Français en classe
3e · Poésie

Grands poèmes français, de Marot à Aragon

de Marot à Aragon, cinq siècles de poésie

20 textes1 à retenir6 fiches d'activité
Créé en 2020
Programme officielRegarder le monde, inventer des mondes · « Visions poétiques du monde »

Programme du cycle 4 de 2015, modifié en 2020 (BO n° 31 du 30 juillet 2020), toujours en vigueur en 3e en 2026-2027 ; le nouveau programme (BO n° 10 du 5 mars 2026) s'appliquera en 3e à la rentrée 2028.

Entrée de l'ancien programme, toujours en vigueur
  • Regarder le monde, inventer des mondes · « Visions poétiques du monde »

rattachement proposé

Portrait de Paul VerlainePaul Verlaine
Portrait de Charles BaudelaireCharles Baudelaire
Portrait de Pierre de RonsardPierre de Ronsard
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 20 textes de la séquence que l'on peut dater, dans l'ordre chronologique. Clique ou touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d'œil

Seize grands poèmes français, de Marot à Aragon

Fiche enseignant
Intitulé
16 grands poèmes français
Objectif
Préparation au lycée : décrire formellement un poème, le situer sur une frise chronologique littéraire, s'initier à la dissertation
Classes et période
3e2 et 3e3, collège Victor-Hugo, mai-juin 2023 (première version : 3e1 et 3e2, mai-juin 2020)
Support
Le cahier de travail « 16 grands poèmes français » et le cours sur le corpus
Fil rouge
La poésie : une forme-sens
2Présentation

Le corpus

Seize poèmes, cinq siècles de poésie

N°PoèmePoète
1« Petite épître au roi »Clément Marot
2« Mignonne, allons voir si la rose »Pierre de Ronsard
3« Heureux qui, comme Ulysse… »Joachim Du Bellay
4« Et la mer et l'amour… »Pierre de Marbeuf
5« Le Lac »Alphonse de Lamartine
6« La Mort du loup »Alfred de Vigny
7« Les Djinns »Victor Hugo
8« Le Chat »Charles Baudelaire
9« Le Dormeur du val »Arthur Rimbaud
10« Mon rêve familier »Paul Verlaine
11« La colombe poignardée et le jet d'eau »Guillaume Apollinaire
12« Liberté »Paul Éluard
13« Ce cœur qui haïssait la guerre »Robert Desnos
14« Barbara »Jacques Prévert
15« L'Affiche rouge »Louis Aragon
16« Ils m'ont dit »François Sengat-Kuo
3Étape 1 · Cours

Qu'est-ce qu'un poème ?

La poésie, une forme-sens

« La poésie est cette musique que tout homme porte en soi. »

Citation attribuée à William Shakespeare, en exergue du cahier de travail

a. Qu'est-ce qu'un vers ?

Paul Verlaine, « Art poétique » (extrait)
Portrait de Paul Verlaine
Paul Verlaine1844 – 1896

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De la musique avant toute chose,Et pour cela préfère l'ImpairPlus vague et plus soluble dans l'air,Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Jadis et naguère, 1884 (poème écrit en 1874) · Lire l'œuvre

c. Qu'est-ce qu'une rime ?

Charles Baudelaire, « L'Invitation au voyage » (début)
Portrait de Charles Baudelaire
Charles Baudelaire1821 – 1867

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Mon enfant, ma sœur,Songe à la douceurD'aller là-bas vivre ensemble !Aimer à loisir,5Aimer et mourirAu pays qui te ressemble !Les soleils mouillésDe ces ciels brouillésPour mon esprit ont les charmes10Si mystérieuxDe tes traîtres yeux,Brillant à travers leurs larmes.

Les Fleurs du mal, 1857 · Lire l'œuvre

Tableau : une ville hollandaise aux toits rouges au bord de l'eau, sous un grand ciel nuageux
Johannes Vermeer, Vue de Delft, huile sur toile, 1660-1661 (La Haye, Mauritshuis) ✱« Les soleils mouillés de ces ciels brouillés » : la Hollande, pays rêvé de « L'Invitation au voyage ».Domaine public · Wikimedia Commons
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4Étape 2 · Méthode

Décrire formellement un poème

Description horizontale, description verticale

b. Description verticale : la longueur de la strophe

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5Texte 1 · Renaissance

Le poète qui « s'enrime »

Clément Marot, « Petite épître au roi », vers 1518

Petite épître au roi
Portrait de Clément Marot
Clément Marot1496 – 1544

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En m'ébattant je fais rondeaux en rime,Et en rimant bien souvent je m'enrime :Bref, c'est pitié d'entre nous rimailleurs,Car vous trouvez assez de rime ailleurs,5Et quand vous plaît, mieux que moi rimassez.Des biens avez et de la rime assez.Mais moi, à tout ma rime et ma rimaille,Je ne soutiens (dont je suis marri) maille.Or ce me dit (un jour) quelque rimart :10« Viens çà, Marot, trouves-tu en rime artQui serve aux gens, toi qui as rimassé ?— Oui vraiment (réponds-je) Henri Macé ;Car, vois-tu bien, la personne rimante,Qui au jardin de son sens la rime ente,15Si elle n'a des biens en rimoyant,Elle prendra plaisir en rime oyant.Et m'est avis que si je ne rimoisMon pauvre corps ne serait nourri mois,Ne demi-jour. Car la moindre rimette,20C'est le plaisir, où faut que mon ris mette. »Si vous supplie, qu'à ce jeune rimeurFassiez avoir un jour par sa rime heur.Afin qu'on die, en prose, ou en rimant :« Ce rimailleur, qui s'allait enrimant,25Tant rimassa, rima et rimonna,Qu'il a connu quel bien par rime on a. »

Clément Marot, L'Adolescence clémentine, 1532 (graphie modernisée) · Lire l'œuvre

Portrait d'un roi barbu au large pourpoint rayé de blanc et d'or, devant une tenture rouge
Jean Clouet, Portrait de François Ier, roi de France, huile sur bois, entre 1527 et 1530 (Paris, musée du Louvre) ✱Le roi François Ier, à qui Marot adresse son épître en jouant avec les rimes.Domaine public · Wikimedia Commons
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6Texte 2 · Renaissance

Cueillir le jour

Pierre de Ronsard, « Mignonne, allons voir si la rose », 1553

À Cassandre
Portrait de Pierre de Ronsard
Pierre de Ronsard1524 – 1585

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Mignonne, allons voir si la roseQui ce matin avoit descloseSa robe de pourpre au Soleil,A point perdu ceste vesprée5Les plis de sa robe pourprée,Et son teint au vostre pareil.Las ! voyez comme en peu d'espace,Mignonne, elle a dessus la placeLas ! las ses beautez laissé cheoir !10Ô vrayment marastre Nature,Puis qu'une telle fleur ne dureQue du matin jusques au soir !Donc, si vous me croyez, mignonne,Tandis que vostre âge fleuronne15En sa plus verte nouveauté,Cueillez, cueillez vostre jeunesse :Comme à ceste fleur la vieillesseFera ternir vostre beauté.

Pierre de Ronsard, Odes, I, 17 (graphie du XVIe siècle conservée) · Lire l'œuvre

Planche botanique : une grande rose rose et ses boutons sur une tige feuillue
Pierre-Joseph Redouté, Rosa gallica aurelianensis, gravure coloriée tirée des Roses, 1824 ✱Une rose épanouie, à la « robe de pourpre » : la fleur qui se fane vite, comme la jeunesse.Domaine public · Wikimedia Commons
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7Texte complémentaire · Version 2020

Vingt-cinq ans plus tard

Pierre de Ronsard, « Quand vous serez bien vieille », 1578

Quand vous serez bien vieille
Portrait de Pierre de Ronsard
Pierre de Ronsard1524 – 1585

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Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,Assise auprès du feu, dévidant et filant,Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.5Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,Déjà sous le labeur à demi sommeillant,Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,Bénissant votre nom de louange immortelle.Je serai sous la terre et fantôme sans os :10Par les ombres myrteux je prendrai mon repos :Vous serez au foyer une vieille accroupie,Regrettant mon amour et votre fier dédain.Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, II, 1578 · Lire l'œuvre

Tableau : une femme âgée en coiffe blanche tient une quenouille et tire le fil
Michael Sweerts, Vieille femme filant, huile sur toile, entre 1646 et 1648 ✱Une vieille femme qui file la laine : Hélène, « bien vieille », « dévidant et filant » au coin du feu.Domaine public · Wikimedia Commons
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8Texte 3 · Renaissance

La nostalgie du pays natal

Joachim Du Bellay, « Heureux qui, comme Ulysse… », 1558

Heureux qui, comme Ulysse…
Portrait de Joachim Du Bellay
Joachim Du Bellay1522 – 1560

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Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,Et puis est retourné, plein d'usage et raison,Vivre entre ses parents le reste de son âge !5Quand reverrai-je, hélas, de mon petit villageFumer la cheminée, et en quelle saisonReverrai-je le clos de ma pauvre maison,Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,10Que des palais Romains le front audacieux,Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Joachim Du Bellay, Les Regrets, XXXI, 1558 · Lire l'œuvre

Tableau : un port antique au soleil couchant, des navires à quai et des palais à colonnes
Claude Lorrain, Port de mer avec le départ d'Ulysse du pays des Phéaciens, huile sur toile, 1646 (Paris, musée du Louvre) ✱Les Phéaciens ramènent Ulysse chez lui : « Et puis est retourné, plein d'usage et raison ».Domaine public · Wikimedia Commons
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9Texte 4 · Âge baroque

La mer, l'amour, l'amer

Pierre de Marbeuf, « Et la mer et l'amour… », 1628

Et la mer et l'amour…
Pierre de Marbeufvers 1596 – 1645

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Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,Et la mer est amère, et l'amour est amer,L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.5Celui qui craint les eaux qu'il demeure au rivage,Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.La mère de l'amour eut la mer pour berceau,10Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

Pierre de Marbeuf, Recueil des vers, 1628 · Lire l'œuvre

Tableau : un trois-mâts et des barques secoués par les vagues sous un ciel nuageux
Ludolf Backhuysen, Mer agitée avec des navires, huile sur toile, 1697 (Amsterdam, Rijksmuseum) ✱Une mer houleuse où l'on peut « s'abîmer » : Marbeuf compare l'amour à ses dangers.Domaine public · Wikimedia Commons
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10Texte complémentaire · Version 2020

Un poète répond à une coquette

Pierre Corneille, « Stances à Marquise », 1658

Stances à Marquise
Portrait de Pierre Corneille
Pierre Corneille1606 – 1684

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Marquise, si mon visageA quelques traits un peu vieux,Souvenez-vous qu'à mon âgeVous ne vaudrez guère mieux.5Le temps aux plus belles chosesSe plaît à faire un affront :Il saura faner vos rosesComme il a ridé mon front.Le même cours des planètes10Règle nos jours et nos nuits :On m'a vu ce que vous êtes ;Vous serez ce que je suis.Cependant j'ai quelques charmesQui sont assez éclatants15Pour n'avoir pas trop d'alarmesDe ces ravages du temps.Vous en avez qu'on adore ;Mais ceux que vous méprisezPourraient bien durer encore20Quand ceux-là seront usés.Ils pourront sauver la gloireDes yeux qui me semblent doux,Et dans mille ans faire croireCe qu'il me plaira de vous.25Chez cette race nouvelleOù j'aurai quelque crédit,Vous ne passerez pour belleQu'autant que je l'aurai dit.Pensez-y, belle Marquise,30Quoiqu'un grison fasse effroi,Il vaut bien qu'on le courtiseQuand il est fait comme moi.

Pierre Corneille, 1658 · Lire l'œuvre

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11Texte 5 · Romantisme

« Ô temps ! suspends ton vol »

Alphonse de Lamartine, « Le Lac », 1820

Le Lac
Portrait de Alphonse de Lamartine
Alphonse de Lamartine1790 – 1869

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Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,Dans la nuit éternelle emportés sans retour,Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges4 Jeter l'ancre un seul jour ?Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre8 Où tu la vis s'asseoir !Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes12 Sur ses pieds adorés.Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence16 Tes flots harmonieux.Tout à coup des accents inconnus à la terreDu rivage charmé frappèrent les échos ;Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère20 Laissa tomber ces mots :« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices ! Suspendez votre cours :Laissez-nous savourer les rapides délices24 Des plus beaux de nos jours !« Assez de malheureux ici-bas vous implorent, Coulez, coulez pour eux ;Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;28 Oubliez les heureux.« Mais je demande en vain quelques moments encore, Le temps m'échappe et fuit ;Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore32 Va dissiper la nuit.« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive, Hâtons-nous, jouissons !L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;36 Il coule, et nous passons ! »Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,S'envolent loin de nous de la même vitesse40 Que les jours de malheur ?Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,44 Ne nous les rendra plus !Éternité, néant, passé, sombres abîmes,Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes48 Que vous nous ravissez ?Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,52 Au moins le souvenir !Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages56 Qui pendent sur tes eaux.Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface60 De ses molles clartés.Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,Que les parfums légers de ton air embaumé,Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,64 Tout dise : Ils ont aimé !

Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, 1820 · Lire l'œuvre

Tableau : un grand lac bordé de montagnes, une prairie verte au premier plan
Jacques Morion, Fin d'été en Savoie. Le lac du Bourget, huile sur toile, avant 1900 ✱Le lac du Bourget, en Savoie : c'est le lac que Lamartine supplie de garder le souvenir de leur amour.Domaine public · Wikimedia Commons
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12Texte 6 · Romantisme

Mourir sans jeter un cri

Alfred de Vigny, « La Mort du loup », 1843

La Mort du loup · I (v. 1 à 16)
Portrait de Alfred de Vigny
Alfred de Vigny1797 – 1863

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Les nuages couraient sur la lune enflamméeComme sur l'incendie on voit fuir la fumée,Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,5Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,Nous avons aperçu les grands ongles marquésPar les loups voyageurs que nous avions traqués.Nous avons écouté, retenant notre haleine10Et le pas suspendu. — Ni le bois, ni la plaineNe poussait un soupir dans les airs ; seulementLa girouette en deuil criait au firmament ;Car le vent, élevé bien au-dessus des terres,N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,15Et les chênes d'en bas, contre les rocs penchés,Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.

Tableau : un loup au bord d'une mare, la nuit, éclairé par une lumière verdâtre de lune
Frederic Remington, Clair de lune, loup, huile sur toile, vers 1904 (Addison Gallery of American Art) ✱Un loup seul sous la lune, comme la nuit où les chasseurs de Vigny surprennent la famille de loups.Domaine public · Wikimedia Commons
I (suite, v. 17 à 60)
Rien ne bruissait donc, lorsque, baissant la tête,Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quêteA regardé le sable en s'y couchant ; bientôt,Lui que jamais ici on ne vit en défaut,5A déclaré tout bas que ces marques récentesAnnonçaient la démarche et les griffes puissantesDe deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.Nous avons tous alors préparé nos couteaux,Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,10Nous allions pas à pas en écartant les branches.Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,Et je vois au-delà quatre formes légèresQui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,15Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,Quand le maître revient, les lévriers joyeux.Leur forme était semblable et semblable la danse ;Mais les enfants du Loup se jouaient en silence,Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,20Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,Sa Louve reposait comme celle de marbreQu'adoraient les Romains, et dont les flancs velusCouvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.25Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dresséesPar leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,30Du chien le plus hardi la gorge pantelanteEt n'a pas desserré ses mâchoires de fer,Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chairEt nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,35Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;40Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,Et, sans daigner savoir comment il a péri,Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

II
J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudreÀ poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,5Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuveNe l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;Mais son devoir était de les sauver, afinDe pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,À ne jamais entrer dans le pacte des villes10Que l'homme a fait avec les animaux servilesQui chassent devant lui, pour avoir le coucher,Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

III
Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,C'est vous qui le savez, sublimes animaux !5À voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.— Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au cœur !Il disait : « Si tu peux, fais que ton âme arrive,10À force de rester studieuse et pensive,Jusqu'à ce haut degré de stoïque fiertéOù, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.Gémir, pleurer, prier est également lâche.Fais énergiquement ta longue et lourde tâche15Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. »

Alfred de Vigny, Les Destinées, 1864 (première publication en 1843) · Lire l'œuvre

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13Texte 7 · Romantisme

Un poème qui s'enfle et s'éteint

Victor Hugo, « Les Djinns », 1829

Les Djinns
Portrait de Victor Hugo
Victor Hugo1802 – 1885

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Murs, ville,Et port,AsileDe mort,Mer griseOù briseLa brise,8Tout dort.Dans la plaineNaît un bruit.C'est l'haleineDe la nuit.Elle brameComme une âmeQu'une flamme16Toujours suit !La voix plus hauteSemble un grelot.D'un nain qui sauteC'est le galop.Il fuit, s'élance,Puis en cadenceSur un pied danse24Au bout d'un flot.La rumeur approche.L'écho la redit.C'est comme la clocheD'un couvent maudit ;Comme un bruit de foule,Qui tonne et qui roule,Et tantôt s'écroule,32Et tantôt grandit.Dieu ! la voix sépulcraleDes Djinns !… Quel bruit ils font !Fuyons sous la spiraleDe l'escalier profond.Déjà s'éteint ma lampe,Et l'ombre de la rampe,Qui le long du mur rampe,40Monte jusqu'au plafond.C'est l'essaim des Djinns qui passe,Et tourbillonne en sifflant !Les ifs, que leur vol fracasse,Craquent comme un pin brûlant.Leur troupeau, lourd et rapide,Volant dans l'espace vide,Semble un nuage livide48Qui porte un éclair au flanc.Ils sont tout près ! — Tenons ferméeCette salle, où nous les narguons.Quel bruit dehors ! Hideuse arméeDe vampires et de dragons !La poutre du toit descelléePloie ainsi qu'une herbe mouillée,Et la vieille porte rouillée56Tremble, à déraciner ses gonds !Cris de l'enfer ! voix qui hurle et qui pleure !L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.Le mur fléchit sous le noir bataillon.La maison crie et chancelle penchée,Et l'on dirait que, du sol arrachée,Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,64Le vent la roule avec leur tourbillon !Prophète ! si ta main me sauveDe ces impurs démons des soirs,J'irai prosterner mon front chauveDevant tes sacrés encensoirs !Fais que sur ces portes fidèlesMeure leur souffle d'étincelles,Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes72Grince et crie à ces vitraux noirs !Ils sont passés ! — Leur cohorteS'envole, et fuit, et leurs piedsCessent de battre ma porteDe leurs coups multipliés.L'air est plein d'un bruit de chaînes,Et dans les forêts prochainesFrissonnent tous les grands chênes,80Sous leur vol de feu pliés !De leurs ailes lointainesLe battement décroît,Si confus dans les plaines,Si faible, que l'on croitOuïr la sauterelleCrier d'une voix grêle,Ou pétiller la grêle88Sur le plomb d'un vieux toit.D'étranges syllabesNous viennent encor ;Ainsi, des ArabesQuand sonne le cor,Un chant sur la grèvePar instants s'élève,Et l'enfant qui rêve96Fait des rêves d'or.Les Djinns funèbres,Fils du trépas,Dans les ténèbresPressent leurs pas ;Leur essaim gronde :Ainsi, profonde,Murmure une onde104Qu'on ne voit pas.Ce bruit vagueQui s'endort,C'est la vagueSur le bord ;C'est la plainte,Presque éteinte,D'une sainte112Pour un mort.On douteLa nuit…J'écoute : —Tout fuit,Tout passe ;L'espaceEfface120Le bruit.

Victor Hugo, Les Orientales, XXVIII, 1829 · Lire l'œuvre

Gravure : des créatures ailées volent en groupe dans les nuages au-dessus d'une ville orientale
D'après Louis Boulanger, « Les Djinns », vignette gravée sur bois pour Les Orientales de Victor Hugo, 1829 (maison de Victor Hugo) ✱L'illustration de l'édition originale : l'essaim des djinns passe en volant au-dessus de la ville.Domaine public · Wikimedia Commons
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14Texte 8 · Vers la modernité

Un chat dans la cervelle

Charles Baudelaire, « Le Chat », 1857

Le Chat · I
Portrait de Charles Baudelaire
Charles Baudelaire1821 – 1867

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Dans ma cervelle se promène,Ainsi qu'en son appartement,Un beau chat, fort, doux et charmant.4Quand il miaule, on l'entend à peine,Tant son timbre est tendre et discret ;Mais que sa voix s'apaise ou gronde,Elle est toujours riche et profonde.8C'est là son charme et son secret.Cette voix, qui perle et qui filtreDans mon fonds le plus ténébreux,Me remplit comme un vers nombreux12Et me réjouit comme un philtre.Elle endort les plus cruels mauxEt contient toutes les extases ;Pour dire les plus longues phrases,16Elle n'a pas besoin de mots.Non, il n'est pas d'archet qui mordeSur mon cœur, parfait instrument,Et fasse plus royalement20Chanter sa plus vibrante corde,Que ta voix, chat mystérieux,Chat séraphique, chat étrange,En qui tout est, comme en un ange,24Aussi subtil qu'harmonieux !

Lithographie en noir et blanc : un chat noir et un chat blanc sur un toit entre des cheminées
Édouard Manet, Le Rendez-vous des chats, lithographie (New York Public Library) ✱Manet, ami de Baudelaire, dessine deux chats sur les toits, souples et mystérieux comme celui du poème.Domaine public · Wikimedia Commons
II
De sa fourrure blonde et bruneSort un parfum si doux, qu'un soirJ'en fus embaumé, pour l'avoir4Caressée une fois, rien qu'une.C'est l'esprit familier du lieu ;Il juge, il préside, il inspireToutes choses dans son empire ;8Peut-être est-il fée, est-il dieu ?Quand mes yeux, vers ce chat que j'aimeTirés comme par un aimant,Se retournent docilement12Et que je regarde en moi-même,Je vois avec étonnementLe feu de ses prunelles pâles,Clairs fanaux, vivantes opales,16Qui me contemplent fixement.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », LI, 1857

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15Texte 9 · Vers la modernité

Un soldat dort dans la verdure

Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », 1870

Le Dormeur du val
Portrait de Arthur Rimbaud
Arthur Rimbaud1854 – 1891

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C'est un trou de verdure où chante une rivière,Accrochant follement aux herbes des haillonsD'argent ; où le soleil, de la montagne fière,Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.5Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme10Sourirait un enfant malade, il fait un somme :Nature, berce-le chaudement : il a froid.Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, octobre 1870, Cahier de Douai · Lire l'œuvre

Tableau : des soldats endormis à même le sol dans une plaine, au-dessus d'eux un ciel où passent des armées de rêve
Édouard Detaille, Le Rêve, huile sur toile, 1888 ✱Des soldats endormis dans l'herbe, comme le « dormeur » ; mais celui de Rimbaud ne se réveillera pas.Domaine public · Wikimedia Commons
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16Texte 10 · Vers la modernité

La femme rêvée

Paul Verlaine, « Mon rêve familier », 1866

Mon rêve familier
Portrait de Paul Verlaine
Paul Verlaine1844 – 1896

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Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrantD'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la mêmeNi tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.5Car elle me comprend, et mon cœur, transparentPour elle seule, hélas ! cesse d'être un problèmePour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.Est-elle brune, blonde ou rousse ? — Je l'ignore.10Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonoreComme ceux des aimés que la Vie exila.Son regard est pareil au regard des statues,Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle aL'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Paul Verlaine, Poèmes saturniens, « Melancholia », VI, 1866 · Lire l'œuvre

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17Texte 11 · La modernité

Le poème devient dessin

Guillaume Apollinaire, « La colombe poignardée et le jet d'eau », 1918

Page de livre où les lignes du poème forment un oiseau en haut et une fontaine en dessous
Guillaume Apollinaire, « La colombe poignardée et le jet d'eau », page de l'édition originale de Calligrammes, 1918 ✱Le poème imprimé en 1918 : les mots dessinent la colombe, puis le jet d'eau et son bassin.Domaine public · Wikimedia Commons
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18Texte 12 · Poésie et histoire

« J'écris ton nom »

Paul Éluard, « Liberté », 1942

Liberté
Portrait de Paul Éluard
Paul Éluard1895 – 1952

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Sur mes cahiers d'écolierSur mon pupitre et les arbresSur le sable sur la neige4J'écris ton nomSur toutes les pages luesSur toutes les pages blanchesPierre sang papier ou cendre8J'écris ton nomSur les images doréesSur les armes des guerriersSur la couronne des rois12J'écris ton nomSur la jungle et le désertSur les nids sur les genêtsSur l'écho de mon enfance16J'écris ton nomSur les merveilles des nuitsSur le pain blanc des journéesSur les saisons fiancées20J'écris ton nomSur tous mes chiffons d'azurSur l'étang soleil moisiSur le lac lune vivante24J'écris ton nomSur les champs sur l'horizonSur les ailes des oiseauxEt sur le moulin des ombres28J'écris ton nomSur chaque bouffée d'auroreSur la mer sur les bateauxSur la montagne démente32J'écris ton nomSur la mousse des nuagesSur les sueurs de l'orageSur la pluie épaisse et fade36J'écris ton nomSur les formes scintillantesSur les cloches des couleursSur la vérité physique40J'écris ton nomSur les sentiers éveillésSur les routes déployéesSur les places qui débordent44J'écris ton nomSur la lampe qui s'allumeSur la lampe qui s'éteintSur mes raisons réunies48J'écris ton nomSur le fruit coupé en deuxDu miroir et de ma chambreSur mon lit coquille vide52J'écris ton nomSur mon chien gourmand et tendreSur ses oreilles dresséesSur sa patte maladroite56J'écris ton nomSur le tremplin de ma porteSur les objets familiersSur le flot du feu béni60J'écris ton nomSur toute chair accordéeSur le front de mes amisSur chaque main qui se tend64J'écris ton nomSur la vitre des surprisesSur les lèvres attendriesBien au-dessus du silence68J'écris ton nomSur mes refuges détruitsSur mes phares écroulésSur les murs de mon ennui72J'écris ton nomSur l'absence sans désirSur la solitude nueSur les marches de la mort76J'écris ton nomSur la santé revenueSur le risque disparuSur l'espoir sans souvenir80J'écris ton nomEt par le pouvoir d'un motJe recommence ma vieJe suis né pour te connaître84Pour te nommerLiberté

Paul Éluard, Poésie et vérité 1942 · Lire l'œuvre

Feuille manuscrite : des strophes courtes écrites à l'encre, avec des ratures en bas de page
Paul Éluard, manuscrit autographe du poème « Liberté », d'abord intitulé « Une seule pensée », 1942 (BnF) ✱La page écrite et corrigée par Éluard lui-même, avant que le poème prenne le titre « Liberté ».Domaine public · Wikimedia Commons
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19Texte 13 · Poésie et histoire

Un cœur qui bat pour la liberté

Robert Desnos, « Ce cœur qui haïssait la guerre », 1943

Ce cœur qui haïssait la guerre
Portrait de Robert Desnos
Robert Desnos1900 – 1945
Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu'il bat pour le combat et la bataille !Ce cœur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haineEt qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent5Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagneComme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.Mais non, c'est le bruit d'autres cœurs, de millions d'autres cœurs battant comme le mien à travers la France.Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,10Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaisesEt tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères15Et des millions de Français se préparent dans l'ombre à la besogne que l'aube proche leur imposera.Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées, du jour et de la nuit.

Robert Desnos, L'Honneur des poètes, 1943 (découpage des vers d'après le cahier de travail) · Lire l'œuvre

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20Textes 14 à 16 · Poésie et histoire

Trois voix d'après-guerre

Prévert, Aragon, Sengat-Kuo

Texte 14 · Jacques Prévert, « Barbara », Paroles, 1946

Texte 15 · Louis Aragon, « L'Affiche rouge », 1955

Anonyme (propagande de l'occupant allemand), L'Affiche rouge (« Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime ! »)

Anonyme (propagande de l'occupant allemand), L'Affiche rouge (« Des libérateurs ? La libération par l'armée du crime ! »), février 1944, affiche imprimée, placardée dans toute la France

Image : Copie d'affiche de 1944, via Wikimedia Commons · Domaine public (œuvre anonyme de 1944) voir le fichier

Document de propagande : on l'analyse pour comprendre comment il cherche à manipuler l'opinion.

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21Texte 16 · Poésie et histoire

« Ils m'ont dit »

François Sengat-Kuo, poète camerounais

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22Étape 7 · Méthode (version 2020)

S'initier à la dissertation

Un exercice de lycée appliqué au corpus

Introduction : esprit de l'exercice

L'exercice consiste à produire un texte argumentatif (pas d'imagination : ni récit, ni dialogue, ni poème) à partir d'un sujet littéraire, portant sur une question ou un genre vus en cours. On vous demande de produire un texte complet et construit (introduction, plusieurs paragraphes de développement et conclusion) qui répondra à un sujet de dissertation. Il s'agit pour vous de donner votre avis, en argumentant, et en prenant pour exemples uniquement des textes littéraires. La dissertation est bien un sujet de réflexion sur des enjeux littéraires.

I. Exemple de sujet

« Le poète ne peut dire le monde qu'en chantant et en jouant. Il ne sait pas appeler une femme, une femme ; une maison, une maison ; un poète, un poète. » Que pensez-vous de cette affirmation ?

Sujet portant sur le corpus de textes poétiques du XVIe et du XVIIe siècle vus en cours

II. Rassembler ses connaissances

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23Étude d'image

Un poème face à un tableau : Aragon et Chagall

Marc Chagall, Les Mariés de la tour Eiffel, 1938-1939, huile sur toile, Paris, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou

Œuvre protégée par le droit d'auteur (Marc Chagall est mort en 1985) : l'image n'est pas reproduite ici. On y voit un couple de mariés, un coq immense, la tour Eiffel, des personnages et des animaux qui flottent dans un ciel aux couleurs vives. Le tableau est projeté en classe ; tu peux le retrouver dans un livre d'art au CDI. Le sujet de brevet associait aussi un autre tableau de Chagall, Couple dans le paysage bleu (1969-1971, collection privée). ✱

Le sujet zéro du brevet 2018, corrigé par Etienne Buraud, rapproche un poème d'Aragon, « Chagall XI », de deux tableaux de Chagall. L'étude apprend à lire une image poétique et à comparer un poème et un tableau, comme le fait le calligramme d'Apollinaire étudié dans la séquence.

Observer ✱
  1. Décris le tableau : que vois-tu en bas, au centre, en haut ? Repère les mariés, les animaux, la tour Eiffel.
  2. Quels éléments viennent de la vie réelle ? Lesquels seraient impossibles dans la réalité ?
Analyser ✱
  1. Dans le poème, Aragon écrit : « Le ciel est un pays de chèvres ». Pourquoi cette phrase surprend-elle ? Quel sens prend-elle quand on regarde les tableaux de Chagall ?
  2. Quelle image du peintre le poème donne-t-il ? Que veut dire Aragon en faisant de lui un roi ?
  3. Quels éléments le poème et les tableaux ont-ils en commun ?
Relier au texte ✱
  1. Relis « La colombe poignardée et le jet d'eau » d'Apollinaire (texte 11) : le poème y devient dessin. Chez Chagall, c'est la peinture qui ressemble à un poème. Explique cette différence.
  2. Aragon, l'auteur de « L'Affiche rouge » (texte 15), écrit ici sur un peintre. Le ton est-il le même ? Que montre ce contraste sur les pouvoirs de la poésie ?
Éléments de réponse
  • ✱ Description : au centre, le couple de mariés porté par un grand coq ; autour, des personnages et des animaux qui volent ; en bas, la tour Eiffel et la ville. Les couleurs sont vives.
  • ✱ Réel : la tour Eiffel, les mariés, le coq, un village. Impossible : les personnages et les animaux flottent dans le ciel, les proportions ne sont pas respectées.
  • Effet de surprise dû au caractère paradoxal de l'image et de l'analogie « ciel = pays de chèvres ».
  • Image poétique illustrative, descriptive des tableaux : dans la peinture de Chagall, les animaux volent réellement dans le ciel.
  • Peintre roi de la couleur, métaphore du peintre roi : maître du genre.
  • Un monde où les lois de la nature sont inversées ; les couleurs et les formes ; l'amour et le jeu (ludisme) ; la légèreté, l'apesanteur ; l'harmonie.
  • ✱ Apollinaire dispose les mots pour dessiner une colombe et un jet d'eau : le texte devient image. Chagall, lui, rapproche des objets sans lien logique, comme une métaphore rapproche des mots : son tableau fonctionne comme une image poétique.
  • ✱ « L'Affiche rouge » est un poème grave d'hommage aux résistants fusillés ; le poème sur Chagall célèbre la couleur et l'amour. Le même poète peut témoigner de l'histoire et chanter la beauté du monde.
Les mots de l'image ✱
onirique
qui fait penser au rêve
apesanteur
absence de poids : les corps flottent au lieu de tomber
couleurs vives
couleurs franches et lumineuses, peu mélangées
composition
façon dont les éléments sont organisés dans le tableau
image poétique
rapprochement inattendu de deux réalités, par une comparaison ou une métaphore
Une autre œuvre à regarder ✱
Caspar David Friedrich, Lever de lune sur la mer (Mondaufgang am Meer)
Image : Caspar David Friedrich, Google Arts & Culture, via Wikimedia Commons · Public domain voir le fichier

Caspar David Friedrich, Lever de lune sur la mer (Mondaufgang am Meer), 1822, huile sur toile, Berlin, Alte Nationalgalerie

Friedrich est le peintre que la séquence cite à propos du romantisme et du « Lac » de Lamartine : son tableau, du domaine public, peut être montré à côté du poème.

  1. Où sont placés les personnages ? Que regardent-ils ? Pourquoi les voit-on de dos ?
  2. Quelles couleurs dominent ? Quel moment de la journée le peintre a-t-il choisi ?
  3. Relis « Le Lac » de Lamartine (texte 5) : quels points communs trouves-tu entre le poème et le tableau (le soir, l'eau, le temps qui passe, la contemplation) ?
Éléments de réponse
  • Trois personnages assis sur un rocher, au premier plan, (deux femmes et un homme) regardent la mer, la lune qui se lève et deux voiliers. Vus de dos, ils invitent le spectateur à regarder avec eux.
  • Des violets et des ors, un ciel qui s'éclaire derrière les nuages : c'est le soir, au lever de la lune, un moment de silence et de rêverie.
  • Comme Lamartine au bord du lac, les personnages contemplent l'eau au clair de lune ; la nature invite à méditer sur le temps qui passe et sur ceux qu'on aime.
AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱poésienom féminin
Synonymes

verspoèmechantlyrisme

Antonymes

prose

Dérivés

poèten. m.poétessen. f.poèmen. m.poétiqueadj.poétiquementadv.poétiserv.

Champ lexical

versstropherimerythmeimagesonorité

Étymologie
  • poiein grec : faire, fabriquer, créer
  • poiêsis grec : création ; puis art de faire des vers
  • poesis latin : poésie, poème
  • poète, poème, poétique mots de la même famille
Expressions
  • manquer de poésie : être terre à terre, sans charme
  • un recueil de poésie : un livre de poèmes
  • la poésie engagée : qui défend une cause
Références culturelles
  • Ovide, Les Métamorphoses (mythe d'Orphée), vers 8 apr. J.-C.Orphée, dont le chant charme les bêtes et les dieux, incarne le pouvoir de la poésie.
  • Victor Hugo, Les Contemplations, 1856Hugo y fait de la poésie le journal d'une âme, entre souvenirs heureux et deuil de sa fille Léopoldine.
  • Guillaume Apollinaire, Alcools, 1913Apollinaire renouvelle la poésie : vers libres, absence de ponctuation, images de la vie moderne.
  • Francis Ponge, Le Parti pris des choses, 1942Ponge fait de la description d'objets ordinaires (l'huître, le cageot) une poésie en prose.
Carte mentale ✱versificationnom féminin
Synonymes

métriqueprosodieart des vers

Dérivés

versn. m.versifierv.versificateurn. m.versetn. m.

Champ lexical

versstropherimesyllabemètrecésure

Étymologie
  • versus latin : sillon, ligne d'écriture, vers (de vertere, tourner)
  • facere latin : faire
  • versificatio latin : art de faire des vers
Expressions
  • compter les syllabes : mesurer la longueur d'un vers
  • décrire la forme d'un poème : strophes, vers, rimes
  • les règles de la versification : celles du vers régulier
Références culturelles
  • Pierre de Ronsard, Abrégé de l'art poétique français, 1565Ronsard y donne aux jeunes poètes les règles du vers français, dont l'alternance des rimes masculines et féminines.
  • Nicolas Boileau, L'Art poétique, 1674Boileau fixe en vers les règles classiques : césure, refus de l'hiatus, clarté du sens.
  • Victor Hugo, Les Orientales, 1829Hugo y varie sans cesse les mètres et les strophes : une démonstration de virtuosité.
  • Paul Verlaine, « Art poétique », 1882Ce poème sur l'art des vers réclame la musique, le vers impair et une rime assagie.
Carte mentale ✱rimenom féminin
Synonymes

homophonie finaleretour de sonécho

Antonymes

vers blanc

Dérivés

rimerv.rimeurn. m.rimaillerv.rimailleurn. m.riméadj.

Champ lexical

verssonoritérime richerimes croiséesrimes embrasséesrimes plates

Étymologie
  • *rīm francique : série, nombre (origine probable, discutée)
  • rhythmus latin : rythme, cadence (a pu influencer le mot)
  • rimer, rimailleur, s'enrimer mots de la même famille
Expressions
  • sans rime ni raison : de façon absurde, sans logique
  • rimes plates, croisées, embrassées : AABB, ABAB, ABBA
  • une rime riche : trois sons communs ou plus
Références culturelles
  • Clément Marot, « Petite épître au roi », vers 1518Marot y joue avec virtuosité sur des rimes équivoquées, en se moquant de lui-même comme rimeur.
  • Nicolas Boileau, L'Art poétique, 1674Boileau veut que la rime, simple « esclave », obéisse toujours au sens.
  • Paul Verlaine, « Art poétique », 1882Verlaine dénonce les « torts de la Rime », « ce bijou d'un sou », et veut l'assagir.
Carte mentale ✱carpe diemlocution latine
Synonymes

profite du jour présentcueille le jourvivre l'instant

Champ lexical

rosejeunessevieillessecueillirbeautéfuite du temps

Étymologie
  • carpe latin : cueille, profite (impératif de carpere)
  • diem latin : le jour (de dies)
  • Horace Odes, I, 11 : origine de la formule
Expressions
  • « Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie » : dernier vers de « Quand vous serez bien vieille », Ronsard
  • profiter de l'instant présent : le sens courant
Références culturelles
  • Horace, Odes, 23 av. J.-C.Ode à Leuconoé d'où vient l'expression « carpe diem » : cueille le jour présent.
  • Pierre de Ronsard, « Mignonne, allons voir si la rose », 1553Ronsard invite la jeune femme à profiter de sa jeunesse avant qu'elle ne fane comme la rose.
  • Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578« Quand vous serez bien vieille » s'achève sur « Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie ».
  • Raymond Queneau, « Si tu t'imagines », L'Instant fatal, 1948Queneau réécrit le carpe diem de Ronsard sur un ton familier et moderne.
Carte mentale ✱nostalgienom féminin
Synonymes

mal du paysregretmélancolielangueur

Dérivés

nostalgiqueadj.nostalgiquementadv.névralgien. f.antalgiqueadj.

Champ lexical

exilsouvenirpays natalregretretourpassé

Étymologie
  • nostos grec : retour au pays
  • algos grec : douleur
  • nostalgia latin médical créé en 1688 par le médecin suisse Johannes Hofer
Expressions
  • le mal du pays : tristesse de celui qui est loin de chez lui
  • « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » : Du Bellay, Les Regrets
Références culturelles
  • Homère, L'Odyssée, VIIIe siècle av. J.-C.Ulysse veut rentrer à Ithaque : le « retour » (nostos) est au cœur du mot.
  • Joachim Du Bellay, Les Regrets, 1558Exilé à Rome, Du Bellay regrette son village natal (« Heureux qui, comme Ulysse… »).
  • Alphonse de Lamartine, « Milly ou la terre natale », Harmonies poétiques et religieuses, 1830Lamartine y chante avec nostalgie la maison et le village de son enfance.
Carte mentale ✱paronomasenom féminin
Synonymes

jeu de mots sonorerapprochement de paronymesannomination

Dérivés

paronymen. m.paronymien. f.homonymen. m.synonymen. m.anonymeadj.onomatopéen. f.

Champ lexical

sonparonymehomophonieéchoallitérationjeu de mots

Étymologie
  • para grec : à côté de
  • onoma grec : nom
  • paronomasia grec : léger changement de nom, jeu sur des mots voisins
Expressions
  • « Qui se ressemble s'assemble » : proverbe fondé sur une paronomase
  • la mer, l'amour, l'amer : le jeu de Marbeuf sur des sons proches
  • « traduttore, traditore » : italien : traducteur, traître
Références culturelles
  • Pierre de Marbeuf, « Et la mer et l'amour… », Recueil des vers, 1628Le poème joue sur la paronomase « la mer » / « l'amer » / « l'amour ».
  • Robert Desnos, Corps et biens, 1930Desnos y joue sur des mots aux sons voisins, notamment dans les poèmes de « Rrose Sélavy ».
  • Jacques Prévert, Paroles, 1946Prévert multiplie les jeux de mots fondés sur des sonorités proches.
Carte mentale ✱stancesnom féminin pluriel (une stance : une strophe)
Synonymes

strophespoème strophiqueméditation lyrique

Champ lexical

strophelyrismeméditationalexandrinplaintedilemme

Étymologie
  • *stantia latin populaire : séjour, arrêt (de stare, se tenir debout)
  • stanza italien : demeure, pièce ; puis strophe
Expressions
  • les stances de Rodrigue : monologue lyrique du Cid, où le héros hésite
  • « Marquise, si mon visage… » : début des « Stances à Marquise »
Références culturelles
  • Pierre Corneille, Le Cid, 1637Les stances de Rodrigue expriment son dilemme entre l'amour et l'honneur.
  • Pierre Corneille, « Stances à Marquise », 1658Corneille vieillissant rappelle à une jeune actrice que sa beauté passera, mais pas ses vers.
  • François de Malherbe, « Consolation à M. Du Périer », 1599?Malherbe console un père de la mort de sa fille : « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses ».
Carte mentale ✱romantismenom masculin
Synonymes

mouvement romantiquesensibilité romantiquelyrisme

Antonymes

classicismerationalisme

Dérivés

romantiqueadj.romantiquementadv.préromantismen. m.romann. m.romanesqueadj.romancen. f.

Champ lexical

mélancolienaturelyrismeexilfuite du tempssentiment

Étymologie
  • romanz ancien français : langue romane, puis récit en cette langue (le « roman »)
  • romantic anglais (XVIIe siècle) : qui évoque les romans, pittoresque
  • romantique employé par Rousseau (Rêveries, 1782), puis nom d'un mouvement
Expressions
  • le mal du siècle : mélancolie de la jeunesse romantique
  • « Ô temps ! suspends ton vol » : vers célèbre du « Lac », Lamartine
  • la bataille d'Hernani : querelle autour du drame de Hugo, 1830
Références culturelles
  • Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, 1820Recueil qui ouvre le romantisme poétique français.
  • Victor Hugo, préface de Cromwell, 1827Manifeste du drame romantique : mélange du grotesque et du sublime, refus des unités.
  • Alfred de Musset, La Confession d'un enfant du siècle, 1836Musset y décrit le « mal du siècle » de la jeunesse romantique.
  • Victor Hugo, Les Contemplations, 1856Sommet du lyrisme romantique : souvenir, nature, deuil et méditation.
Carte mentale ✱stoïcismenom masculin
Synonymes

impassibilitéfermetécourageconstancerésignation

Antonymes

lamentationabattementfaiblesse

Dérivés

stoïqueadj.stoïquementadv.stoïcienn. m.

Champ lexical

couragedignitésouffrancesilencesagessedestin

Étymologie
  • stoa grec : portique
  • Stoa poikilê grec : le Portique peint d'Athènes, où enseignait Zénon de Citium
  • stoïkos grec : du Portique
Expressions
  • rester stoïque : supporter la douleur sans se plaindre
  • « souffre et meurs sans parler » : leçon finale de « La Mort du loup », Vigny
  • « supporte et abstiens-toi » : maxime attribuée à Épictète
Références culturelles
  • Sénèque, Lettres à Lucilius, Ier siècleSénèque y enseigne à son ami la maîtrise de soi face au temps, à la douleur et à la mort.
  • Épictète, Manuel, IIe siècleLe Manuel distingue ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas.
  • Alfred de Vigny, « La Mort du loup », 1843Le loup meurt en silence, modèle de courage : « Souffre et meurs sans parler ».
Carte mentale ✱mètrenom masculin
Synonymes

mesurenombre de syllabescadence

Dérivés

métriquen. f.métricienn. m.hexamètren. m.pentamètren. m.trimètren. m.métronomen. m.

Champ lexical

syllabealexandrinoctosyllabedécasyllabee muetdiérèse

Étymologie
  • metron grec : mesure
  • metrum latin : mesure ; vers
  • métrique mot de la même famille
Expressions
  • compter les syllabes : pour trouver le mètre d'un vers
  • un poème hétérométrique : qui mêle des vers de longueurs différentes
  • le mètre fait sens : la longueur du vers imite ce qui est dit
Références culturelles
  • Jean de La Fontaine, Fables (vers mêlés), 1668La Fontaine mêle librement des mètres différents pour épouser le rythme du récit.
  • Victor Hugo, « Les Djinns », Les Orientales, 1829Les strophes grandissent puis décroissent de deux à dix syllabes, mimant l'approche puis l'éloignement des djinns.
  • Paul Verlaine, « Art poétique » (« préfère l'Impair »), 1882Verlaine conseille les mètres impairs (5, 7, 9 syllabes), plus légers et plus musicaux.
Carte mentale ✱métaphorenom féminin
Synonymes

imagecomparaison implicitefigure d'analogie

Antonymes

sens propre

Dérivés

métaphoriqueadj.métaphoriquementadv.métaphoriserv.anaphoren. f.

Champ lexical

imagecomparécomparantanalogiemétaphore filéeallégorie

Étymologie
  • meta grec : changement, au-delà
  • pherein grec : porter
  • metaphora grec : transport, déplacement (du sens)
Expressions
  • une métaphore filée : image prolongée sur plusieurs vers
  • parler par métaphores : de façon imagée
  • « Petit-Poucet rêveur » : Rimbaud se désigne par une métaphore
Références culturelles
  • Victor Hugo, La Légende des siècles (« Booz endormi »), 1859« Cette faucille d'or dans le champ des étoiles » désigne le croissant de lune par une métaphore.
  • Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857Baudelaire file les métaphores, comme celle de la Nature, « temple » et « forêts de symboles ».
  • Paul Éluard et Man Ray, Les Mains libres, 1937Les poèmes d'Éluard transforment les dessins de Man Ray en images et métaphores inattendues.
Carte mentale ✱chutenom féminin
Synonymes

pointefintrait finaldénouement

Antonymes

incipitouverture

Dérivés

chuterv.rechuten. f.parachuten. m.choirv.déchoirv.déchéancen. f.échoirv.échéancen. f.

Champ lexical

sonnetsurprisedernier verseffetpointerévélation

Étymologie
  • cadere latin : tomber
  • cheoir, choir ancien français : tomber ; « chute » vient de son ancien participe (cheüte)
Expressions
  • la chute du sonnet : vers final qui surprend
  • « Il a deux trous rouges au côté droit » : chute du « Dormeur du val »
  • une chute inattendue : un effet de surprise
Références culturelles
  • Charles Baudelaire, « À une passante », Les Fleurs du mal (2e éd.), 1861Le dernier vers, « Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais ! », forme une chute saisissante.
  • Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », écrit en 1870Le dernier vers révèle que le soldat endormi est mort : « deux trous rouges au côté droit ».
  • Guy de Maupassant, « La Parure », 1884La nouvelle se clôt sur une révélation : la parure perdue était fausse.
Carte mentale ✱rêvenom masculin
Synonymes

songerêverievisionchimèreillusion

Antonymes

réalitéveille

Dérivés

rêverv.rêveurn. m.rêverien. f.rêvasserv.rêvasserien. f.rêveusementadv.

Champ lexical

sommeilnuitsongeinconscientdésirvision

Étymologie
  • resver ancien français : vagabonder, délirer (origine discutée)
  • rêverie, rêveur, rêvasser mots de la même famille
Expressions
  • faire de beaux rêves : bien dormir
  • un rêve éveillé : rêverie consciente
  • « Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » : début de « Mon rêve familier », Verlaine
Références culturelles
  • Gérard de Nerval, Aurélia, 1855Nerval y raconte ses rêves et sa folie : « Le Rêve est une seconde vie ».
  • Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866On y trouve « Mon rêve familier », rêve d'une femme idéale.
  • Sigmund Freud, L'Interprétation du rêve, 1900Freud fait du rêve la « voie royale » qui mène à l'inconscient.
  • André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924Breton veut explorer le rêve et l'inconscient pour libérer la poésie.
Carte mentale ✱calligrammenom masculin
Synonymes

poème-dessinidéogramme lyriquepoème figurépoème visuel

Dérivés

calligraphien. f.calligraphen. m.calligraphierv.calligraphiqueadj.idéogrammen. m.épigrammen. f.anagrammen. f.

Champ lexical

dessinformepagetypographieimagelettres

Étymologie
  • kallos grec : beauté
  • gramma grec : lettre, écriture
  • calligraphie + idéogramme mot-valise inventé par Apollinaire
Expressions
  • un poème-dessin : le texte dessine ce dont il parle
  • « Et moi aussi je suis peintre » : titre d'abord prévu par Apollinaire pour ses idéogrammes
Références culturelles
  • François Rabelais, Cinquième Livre (la « Dive Bouteille »), 1564La « Dive Bouteille » est un poème dont les vers dessinent la forme d'une bouteille.
  • Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles (la queue de la souris), 1865Le conte de la souris est imprimé en forme de longue queue sinueuse.
  • Guillaume Apollinaire, Calligrammes, 1918Apollinaire invente le mot et fait du poème un dessin (la pluie, la cravate et la montre).
Carte mentale ✱engagementnom masculin
Synonymes

militantismecombatrésistanceprise de position

Antonymes

neutralitéindifférencedésengagement

Dérivés

engagerv.engagéadj.désengagerv.désengagementn. m.gagen. m.dégagerv.

Champ lexical

libertérésistancedénoncercombattémoignerinjustice

Étymologie
  • *waddi francique : garantie, d'où « gage »
  • engager « mettre en gage », d'où se lier par une promesse
Expressions
  • la littérature engagée : qui défend une cause
  • prendre parti : choisir son camp
  • la poésie de la Résistance : écrite sous l'Occupation, 1940-1944
Références culturelles
  • Victor Hugo, Châtiments, 1853Depuis l'exil, Hugo met sa poésie au service du combat contre Napoléon III.
  • Louis Aragon, Le Crève-cœur, 1941Aragon y dit la douleur de la défaite de 1940 et l'appel à résister.
  • Paul Éluard, Poésie et vérité 1942 (« Liberté »), 1942Poème de la Résistance, parachuté par les avions alliés au-dessus de la France.
  • Robert Desnos, « Ce cœur qui haïssait la guerre », L'Honneur des poètes, 1943Poème publié clandestinement, appel à se lever contre l'occupant.
Carte mentale ✱dissertationnom féminin
Synonymes

réflexion argumentéeexposéessaidéveloppement

Dérivés

disserterv.dissertateurn. m.

Champ lexical

problématiqueplanthèseantithèseargumentexemple

Étymologie
  • serere latin : entrelacer, enchaîner
  • disserere latin : exposer avec ordre, discuter
  • dissertatio latin : discussion, exposé
Expressions
  • le plan dialectique : thèse, antithèse, synthèse
  • la problématique : la question qui guide la réflexion
  • illustrer un argument : l'appuyer sur un exemple tiré des œuvres
Références culturelles
  • Michel de Montaigne, Essais, 1580Montaigne y examine librement des questions en confrontant les points de vue, ancêtre de la réflexion argumentée.
  • René Descartes, Discours de la méthode, 1637Descartes y expose une méthode pour bien conduire sa raison, par étapes ordonnées.
  • Victor Hugo, préface de Cromwell, 1827Hugo y construit une argumentation théorique pour défendre le drame romantique.

AaLes mots de la séquence

Les termes de la versification à connaître pour le lycée

✱
Vers
Ligne d'un poème, définie par son nombre de syllabes et par le retour à la ligne.
Vers pair / impair
Vers au nombre de syllabes pair (8, 10, 12) ou impair (5, 7, 9).
Heptasyllabe, octosyllabe, décasyllabe, alexandrin
Vers de 7, 8, 10, 12 syllabes.
e muet
e final qui compte devant une consonne, s'élide devant une voyelle et ne compte jamais en fin de vers.
Hémistiche, césure
Moitié de l'alexandrin ; pause principale qui sépare les deux hémistiches.
Strophe
Groupe de vers séparé par un blanc : distique (2), tercet (3), quatrain (4), quintil (5), sizain (6), huitain (8), dizain (10).
Strophe hétérométrique
Strophe qui mêle des vers de longueurs différentes (Lamartine).
Rime
Retour du même son en fin de vers ; plates (AABB), croisées (ABAB), embrassées (ABBA) ; pauvre, suffisante, riche.
Rime équivoquée
Rime qui porte sur plusieurs mots de même son et de sens différent (Marot).
Poème régulier
Poème qui respecte le compte des syllabes, la régularité des strophes et des rimes.
Vers libre
Vers sans compte de syllabes fixe, souvent sans rime ni ponctuation.
Verset
Vers très long, proche de la prose, rythmé par la répétition (Desnos).
Forme fixe (canonique)
Modèle de poème aux règles fixées par la tradition : sonnet, ode, rondeau, ballade ; voir aussi les stances et l'épître (lettre en vers).
Sonnet
Deux quatrains et deux tercets ; le dernier vers est la chute.
Calligramme
Poème dont la disposition dessine une figure liée à son sens.
Rejet, enjambement
Élément bref rejeté au vers suivant ; phrase qui déborde sur le vers suivant.
Anaphore
Reprise d'un même mot en tête de vers ou de phrases.
Refrain
Vers qui revient régulièrement, comme dans une chanson.
Paronomase, allitération, assonance
Rapprochement de mots aux sons proches ; répétition d'un son consonne ; d'un son voyelle.
Apostrophe
Interpellation directe d'une personne ou d'une chose (« Ô lac ! »).
Carpe diem
« Cueille le jour » : invitation à profiter du temps présent.
Négritude
Mouvement littéraire des poètes noirs francophones qui revendiquent leur identité et dénoncent la colonisation.
Forme-sens
Idée que la forme d'un poème participe à son sens.

✱Sources : « 16 grands poèmes français », 3e2-3e3, collège Victor-Hugo, mai-juin 2023 : « Cours sur le corpus », « Cahier de travail 3e » ; version 2020 (3e1-3e2) : cahier et diaporamas de cours n° 1, 5, 6, 7 (Ronsard, Corneille, dissertation, romantisme).

24IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

Scanner un vers avec l'IA, et la prendre en défaut

En classe25 min

Objectif. Maîtriser le compte des syllabes (e muet, diérèse) en vérifiant le travail de l'IA sur « Le Dormeur du val » et « Les Djinns ».

  1. Compte seul les syllabes des deux premiers vers du « Dormeur du val » (texte 9) et d'une strophe des « Djinns » (texte 7).
  2. Demande à l'IA de faire le même compte en détaillant chaque syllabe.
  3. Compare avec ton compte et avec la leçon « Qu'est-ce qu'un vers ? ». Note chaque désaccord et dis qui a raison, en appliquant la règle du e muet.
À écrire à l'IA

Je suis en 3e et j'étudie la versification. Voici deux vers d'Arthur Rimbaud (je les colle ci-dessous). Découpe chaque vers en syllabes, en séparant les syllabes par un trait vertical, et donne le total. Explique chaque e muet que tu comptes ou que tu ne comptes pas.

Garde ton esprit critique. L'IA se trompe souvent sur les e muets devant une voyelle ou en fin de vers, et sur les diérèses. Vérifie que son total fait bien 12 pour un alexandrin, et repère les syllabes mal coupées.

2

Interviewer Du Bellay exilé à Rome

En classe ou à la maison30 min

Objectif. Comprendre la nostalgie du pays natal dans « Heureux qui, comme Ulysse… » et distinguer le vrai de l'inventé dans une biographie.

  1. Relis le sonnet de Du Bellay (texte 3) et tes réponses aux questions.
  2. Prépare trois questions à poser au poète sur son séjour à Rome et sur son village de Liré.
  3. Fais jouer Du Bellay à l'IA et pose tes questions.
  4. Surligne dans ses réponses ce que le poème confirme, et ce qui est peut-être inventé. Vérifie au moins un fait dans le manuel ou un dictionnaire.
À écrire à l'IA

Joue le rôle du poète Joachim Du Bellay, auteur du sonnet « Heureux qui, comme Ulysse… » dans Les Regrets. Je suis un élève de 3e et je vais t'interviewer. Réponds en quelques phrases simples, et quand tu n'es pas sûr d'un fait historique, dis-le clairement.

Garde ton esprit critique. L'IA invente volontiers des anecdotes, des dates ou des sentiments. Ne garde que ce que tu peux appuyer sur un vers du sonnet ou sur une source fiable ; marque le reste comme invention.

3

Mon analyse de « Liberté » face à celle de l'IA

À la maison30 min

Objectif. Rédiger sa propre lecture de l'anaphore « J'écris ton nom » chez Éluard, puis la comparer à une analyse produite par l'IA.

  1. Relis « Liberté » de Paul Éluard (texte 12).
  2. Écris d'abord, sans aide, un paragraphe de 6 à 8 lignes : quel est l'effet de la répétition ? Qui est « ton nom » ? Pourquoi le révéler à la fin ?
  3. Demande ensuite à l'IA son analyse.
  4. Compare : souligne une idée qu'elle a et pas toi, une idée que tu as et pas elle, et une affirmation qui te semble fausse ou trop vague.
À écrire à l'IA

Je suis en 3e. J'étudie le poème « Liberté » de Paul Éluard (1942). En 8 lignes maximum, explique l'effet de la répétition « J'écris ton nom » et le rôle du dernier mot du poème. Cite au plus deux vers, entre guillemets.

Garde ton esprit critique. Vérifie que les vers cités existent vraiment dans le poème du manuel : l'IA en invente parfois. Méfie-toi aussi des formules creuses (« un poème magnifique et universel ») qui n'analysent rien.

4

Quiz de révision sur les seize poèmes

À la maison20 min

Objectif. Réviser les auteurs, recueils, dates et formes du corpus (de Marot à Aragon) et repérer les erreurs du quiz.

  1. Ouvre le tableau des seize poèmes que tu as complété en classe.
  2. Demande à l'IA un quiz de 10 questions sur ce corpus.
  3. Réponds sans regarder, puis corrige avec ton tableau et le lexique de la séquence.
  4. Signale chaque question dont la réponse proposée par l'IA est fausse.
À écrire à l'IA

Fais-moi un quiz de 10 questions à choix multiples pour réviser ces poèmes étudiés en 3e : Marot « Petite épître au roi », Ronsard « Mignonne, allons voir si la rose », Du Bellay « Heureux qui, comme Ulysse », Lamartine « Le Lac », Vigny « La Mort du loup », Hugo « Les Djinns », Baudelaire « Le Chat », Rimbaud « Le Dormeur du val », Verlaine « Mon rêve familier », Apollinaire, Éluard « Liberté ». Pose des questions sur les recueils, les siècles et les formes (sonnet, calligramme…). Donne les réponses à la fin seulement.

Garde ton esprit critique. Les dates et les titres de recueil sont souvent faux dans les quiz générés. Contrôle chaque réponse avec le manuel avant de l'apprendre.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

6 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 01
    Décrire formellement un poèmeS'entraîner à la méthode de description formelle attendue au lycée : compter les syllabes et nommer le mètre (description horizontale), puis décrire strophes…
  • 02
    Marot, un poète de cour qui demande de l'aideSituer un poème de la Renaissance, observer comment la langue a changé depuis le XVIe siècle, analyser le jeu des rimes et comprendre la demande que le poète…
  • 03
    Ronsard, cueillir la rose et le jourLire un poème dans la graphie du XVIe siècle, en éclairer le vocabulaire, comparer deux poèmes de Ronsard qui invitent à profiter de la jeunesse, puis rédiger…
  • 04
    Heureux qui, comme Ulysse, le regret du pays natalComprendre comment Du Bellay exprime la nostalgie de son pays natal en s'appuyant sur le mythe d'Ulysse, analyser la construction du sonnet (quatrains et…
  • 05
    Le Lac, un poème romantique contre le tempsDéfinir le romantisme à partir du cours, puis montrer comment « Le Lac » en est un exemple : un « je » lyrique qui s'adresse à la nature, une plainte contre la…
  • 06
    S'initier à la dissertation sur la poésieDécouvrir l'esprit de la dissertation, exercice du lycée : analyser le sujet proposé en cours, rassembler ses connaissances selon la méthode, tirer des…

Les fiches d'activité et leurs corrigés sont réservés aux professeurs : comment y accéder.