchande de journaux, l'étoile de mer dans un bocal, la Seine, les murs de la prison de la Santé) et des sous-titres qui forment ensemble un poème :
Les sous-titres de L'Étoile de merRobert Desnos1900 – 1945
Qu'elle est belleAprès toutSi les fleurs étaient en verreBelle, belle comme une fleur en verre5Belle comme une fleur de chairVous ne rêvez pas !Belle comme une fleur de feuLes murs de la santéQu'elle « était » belle10Qu'elle « est » belle.
Robert Desnos, L'Étoile de mer, poème tel que l'a vu Man Ray, 1928 · Lire l'œuvre
Le recueil s'ouvre sur un frontispice et une préface en prose de cinq paragraphes. Viennent ensuite deux parties : trente dessins accompagnés chacun d'un poème dans la première ; vingt-trois poèmes et un texte en prose, « Les amis », dans la seconde. Il se termine par deux « Sade » (une phrase, puis deux phrases), des portraits et un « Détail ».
La composition du recueil
Partie I (30 couples)
Vers
Partie II (24 couples)
Vers
1. Fil et aiguille
4
1. Le temps qu'il faisait le 14 mars
10
2. La toile blanche
3
2. Le sablier compte-fils
7
3. L'évidence
9
3. Plante-aux-oiseaux
8
4. Château abandonné
4
4. Rêve
9
5. Le désir
3
5. Histoire de la science
9
6. C'est elle
9
6. La plage
4
7. La glace cassée
3
7. Avignon
5
8. Le don
5
8. Paranoïa
8
9. Objets
4
9. L'espion
3
10. La lecture
9
10. L'attente
1
11. L'aventure
13
11. Des nuages dans les mains
10
12. L'angoisse et l'inquiétude
2
12. Le château d'If
3
13. Narcisse
3
13. Oui ou non
11
14. Les tours du silence
7
14. La Marseillaise
9
15. J.
2
15. L'apparition
16
16. Les mains libres
2
16. La peur
11
17. L'arbre-rose
4
17. Feu d'artifice
2
18. Les sens
9
18. Brosse à cheveux
5
19. Solitaire
11
19. Les tours d'Éliane
2
20. Burlesque
2
20. Au bal Tabarin
16
21. La femme et son poisson
2
21. Femme portative
10
22. Main et fruits
19
22. La couture
5
23. Le mannequin
5
23. Où se fabriquent les crayons
11
24. Les yeux stériles
4
24. Les amis
prose
25. Le tournant
2
Sade (2 dessins)
—
26. Nu
11
Portraits
—
27. La mort inutile
5
28. Pouvoir
7
29. Belle main
14
30. La liberté
3
Les thèmes : les mains, les yeux, le nu
Un tableau thématique du recueil montre que deux motifs dominent les dessins : la femme, souvent nue, et la main. Les mains sont mises en valeur dans une trentaine de dessins ; elles sont souvent isolées du corps. Les yeux, eux, se répartissent en yeux ouverts (8 dessins, comme « L'évidence » ou « Le désir »), yeux fermés ou baissés (10, comme « Le don » ou « Les sens »), yeux cachés (3) et yeux aveugles (2).
Échelle du plan
Dessins où figure un nu
Effet
Plan d'ensemble (avec décor)
Frontispice, L'arbre-rose, La femme et son poisson, La plage, La Marseillaise, La peur
La femme-paysage, la sensualité, l'allégorie
Plan d'ensemble (sans décor)
Narcisse, La mort inutile, Pouvoir, Belle main, Le sablier compte-fils, Histoire de la science
Stylisation, emprisonnement, violence
Plan américain
Le don, Nu
Le corps renversé, l'offrande ou le recul
Plan rapproché
J., Les tours d'Éliane
Sensualité appuyée, femme-château
Du dessin au poème : quatre degrés de liberté
Le critique Jean Pierrot a classé les poèmes selon leur distance au dessin. Ce classement, résumé dans les documents de la séquence, donne une méthode pour toute lecture d'un couple dessin-poème.
Degré
Ce que fait le poème
Exemples
1. Décalage nul
Il décrit presque le dessin.
« Pouvoir »
2. Fidélité d'atmosphère
Il garde le climat du dessin : euphorie, malaise, catastrophe.
« Le don », « L'arbre-rose », « La mort inutile », « Rêve »
3. Fidélité partielle
Il part d'un seul élément, ou seulement du titre.
« Fil et aiguille », « Narcisse », « L'espion », « Le temps qu'il faisait le 14 mars »
4. Décalage maximal
Le dessin n'est qu'un tremplin.
« Histoire de la science », « Oui ou non »
« Ce n'est pas écrire un poème de circonstance que de partir d'un mot (le titre du dessin). […] Est-ce qu'un poème ne part pas toujours de quelque chose de concret, qu'on le sache ou non ? Être près d'une chose ne signifie pas la reproduire. »
Paul Éluard, lettre à Jean Paulhan, 17 février 1937
Les deux premiers couples du recueil viennent juste après la préface, où Éluard parle du « papier nuit-blanche » et des « plages désertes des yeux du rêveur ». Éluard a déplacé « Fil et aiguille » de la cinquième à la première place : il voulait en faire un poème d'ouverture.
1. « Fil et aiguille »
Man Ray, « Fil et aiguille », dessin des Mains libres, 1937, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
Fil et aiguillePaul Éluard1895 – 1952
Sans fin donner naissanceÀ des passions sans corpsÀ des étoiles mortesQui endeuillent la vue.
Paul Éluard, Les Mains libres, I, 1 · Lire l'œuvre
Johannes Vermeer, La Dentellière, huile sur toile, vers 1669-1671 (Paris, musée du Louvre) ✱Le fil et l'aiguille : le geste patient de la couture, premier motif du recueil.Domaine public · Wikimedia CommonsJean-Joseph Bonaventure Laurens, Le Mont Aiguille, ou Inaccessible, gravure d'après nature parue dans Le Magasin pittoresque, 1860 ✱Le mont Aiguille, voisin de Lans : le titre du dessin joue sans doute sur ce sommet.Domaine public · Wikimedia Commons
2. « La toile blanche »
Man Ray, « La toile blanche », dessin des Mains libres, 1936, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
La toile blanche
La faim le froid la solitudeQui se méfient des asilesDu blé fiévreux des morts.
Paul Éluard, Les Mains libres, I, 2 [répartition des strophes 2 / 1 d'après le tableau de versification du dossier, à vérifier dans l'édition] · Lire l'œuvre
Man Ray, « L'évidence », dessin des Mains libres, 1936, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
L'évidencePaul Éluard1895 – 1952
L'homme la plante le jet d'eauLes flammes calmes certaines bêtesEt l'impliable oiseau de nuitJoignent tes yeux5Ils sont deboutToi tu gardes ton équilibreMalgré les mains malgré les branchesMalgré la fumée et les ailesMalgré le désordre et ton lit.
Paul Éluard, Les Mains libres, I, 3 · Lire l'œuvre
Albrecht Dürer, La Petite Chouette, aquarelle ✱« L'impliable oiseau de nuit » : la chouette, l'oiseau qu'Éluard dit sien.Domaine public · Wikimedia Commons
2. « Le don »
Man Ray, « Le don », dessin des Mains libres, 1937, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
Le don
Elle est noyau figue penséeElle est le plein soleil sous mes paupières closesEt la chaleur brillante dans mes mains tenduesElle est la fille noire et son sang fait la roue5Dans la nuit d'un feu mûr.
Paul Éluard, Les Mains libres, I, 8 · Lire l'œuvre
Man Ray, « Pouvoir », dessin des Mains libres, 1937, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
PouvoirPaul Éluard1895 – 1952
Il la saisit au volL'empoigne par le milieu du corpsLa ceinturant de ses doigts robustesIl la réduit à l'impuissance5Vertige la main dominanteCouvre toutes les distancesSans plus bouger que sa proie.
Paul Éluard, Les Mains libres, I, 28 · Lire l'œuvre
2. « Rêve »
Man Ray, « Rêve », dessin des Mains libres, 1936, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
Rêve
Petit jourJe rentreLa tour Eiffel est penchéeLes ponts tordus5Tous les signaux crevésDans ma maison en ruineChez moiPlus un livreJe me déshabille.
Paul Éluard, Les Mains libres, II, 4 [découpage en strophes 2 / 3 / 3 / 1 d'après le tableau de versification du dossier, à vérifier dans l'édition] · Lire l'œuvre
Man Ray, « Le temps qu'il faisait le 14 mars », dessin des Mains libres, 1937, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
Le temps qu'il faisait le 14 marsPaul Éluard1895 – 1952
Enjôleur d'enfants et charmeur d'oiseauxJ'attends la venue du printempsLa terre est timide et fraîcheLes aiguilles de midi5Cousent la traîne du matinJe me vois moi ma jeunesseParmi les couleurs volatilesDes premières végétationsSur les rivages de verdure10Où l'eau devient de la lumière.
Paul Éluard, Les Mains libres, II, 1 · Lire l'œuvre
« Des nuages dans les mains », « La plage », « Belle main »
Man Ray, « Des nuages dans les mains », dessin des Mains libres, 1937, dessin à l'encre [à vérifier]
Œuvre protégée (Man Ray est mort en 1976) : le dessin est reproduit dans l'édition des Mains libres (Poésie/Gallimard), à consulter au CDI.
Des nuages dans les mainsPaul Éluard1895 – 1952
Ce désespoir confusSource impalpable nuit de pluieLoin des feuilles naissantesLoin des larmes salubres5Ce dédain de l'orientCe paradis livideCette marche en arrièreIncrédule exténuéeVers quelques souvenirs10Le remède miracle accord cadeau confiance.
Paul Éluard, Les Mains libres, II, 11 · Lire l'œuvre
John Constable, Étude de nuages, huile sur papier marouflé sur panneau, 1822 ✱Des nuages qui passent, presque à portée de main, comme dans le dessin de Man Ray.Domaine public · Wikimedia Commons
Deux poèmes en écho
La plage
Tous devaient l'un à l'autre une nudité tendreDe ciel et d'eau d'air et de sableTous oubliaient leur apparenceEt qu'ils s'étaient promis de ne rien voir qu'eux-mêmes.
Paul Éluard, Les Mains libres, II, 6 · Lire l'œuvre
Eugène Boudin, La Plage de Trouville, huile sur bois, 1888 (Norton Simon Museum) ✱« De ciel et d'eau d'air et de sable » : une plage où les promeneurs se mêlent au paysage.Domaine public · Wikimedia CommonsBelle main
Ce soleil qui gémit dans mon passéN'a pas franchi le seuilDe ma main de tes mains campagneOù renaissaient toujours5L'herbe les fleurs des promenadesLes yeux toutes leurs heuresOn s'est promis des paradis et des tempêtesNotre image a gardé nos songesCe soleil qui supporte la jeunesse ancienne10Ne vieillit pas il est intolérableIl me masque l'azur profond comme un tombeauQu'il me faut inventerPassionnémentAvec des mots.
Paul Éluard, Les Mains libres, I, 29 · Lire l'œuvre
Les documents de la séquence proposent plusieurs jeux d'écriture, conçus par Alain Monnier (lycée Chateaubriand de Combourg) et diffusés sur le site Lettres volées. Ils permettent de vivre de l'intérieur la démarche d'Éluard : écrire un poème à partir d'une image, sans la décrire.
La couture est liée, chez les deux auteurs, à la figure de la mère : celles d'Éluard et de Man Ray furent couturières. De là sans doute les allusions maternelles de « Fil et aiguille » (p. 12-13) : le poème s'ouvre presque sur les mots « donner naissance », et le fil dessine une silhouette où l'on a reconnu celle de la mère de Man Ray, d'après une photographie de 1895. « Le mannequin » (p. 57) rappelle cet objet de forme humaine utilisé par les couturières : Éluard y place ses premiers émois (« Premier amour de l'écolier »). Dans « Le temps qu'il faisait le 14 mars » (p. 75), la métaphore « Les aiguilles de midi / Cousent la traîne du matin » appelle un souvenir : « Je me vois moi ma jeunesse ».
B. Une métaphore de la fuite du temps
Dans « L'attente » (p. 92), les fils tissés entre les doigts matérialisent l'écoulement du temps, dont la peau ridée des mains porte la trace ; le vers unique, au passé, dit le regret d'un geste manqué. Dans « Le sablier compte-fils » (p. 76-77), Man Ray relie par des fils un corps féminin au sablier, symbole traditionnel du temps qui passe ; le compte-fils est la loupe des couturières. Les ciseaux qui menacent le corps féminin dans « La couture » (p. 116) peuvent alors figurer le temps meurtrier.
II. Une métaphore du lien
A. Le lien amoureux
Beaucoup de commentateurs voient dans « Fil et aiguille » les contours d'un couple enlacé : la dualité du titre renverrait à l'union du masculin et du féminin. Dans « Le mannequin », Man Ray prête au modèle les traits de Lee Miller, qu'il a passionnément aimée. Mais la couture dit souvent un lien distendu ou rompu : dans « Solitaire » (p. 49), le jeu de ficelle des mains féminines devient image de la solitude ; dans « Femme portative » (p. 115), la femme de fil inspire à Éluard une méditation sur l'indifférence amoureuse.
B. Le lien entre les arts
Les images de la couture figurent la rencontre des deux arts dans le livre. Dès « Fil et aiguille », le fil évoque le trait du dessinateur, l'aiguille la plume du poète. Dans « La toile blanche » (p. 14), la toile est à la fois le support du peintre, celui de la couturière et la page de l'écrivain : étymologiquement, le texte est un tissu. Elles disent aussi le rôle du lecteur : la silhouette évidée demande à être remplie, c'est-à-dire dotée de sens.
III. La couture, emblème d'une conception de l'art
A. Une image en abyme du projet des Les Mains libres
Le dessin « Les mains libres » (p. 43) est un enchevêtrement de lignes qui évoque une pelote de fil, les pointillés suggérant les points d'une couture. Ce dessin non figuratif, que Man Ray disait automatique, résume le projet du recueil : n'aller nulle part, ne tracer aucun plan, par seul souci de liberté. Éluard revendique la même liberté en rejetant la rime, la ponctuation et la régularité du rythme. La relation entre les deux artistes relève ainsi du raccord, de la suture, plus que de la fusion.
B. Une réflexion sur le rôle de l'artiste
L'aiguille géante que Man Ray plante entre le lecteur et le paysage invite à perturber la représentation traditionnelle du réel. Éluard rejette lui aussi les fonctions traditionnelles de l'art, « donner naissance » à « des passions sans corps » ou à « des étoiles mortes ». Dans « La couture », les ciseaux semblent prêts à couper la robe du modèle pour révéler sa nudité : renversement complet du rôle de la couture. Le compte-fils, loupe du textile, de l'imprimerie et de la photographie, peut enfin se lire comme une allégorie de l'artiste qui soustrait son sujet au temps.
C. Art et artisanat
Assimiler les outils de la couturière à ceux de l'artiste, c'est concevoir l'art comme un artisanat, loin de la tour d'ivoire. Éluard l'affirme dans « L'évidence poétique » : « Le temps est venu où tous les poètes ont le droit et le devoir de soutenir qu'ils sont profondément enfoncés dans la vie des autres hommes, dans la vie commune. » D'où les images insistantes de la main : l'art est un métier, qui exige habileté et technique. Le titre « Belle main » (p. 69) désigne d'ailleurs un papier épais ; une « main » est aussi une liasse de vingt-cinq feuilles que le relieur assemble par un fil, et l'une des dernières étapes de la reliure est la couture.
Lire les dessins des Mains libres : fil et aiguille
Man Ray (dessins) et Paul Éluard (poèmes), Les Mains libres, dessin « Fil et aiguille », 1937, dessin (encre) [à vérifier], [à vérifier]
Œuvre protégée par le droit d'auteur (Man Ray est mort en 1976) : les dessins ne sont pas reproduits ici. On les trouve dans l'édition des Mains libres (collection Poésie/Gallimard) au CDI. Dans « Fil et aiguille », une aiguille immense est plantée dans un paysage de montagne ; autour d'elle, un fil dessine une silhouette humaine vide à travers laquelle on voit le ciel. ✱
Ces questions viennent du devoir sur table d'Etienne Buraud sur Les Mains libres (6 février 2014). Elles apprennent à circuler dans le recueil entre les dessins et les poèmes, puis à suivre une image qui revient partout : la couture.
Observer
Voici une liste d'objets présents dans les dessins. Donne les titres des poèmes correspondants : une étoile sur un visage ; une main féminine avec deux bracelets ; un masque ; des lunettes ; un oreiller (deux possibilités de réponse) ; des volets fermés avec un visage derrière ; un pinceau.
✱ Observe le dessin « Fil et aiguille » : que vois-tu au premier plan et à l'arrière-plan ? Sous quel angle l'aiguille est-elle vue ?
Analyser
Voici un groupe de dessins : Où se fabriquent les crayons, Le Tournant, Fil et aiguille, La Plage, le frontispice. Dis ce qui les réunit, lequel est différent, et explique en quoi consiste cette différence.
✱ Le fil dessine une silhouette vide, à travers laquelle on voit le ciel. Que peut suggérer ce vide ?
La couture dans les dessins de Man Ray : relève les dessins où apparaissent fil, aiguille, couture ou tissu, et dis ce que cette image représente.
Relier au texte✱
Relis « Fil et aiguille » (texte 1), qu'Éluard a placé en ouverture du recueil. Qu'est-ce que le poème ajoute au dessin ? Pourquoi en faire le premier poème ?
Dans « Le temps qu'il faisait le 14 mars » (texte 4), « Les aiguilles de midi / Cousent la traîne du matin ». Explique la métaphore et rapproche-la de l'aiguille du dessin de Man Ray.
Éléments de réponse
✱
La main féminine avec deux bracelets : « Le temps qu'il faisait le 14 mars » (deux longues mains baguées soutiennent le cou d'une femme). Pour les autres objets, la réponse se cherche dans le recueil, dessin par dessin [à compléter avec l'édition des Mains libres].
Au premier plan, une aiguille immense plantée dans le sol, vue en contre-plongée ; à l'arrière-plan, une plaine cultivée, des conifères et des falaises. Le changement d'échelle rend l'objet monumental, comme une montagne.
Point commun possible : des lieux, des paysages ou des objets du quotidien agrandis. Le frontispice diffère : il ouvre le livre et n'accompagne pas un poème précis [à vérifier avec le recueil].
Le vide laisse passer le ciel : la présence d'un être absent, le souvenir d'un couple, ou l'idée que le dessin reste ouvert et que le lecteur doit le compléter.
Le fil relie : les êtres qui s'aiment, le dessin et le poème, le peintre et le poète. L'aiguille et la couture disent aussi le temps qui passe (on coud point après point) et l'art lui-même, travail patient d'assemblage proche du collage surréaliste. Man Ray était fils de tailleurs.
Le poème donne une voix et un sens au dessin muet ; il ne le décrit pas, il le prolonge. En ouverture, le fil et l'aiguille annoncent le principe du recueil : coudre ensemble deux arts.
Les aiguilles de l'horloge deviennent des aiguilles à coudre : le temps coud le matin à midi, comme une robe dont la traîne s'allonge. L'objet du dessin devient chez Éluard une image du temps qui passe doucement.
Les mots de l'image✱
contre-plongée
l'objet est vu d'en bas, ce qui le grandit
échelle
rapport de taille entre les objets ; le surréalisme aime la bouleverser
frontispice
illustration placée au début d'un livre, face à la page de titre
métaphore
image qui rapproche deux réalités sans outil de comparaison
surréalisme
mouvement qui explore le rêve, l'inconscient et les rapprochements inattendus
Une autre œuvre à regarder✱
Image : Johannes Vermeer, musée du Louvre, via Wikimedia Commons · Public domain voir le fichier
Johannes Vermeer, La Dentellière, vers 1669-1671, huile sur toile, Paris, musée du Louvre
Une image ancienne de la couture, du domaine public, à comparer avec celles de Man Ray : le même geste, deux façons de le représenter.
Où se porte le regard ? Qu'est-ce que le peintre montre avec précision, et qu'est-ce qu'il laisse flou ?
Quelle impression se dégage de la jeune femme et de son travail : agitation ou concentration ? Justifie par la lumière et le cadrage.
Compare avec « Fil et aiguille » : chez Vermeer, la couture est un geste réel ; que devient-elle chez Man Ray et chez Éluard ?
Éléments de réponse
Le regard va vers les mains et les fils, au centre ; le visage penché et les mains sont nets, alors que les fils rouges et blancs du coussin, au premier plan, sont flous.
Une grande concentration : le cadrage serré, la lumière douce venue de gauche, le silence de la scène nous font partager l'attention de la dentellière.
Chez Vermeer, on observe le geste d'une femme au travail. Chez Man Ray, l'aiguille devient géante et le fil dessine un corps : la couture devient une image du lien et de la création ; chez Éluard, une image du temps.
Le même devoir demande aussi cinq dates clés, six personnalités et cinq œuvres du surréalisme, et la définition du mot ; un document d'Etienne Buraud réunit Duchamp, Fontaine (1917), Man Ray, Buñuel, Un chien andalou (1929) et Magritte, Ceci n'est pas une pipe (1929).
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
surréaliste adjectif forgé par Apollinaire en 1917
Manifeste du surréalisme Breton redéfinit le mot en 1924
Expressions
l'écriture automatique : écrire sans contrôle de la raison
le cadavre exquis : jeu collectif d'écriture ou de dessin
c'est surréaliste ! : familier : absurde, invraisemblable
Références culturelles
André Breton et Philippe Soupault, Les Champs magnétiques, 1920Premier texte en écriture automatique, considéré comme l'acte de naissance du surréalisme.
André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924Breton y définit le surréalisme comme un « automatisme psychique pur ».
Paul Éluard, Capitale de la douleur, 1926Recueil majeur du surréalisme, aux images amoureuses inattendues.
Paul Éluard et Man Ray, Les Mains libres, 1937Collaboration surréaliste où dessins et poèmes se répondent.
« Rome, l'unique objet de mon ressentiment ! » : anaphore de « Rome » chez Corneille
« J'écris ton nom » : reprise obsédante dans « Liberté » d'Éluard
Références culturelles
Pierre Corneille, Horace, 1640Les imprécations de Camille répètent « Rome » en tête de vers pour dire sa haine.
André Breton, « L'Union libre », 1931Chaque vers recommence par « Ma femme à… » : l'anaphore structure ce blason surréaliste.
Paul Éluard, Poésie et vérité 1942 (« Liberté »), 1942Chaque strophe reprend « Sur… » avant le refrain « J'écris ton nom » : l'anaphore martèle l'espoir.
une métaphore filée : image prolongée sur plusieurs vers
parler par métaphores : de façon imagée
« Petit-Poucet rêveur » : Rimbaud se désigne par une métaphore
Références culturelles
Victor Hugo, La Légende des siècles (« Booz endormi »), 1859« Cette faucille d'or dans le champ des étoiles » désigne le croissant de lune par une métaphore.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857Baudelaire file les métaphores, comme celle de la Nature, « temple » et « forêts de symboles ».
Paul Éluard et Man Ray, Les Mains libres, 1937Les poèmes d'Éluard transforment les dessins de Man Ray en images et métaphores inattendues.
la problématique : la question qui guide la réflexion
illustrer un argument : l'appuyer sur un exemple tiré des œuvres
Références culturelles
Michel de Montaigne, Essais, 1580Montaigne y examine librement des questions en confrontant les points de vue, ancêtre de la réflexion argumentée.
René Descartes, Discours de la méthode, 1637Descartes y expose une méthode pour bien conduire sa raison, par étapes ordonnées.
Victor Hugo, préface de Cromwell, 1827Hugo y construit une argumentation théorique pour défendre le drame romantique.
AaLes mots de la séquence
Termes à connaître
✱
SSurréalisme
Mouvement fondé par Breton (1924) : « automatisme psychique pur », libération de la pensée hors du contrôle de la raison.
DDada
Mouvement de révolte né en 1916 à Zurich (Tzara), qui précède le surréalisme et en prépare l'esprit.
ÉÉcriture automatique
Écriture rapide, sans contrôle de la raison, pour laisser parler l'inconscient.
CCadavre exquis
Jeu collectif où chacun écrit ou dessine une partie d'une phrase ou d'un corps sans voir le reste.
RReady-made
Objet manufacturé présenté comme œuvre d'art par le choix de l'artiste.
RRayographe
Photographie sans appareil, obtenue en posant des objets sur un papier sensible.
FFrontispice
Image placée en tête d'un livre, face au titre.
IIllustrer
Du latin illustrare, « mettre en lumière » ; ici, le poème illustre le dessin.
EEkphrasis
Description d'une œuvre d'art par un texte.
BBlason
Éloge des différentes parties du corps.
VVers libre
Vers sans mètre ni rime réguliers, qui trouve son rythme propre.
HHexasyllabe / octosyllabe / alexandrin
Vers de six, huit, douze syllabes.
AAnaphore
Reprise d'un mot en tête de vers ou de phrases.
AAntithèse
Rapprochement de deux termes opposés.
MMétaphore
Image qui identifie deux réalités sans outil de comparaison (« les aiguilles de midi »).
AAllitération / assonance
Répétition de sons consonnes / voyelles.
AArticle défini
« le, la, les » : chez Éluard, il donne aux choses une présence unique et universelle.
PPlan (d'ensemble, américain, rapproché)
Échelle du cadrage d'une image, du personnage dans son décor au visage.
✱Sources : dossier « Les Mains libres » (Terminale L, janvier-mars 2014, rangé en Seconde) : calendrier, cours sur le surréalisme, chronologie, questionnaires INA et Man Ray, DST du 6 février 2014, synthèse « la couture » ; analyses et tableaux du site Lettres volées (2013).
16IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Décrire un dessin de Man Ray, puis lire le poème
En classe30 min
Objectif. Comprendre que pour Éluard le dessin est un déclencheur et non un modèle, en comparant ta description, celle de l'IA et le poème.
Observe le dessin de « La toile blanche » ou de « Rêve » et décris-le seul en 5 lignes.
Donne ta description à l'IA et demande-lui d'écrire à son tour un court poème à partir de ce dessin.
Lis ensuite le poème d'Éluard.
Compare les trois : qui décrit, qui invente ? Relie ta réponse aux « trois traits d'Éluard face au dessin ».
À écrire à l'IA
Voici la description d'un dessin du surréaliste Man Ray (je la colle ci-dessous). Écris un poème de 6 vers libres inspiré par ce dessin, sans le décrire objet par objet.
Garde ton esprit critique. Le poème de l'IA est souvent une description ou une suite d'images vagues. Vérifie s'il fait ce que fait Éluard : remplacer les objets par des notions humaines, ajouter la nature, s'ouvrir à un « tu ».
2
Chasse aux erreurs : chronologie du surréalisme
À la maison25 min
Objectif. Préparer la question 3 du devoir (dates clés, personnalités, œuvres) en corrigeant une chronologie générée.
Demande à l'IA une chronologie du surréalisme.
Compare-la aux repères chronologiques des séances 1 et 2.
Barre ce qui est faux, ajoute ce qui manque (Apollinaire 1917, Manifeste 1924, Un chien andalou 1929, Les Mains libres 1937).
Apprends la version corrigée.
À écrire à l'IA
Donne-moi une chronologie du surréalisme en 10 dates, de l'invention du mot à 1940, en une ligne par date (événement, personne, œuvre). Je suis en Seconde et je vais vérifier chaque ligne.
Garde ton esprit critique. Les IA confondent souvent dates de création et de publication. Ne retiens que les dates confirmées par le manuel ; marque les autres « [à vérifier] ».
3
Commenter « Le don » : mon paragraphe d'abord
À la maison35 min
Objectif. Rédiger un paragraphe d'analyse sur l'anaphore et le rythme de « Le don » (8, 12, 12, 12, 6 syllabes), puis le faire relire.
Relis « Le don » et l'encadré « À retenir ».
Écris seul un paragraphe argumenté (idée, citation, analyse) de 10 lignes.
Demande à l'IA une relecture critique, sans réécriture.
Améliore ton paragraphe et note ce que tu as changé.
À écrire à l'IA
Voici un paragraphe que j'ai écrit en Seconde pour commenter le poème « Le don » de Paul Éluard (Les Mains libres, 1937). Je le colle ci-dessous. Ne le réécris pas. Indique si chaque idée est prouvée par une citation et si l'analyse va au-delà de la paraphrase.
Garde ton esprit critique. Si l'IA propose des citations, vérifie-les dans le recueil. Refuse une remarque qui contredit ce que tu vois vraiment dans le texte.
4
Oral : les images de la couture
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Préparer à l'oral la synthèse sur les images de la couture dans Les Mains libres (temps, lien, art) face à un jury simulé.
Relis le plan détaillé de la synthèse et les poèmes « Fil et aiguille » et « Le temps qu'il faisait le 14 mars ».
Présente ton plan à l'IA en 5 lignes.
Réponds à voix haute à ses questions.
Note les questions qui portaient sur des poèmes que tu ne connais pas, et vérifie s'ils existent dans le recueil.
À écrire à l'IA
Je prépare un oral de Seconde sur les images de la couture dans Les Mains libres de Paul Éluard et Man Ray (1937). Voici mon plan (je le colle ci-dessous). Joue un examinateur : pose-moi 5 questions, une à la fois, et attends ma réponse.
Garde ton esprit critique. L'IA peut évoquer des poèmes ou des dessins qui n'existent pas dans le recueil. Vérifie chaque titre dans la table du manuel avant de répondre.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
7 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
14
Qu'est-ce que le surréalisme ?Construire les repères indispensables sur le surréalisme à partir du cours : l'origine du mot, la définition du Manifeste, les buts du mouvement et sa…
15
Observer le recueil et sa versification librePrendre une vue d'ensemble du recueil à partir des tableaux de la séquence : en décrire la composition, classer les poèmes selon leur longueur, repérer les…
16
Ouvrir le recueil : le vide et la ligneComprendre comment s'ouvre Les Mains libres : comparer deux dessins qui montrent le vide, lire les deux poèmes très brefs qui leur répondent, choisir et…
17
L'évidence et Le don : célébrer la femmeÉtudier comment Éluard célèbre la femme aimée sans la décrire : un regard vers lequel tout converge dans « L'évidence », des métaphores qui mêlent les sens et…
18
Du dessin au poème : Pouvoir et RêveComprendre ce que le poème ajoute au dessin : situer deux poèmes sur l'échelle des « degrés de liberté », étudier le récit de « Pouvoir » et la méditation de…
19
Contre le lyrisme replié sur soiComprendre comment Éluard refuse le regard tourné vers le passé : étudier le passage des mains fermées aux mains ouvertes, le désespoir et son « remède »…
20
Les images de la coutureÉtudier la métaphore de la couture dans « Le temps qu'il faisait le 14 mars », la relier aux autres images de la couture du recueil grâce à la synthèse de la…