Poète français du XVIIe siècle, Saint-Amant appartient à l'époque baroque. Grand voyageur et bon vivant, il a écrit aussi bien des poèmes comiques sur la table et le vin que des poèmes graves et rêveurs, comme « La Solitude ». Son premier recueil, ses Œuvres, paraît en 1629 ; il contient « Plainte sur la mort de Sylvie », poème de deuil étudié sur le site.
Écrivain français du XIXe siècle, Victor Hugo est le chef de file du romantisme. Il a écrit des poèmes, comme Les Contemplations (1856), du théâtre et des romans, comme Les Misérables (1862). Opposé à Napoléon III, il a vécu en exil pendant près de vingt ans. Sur le site, on étudie notamment « Les Djinns » et « Demain, dès l'aube… ».
Poète français du XIXe siècle, Baudelaire est considéré comme l'un des fondateurs de la poésie moderne. Son grand recueil, Les Fleurs du mal (1857), d'où viennent « L'Invitation au voyage » et « À une passante », étudiés sur le site, mêle la beauté et la tristesse, le rêve et la vie dans la grande ville. Il a aussi écrit des poèmes en prose, réunis dans Le Spleen de Paris.
Poète français du XIXe siècle, Verlaine est célèbre pour la musique de ses vers. Il a publié notamment Poèmes saturniens (1866) et Romances sans paroles (1874), d'où vient « Il pleure dans mon cœur… », étudié sur le site. Il a eu une relation orageuse avec Arthur Rimbaud. Dans son « Art poétique », il écrit : « De la musique avant toute chose ».
Poète et inventeur français du XIXe siècle, Charles Cros fréquentait les milieux artistiques de Paris, où il a connu Verlaine et Rimbaud. Son recueil Le Coffret de santal (1873) contient « Le Tsigane », étudié sur le site. Il a aussi imaginé un appareil pour enregistrer et reproduire les sons, à la même époque que le phonographe de l'Américain Edison.
Poète français du début du XXe siècle, Apollinaire a ouvert la voie à la poésie moderne : il a supprimé la ponctuation dans Alcools (1913), qui contient « Le Pont Mirabeau ». Dans Calligrammes (1918), il compose des poèmes qui forment des dessins, comme « La colombe poignardée et le jet d'eau », étudié sur le site. Il a été blessé à la tête pendant la Première Guerre mondiale.
Poète français du XXe siècle, Éluard a participé au mouvement surréaliste avec André Breton. Il a chanté l'amour, notamment dans Capitale de la douleur (1926) et L'Amour la poésie (1929). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est entré dans la Résistance : son poème « Liberté » (1942), étudié sur le site, a été lancé par des avions alliés au-dessus de la France.
Cette séquence de Première construit un groupement de textes autour d'une question : qu'est-ce que le lyrisme ? Elle part du mythe d'Orphée, le poète-musicien qui charme la nature, descend aux Enfers pour Eurydice puis la pleure, et en tire une définition du lyrisme comme chant d'amour et chant du deuil. Cinq poèmes, de Hugo à Éluard, permettent ensuite de suivre comment ce chant se transforme, de la plainte romantique à la modernité d'Apollinaire, tout en préparant l'analyse littéraire de l'épreuve anticipée de français.
Fiche enseignant
Intitulé
Lyrismes poétiques du romantisme à l'après-guerre
Perspective dominante
Élaboration d'un groupement de textes sur les lyrismes poétiques
Perspective complémentaire
Maîtrise de l'analyse littéraire (EAF, écrit, sujet de type 2)
Durée
10 séances, 18 heures
Fil rouge
Toujours revenir à la question de la forme-sens
Le parcours
N°
Dominante
Support
Langue et notions
1
Qu'est-ce que le lyrisme ? Ébauche d'une définition
Ovide, Les Métamorphoses, X et XI ; iconographie d'Orphée
Lyrisme, chant et poésie
2
Le chant du deuil romantique : réécriture d'un topos
Hugo, « Demain, dès l'aube… », Les Contemplations
Alexandrin, hémistiche, césure, coupe, rejet
3
Les Fleurs du mal : quelques sonnets
« Parfum exotique », « Remords posthume », « Je te donne ces vers… »
Le sonnet ; spleen et idéal
4
Entre spleen et idéal, le lyrisme baudelairien
Baudelaire, « De profundis clamavi »
Anaphore, quatrains et tercets, rejet
5
La chanson verlainienne : « ma voix aigre et fausse »
Verlaine, « Sérénade »
Rythme, vers pair et impair, blason
6
Apollinaire, un lyrisme de circonstance
Apollinaire, « Adieu », Poèmes à Lou
Acrostiche, calligramme, qualité de la rime
7
Entraînement à l'analyse littéraire
Charles Cros, « Le Tsigane »
EAF, sujet de type 2
8
Bilan de la séquence
L'ensemble du parcours
Synthèse des termes techniques
9
Évaluation de fin de séquence
Éluard, « Au mal / Au bien », Une leçon de morale
Devoir sur table, 2 heures
10
Correction et cinquième texte
Éluard, même poème
Le diptyque
Les textes du groupement
TEXTE 1
Victor Hugo, « Demain, dès l'aube… »
Les Contemplations, 1856
TEXTE 2
Charles Baudelaire, « De profundis clamavi »
Les Fleurs du mal, 1857
TEXTE 3
Paul Verlaine, « Sérénade »
Poèmes saturniens, 1866
TEXTE 4
Guillaume Apollinaire, « Adieu »
Poèmes à Lou, 1915
TEXTE 5
Paul Éluard, « Au mal / Au bien »
Une leçon de morale, 1949
2Séance 1 · Ouverture
De la lyre d'Orphée au lyrisme
Ovide, Les Métamorphoses, livres X et XI
Trois moments du mythe
1. Le chant qui fait pleurer les Enfers
Eurydice, la jeune épouse d'Orphée, meurt mordue au talon par un serpent. Le chantre descend jusqu'au Styx et, devant les souverains des ombres, chante en s'accompagnant de sa lyre :
« Par ces lieux pleins d'épouvante, par cet immense Chaos, par ce vaste et silencieux royaume, je vous en conjure, défaites la trame, trop tôt terminée, du destin d'Eurydice. […] » Tandis qu'il exhalait ces plaintes, qu'il accompagnait en faisant vibrer les cordes, les ombres exsangues pleuraient ; Tantale cessa de poursuivre l'eau fugitive ; la roue d'Ixion s'arrêta ; […] et toi, Sisyphe, tu t'assis sur ton rocher.
2. Le regard en arrière
Eurydice lui est rendue, à une condition : ne pas se retourner avant d'être sorti des Enfers.
Ils n'étaient pas loin d'atteindre la surface de la terre, ils touchaient au bord, lorsque, craignant qu'Eurydice ne lui échappe et impatient de la voir, son amoureux époux tourne les yeux et aussitôt elle est entraînée en arrière ; […] l'infortunée ne saisit que l'air impalpable. […] Elle lui adresse un adieu suprême, qui déjà ne peut qu'à peine parvenir jusqu'à ses oreilles.
3. La lyre plaintive
Inconsolable, Orphée repousse toutes les femmes. Les Ménades, qui se sentent méprisées, le mettent en pièces.
Sur toi, Orphée, pleurèrent les oiseaux désolés et la multitude des bêtes sauvages et les durs rochers, et les forêts que tes chants avaient si souvent attirées. […] Tu reçois, ô fleuve de l'Hèbre, sa tête et sa lyre ; et alors nouveau miracle, emportée au milieu du courant, sa lyre fait entendre je ne sais quels accords plaintifs ; […] et les rives y répondent par des plaintifs échos.
Ovide, Les Métamorphoses, livres X et XI, extraits (texte complet distribué en classe).
Orphée en images
Observez les six œuvres. Pour chacune, dites quel moment du mythe elle représente, puis complétez le tableau.
Peintre d'Orphée (céramiste athénien), Orphée chez les Thraces (cratère à colonnes), vers 450-440 av. J.-C., céramique attique à figures rouges, trouvée à Gela (Sicile), Berlin, Antikensammlung (inv. V.I. 3172)
Image : Photo : Marcus Cyron, via Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0 voir le fichier
Luca della Robbia, Orphée (La Musique), 1437-1439, relief en marbre, Florence, campanile de la cathédrale (original au Museo dell'Opera del Duomo [à vérifier])
Image : Photo : Sailko, via Wikimedia Commons · CC BY 3.0 voir le fichier
Gustave Moreau, Orphée, 1865, huile sur bois, Paris, musée d'Orsay
Image : Gustave Moreau, musée d'Orsay (Google Art Project), via Wikimedia Commons · Domaine public voir le fichier
Orphée l'enchanteur
Orphée aux Enfers
Le deuil d'Orphée
Synthèse : interpréter le mythe
Moment du mythe
Ce que dit le chant
1. Orphée et la nature
Le chant, porté par la voix et accompagné de la lyre, est enchanteur : il a le pouvoir de charmer. Il est aussi chant d'amour à la gloire d'Eurydice, chant heureux et célébratif.
2. Orphée aux Enfers
Le chant a le pouvoir de vaincre la mort. Ce n'est pas lui qui échoue, mais la faiblesse de l'homme : Orphée se retourne.
3. Le deuil d'Orphée
Le chant heureux devient chant du deuil. Le poète, à jamais séparé de l'être aimé, partage sa douleur avec la nature. Le combat avec les Ménades confirme le lien passionnel et mortifère entre amour et mort.
Prolongement : le deuil, un topos littéraire
Deux textes plus anciens reprennent les grands traits du chant du deuil : le poète errant, la nature confidente, l'être aimé disparu. Ils préparent la lecture du poème de Hugo.
« Ce soleil qui me montrait le droit chemin pour m'élancer au ciel d'un glorieux essor, alors qu'il retourna vers le soleil suprême, et renferma sous quelques pierres ma lumière et sa prison terrestre : c'est pourquoi je suis devenu comme un animal habitant des forêts ; et, avec mes pieds errants, solitaires et las, je vais emportant mon cœur accablé de douleur. […] »
Pétrarque, Canzoniere, CCCVI (1342-1362), extrait
Plainte sur la mort de SylvieSSaint-Amant1594 – 1661
Ruisseau qui cours après toy-mesme,Et qui te fuis toy-mesme aussi,Arreste un peu ton onde iciPour escouter mon deuil extresme ;5Puis, quand tu l'auras sceu, va-t'en dire à la merQu'elle n'a rien de plus amer.Raconte luy comme Sylvie,Qui seule gouvernait mon sort,A receu le coup de la mort10Au plus bel âge de la vie,Et que cet accident triomphe en mesme jourDe toutes les forces d'Amour.
Saint-Amant, 1629, strophes 1 et 2 (la troisième strophe, adieu au ruisseau : texte complet distribué en classe) · Lire l'œuvre
Gustave Courbet, Le Ruisseau du Puits-Noir, vallée de la Loue, huile sur toile, 1855 (Washington, National Gallery of Art) ✱« Ruisseau qui cours après toi-même » : le poète confie sa plainte au ruisseau.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapelyrismeVoir dans le Lexique →
3Texte 1 · Séance 2
Le chant du deuil romantique
Victor Hugo, « Demain, dès l'aube… », 1847
Ce poème appartient à la partie « Aujourd'hui ». Il est daté de la veille du quatrième anniversaire de la mort de Léopoldine.
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.5Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,10Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombeUn bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
3 septembre 1847 · Victor Hugo, Les Contemplations, « Aujourd'hui », IV, « Pauca meae », XIV · Lire l'œuvre
Johan Barthold Jongkind, Frégates, port de Harfleur, huile sur toile, vers 1852 ✱« Les voiles au loin descendant vers Harfleur » : le poète refuse de regarder ce paysage.Domaine public · Wikimedia CommonsAuguste Tilly (graveur), Le Tombeau de Mme Victor Hugo au cimetière de Villequier, gravure parue dans L'Illustration, fin du XIXe siècle (maison de Victor Hugo) ✱Le cimetière de Villequier, but de la marche : Léopoldine y repose, près de sa mère.Domaine public · Wikimedia Commons
La classe est répartie en six groupes de cinq. Chaque groupe prépare un sonnet, puis un représentant présente le travail à la classe. La note est attribuée au groupe.
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,Je vois se dérouler des rivages heureuxQu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;5Une île paresseuse où la nature donneDes arbres singuliers et des fruits savoureux ;Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,Et des femmes dont l'œil par sa franchise étonne.Guidé par ton odeur vers de charmants climats,10Je vois un port rempli de voiles et de mâtsEncor tout fatigué par la vague marine,
Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », quatrains et premier tercet (texte complet distribué en classe) · Lire l'œuvre
Paul Gauguin, Montagnes tahitiennes, huile sur toile, 1891 ✱« Une île paresseuse où la nature donne des arbres singuliers » : le rêve exotique du poème.Domaine public · Wikimedia CommonsRemords posthume
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,Au fond d'un monument construit en marbre noir,Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoirQu'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse ;5Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuseEt tes flancs qu'assouplit un charmant nonchaloir,Empêchera ton cœur de battre et de vouloir,Et tes pieds de courir leur course aventureuse,Le tombeau, confident de mon rêve infini10(Car le tombeau toujours comprendra le poète),Durant ces grandes nuits d'où le somme est banni,
Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », quatrains et premier tercet (texte complet distribué en classe) · Lire l'œuvre
Je te donne ces vers afin que si mon nomAborde heureusement aux époques lointaines,Et fait rêver un soir les cervelles humaines,Vaisseau favorisé par un grand aquilon,5Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,Et par un fraternel et mystique chaînonReste comme pendue à mes rimes hautaines ;Être maudit à qui, de l'abîme profond10Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond !— Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,
Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », quatrains et premier tercet (texte complet distribué en classe) · Lire l'œuvre
J'implore ta pitié, Toi, l'unique que j'aime,Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé.C'est un univers morne à l'horizon plombé,Où nagent dans la nuit l'horreur et le blasphème ;5Un soleil sans chaleur plane au-dessus six mois,Et les six autres mois la nuit couvre la terre ;C'est un pays plus nu que la terre polaire ;— Ni bêtes, ni ruisseaux, ni verdure, ni bois !Or il n'est pas d'horreur au monde qui surpasse10La froide cruauté de ce soleil de glaceEt cette immense nuit semblable au vieux Chaos ;
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Spleen et Idéal », XXX (1857), vers 1 à 11. Le dernier tercet (la jalousie du « sort des plus vils animaux » et l'« écheveau du temps ») : texte complet distribué en classe. · Lire l'œuvre
Comme la voix d'un mort qui chanterait Du fond de sa fosse,Maîtresse, entends monter vers ton retrait Ma voix aigre et fausse.5Ouvre ton âme et ton oreille au son De ma mandoline :Pour toi j'ai fait, pour toi, cette chanson Cruelle et câline.Je chanterai tes yeux d'or et d'onyx10 Purs de toutes ombres,Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx De tes cheveux sombres.
Paul Verlaine, Poèmes saturniens, « Caprices » (1866), strophes 1 à 3 sur 7. La suite (v. 13 à 28) reprend la première strophe, loue « cette chair bénie », dit « le baiser / De ta lèvre rouge » et se clôt sur la deuxième strophe : texte complet distribué en classe. · Lire l'œuvre
Antoine Watteau, Mezzetin, huile sur toile, vers 1718-1720 (New York, Metropolitan Museum of Art) ✱Un musicien chante sous les fenêtres de sa belle : c'est la situation de la « Sérénade ».Domaine public · Wikimedia Commons
Atelier : le rythme du vers verlainien
Verlaine alterne un vers de dix syllabes et un vers de cinq syllabes : un vers pair, un vers impair. Observez où tombent les coupes ( / ) et les pauses fortes ( // ) dans les trois premiers quatrains.
Comme la voix // d'un mort / qui chanterait Du fond // de sa fosse,Maîtresse, // entends monter / vers ton retrait Ma voix // aigre et fausse.5Ouvre ton âme / et ton oreille / au son De ma mandoline :Pour toi / j'ai fait, / pour toi, / cette chanson Cruelle et câline.Je chanterai // tes yeux d'or / et d'onyx10 Purs / de toutes ombres,Puis le Léthé de ton sein, // puis le Styx De tes cheveux / sombres.
L'amour est libre il n'est jamais soumis au sortO Lou le mien est plus fort encor que la mortUn cœur le mien te suit dans ton voyage au NordLettres Envoie aussi des lettres ma chérie5On aime en recevoir dans notre artillerieUne par jour au moins une au moins je t'en prieLentement la nuit noire est tombée à présentOn va rentrer après avoir acquis du zanUne deux trois A toi ma vie A toi mon sang10La nuit mon cœur la nuit est très douce et très blonde
4 février 1915 · Guillaume Apollinaire, Poèmes à Lou, vers 1 à 10. La fin de la quatrième strophe et la dernière (« L'heure est venue Adieu l'heure de ton départ », jusqu'à « Adieu de Nîmes dans le Gard ») : texte complet distribué en classe. · Lire l'œuvre
zan : réglisse en bâtonnets, très populaire au début du XXe siècle.
Prolongement : la même soirée, vue autrement
Le même jour, Apollinaire écrit un autre poème à Lou, sous la forme d'un dialogue entendu dans un café. Il y explicite cet adieu.
Vous partez — Oui c'est pour ce soir— Où allez-vous Reims ou BelgiqueMon voyage est un grand trou noirA travers notre RépubliqueC'est tout ce que j'en peux savoir —[…]— Canonnier ayez patienceAdieu donc — Adieu caporal —Votre nom — Mon nom l'EspéranceJe suis un canon un chevalJe suis l'Espoir Vive la France
4 février 1915 · Poèmes à Lou, première et dernière strophes. Entre les deux, le caporal raconte la Lorraine, la Marne et l'Aisne, ses blessures, l'espion étranglé, et le canonnier attend « son tour de gloire » : texte complet distribué en classe.
Prolongement : les calligrammes
Apollinaire invente des « idéogrammes lyriques » : le poème devient image. Le premier, envoyé à Lou en février 1915, est contemporain d'« Adieu ». Le second, recueilli dans Calligrammes (1918), dessine une mandoline, un œillet et un bambou.
Travail à rendre par écrit, puis corrigé en commun en demi-groupe. Charles Cros (1842-1888), poète et inventeur, est aussi l'un des pionniers de l'enregistrement du son.
Le TsiganeCharles Cros1842 – 1888
Dans la course effarée et sans but de ma vie,Dédaigneux des chemins déjà frayés, trop longs,J'ai franchi d'âpres monts, d'insidieux vallons.Ma trace avant longtemps n'y sera pas suivie.5[vers 5 à vérifier dans l'édition du Coffret de santal]Les fins clochers, les lacs, frais miroirs, les champs blondsMe parlent des pays trop tôt quittés. Allons,Vite ! vite ! en avant. L'inconnu m'y convie.Devant moi, le brouillard recouvre les bois noirs.10La musique entendue en de limpides soirsRésonne dans ma tête au rythme de l'allure.
Charles Cros, Le Coffret de santal (1873), vers 1 à 11. Le dernier tercet (le réveil « aux grelots du départ » et la fierté de « n'être attendu nulle part ») : texte complet distribué en classe. · Lire l'œuvre
Jacques Callot, Les Bohémiens en marche : l'avant-garde, eau-forte de la suite Les Bohémiens, 1621-1631 (Metropolitan Museum of Art) ✱Des bohémiens toujours en route : la vie errante dont rêve « Le Tsigane ».Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapecommentaireVoir dans le Lexique →
9Séance 8
Bilan de la séquence
Mobiliser ses acquis avant l'évaluation
Le bilan se fait à l'oral, en classe entière. Il revient sans cesse à la même idée : en poésie, la forme fait sens.
D'Orphée à Apollinaire : le chant se transforme
Texte
Le « je » et le « tu »
La nature
La forme
Ovide
Orphée chante Eurydice, puis la pleure.
Elle écoute, puis prend le deuil.
Récit du mythe.
Hugo
Le père s'adresse à sa fille morte.
Le poète refuse de la regarder.
Trois quatrains d'alexandrins.
Baudelaire
Le poète implore l'unique aimée.
Un paysage intérieur glacé.
Sonnet.
Verlaine
L'amant chante sa maîtresse, entre éloge et cruauté.
Absente : la nuit, les Enfers.
Vers de 10 et 5 syllabes, refrain.
Apollinaire
Le soldat écrit à Lou qui s'en va.
La nuit douce, le ciel pur.
Acrostiche, ni ponctuation ni coupe fixe.
Éluard
Le poète pleure Nusch, puis se souvient du bonheur.
Paul Éluard, « Au mal / Au bien », Une leçon de morale
Devoir sur table de deux heures (coefficient 3), puis correction commune. Toutes les réponses doivent être rédigées ; la qualité de la langue entre dans l'évaluation.
Au mal · Au bien (extraits)Paul Éluard1895 – 1952
Nusch tu me manques c'est soudainComme si la forêt pouvait manquer à l'arbreJe n'ai jamais écrit de poème sans toiJe suis dans un bain froidDe solitude de misèreEt les mots ont le poids des loques sur les plaiesEt les images sont avares et butéesEt tout ce que je dis réfléchit une absence[…]Mon amour nous dormions ensembleEt nous avons ri au matin
Paul Éluard, Une leçon de morale (1949) : « Au mal », vers 1 à 8, puis « Au bien », vers 19 et 20. Le poème compte 36 vers, « Au mal » (v. 1 à 18) et « Au bien » (v. 19 à 36), ce dernier se terminant sur « Raison nous étions libres nous avons vaincu » : texte complet distribué en classe. · Lire l'œuvre
Caspar David Friedrich, L'Arbre solitaire, huile sur toile, 1822 ✱Un arbre seul dans la plaine : « comme si la forêt pouvait manquer à l'arbre ».Domaine public · Wikimedia Commons
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
commentarius latin : notes, mémoire, recueil de remarques
Expressions
sans commentaire ! : inutile d'en dire plus
citer et analyser : le geste de base du commentaire
le commentaire composé : ancien nom de l'exercice organisé en parties
Références culturelles
Charles Baudelaire, « La Beauté », Les Fleurs du mal, 1857Sonnet souvent commenté : la Beauté y parle comme une statue, « un rêve de pierre ».
Charles Cros, « Le Tsigane », Le Coffret de santal, 1873Poème du Coffret de santal choisi comme support d'exercice de commentaire. [à vérifier]
Roman Jakobson et Claude Lévi-Strauss, « "Les Chats" de Charles Baudelaire », L'Homme, 1962Célèbre commentaire structural d'un sonnet de Baudelaire, analysé dans ses moindres détails.
AaLes mots de la séquence
Termes techniques à connaître pour l'EAF
LLyrisme
Expression des sentiments personnels du poète, héritée du chant accompagné de la lyre.
TTopos (pluriel : topoï)
Thème ou motif traditionnel, repris d'œuvre en œuvre (le chant du deuil, l'adieu).
ÉÉnonciation
Situation dans laquelle un énoncé est produit : qui parle, à qui, quand, où.
AAlexandrin
Vers de douze syllabes, divisé en deux hémistiches par la césure.
HHémistiche
Moitié d'un alexandrin.
CCésure / coupe
Pause principale au milieu du vers / pause secondaire à l'intérieur d'un hémistiche.
RRejet
Élément bref d'une phrase placé au début du vers suivant.
VVers pair / impair
Vers au nombre de syllabes pair (10, 12) ou impair (5, 7, 9), cher à Verlaine.
SSonnet
Forme fixe de quatorze vers : deux quatrains et deux tercets.
QQuatrain / tercet
Strophe de quatre / de trois vers.
AAnaphore
Reprise d'un même mot en tête de vers ou de phrases successifs.
BBlason
Éloge poétique des différentes parties du corps de la femme aimée.
RRefrain
Vers ou groupe de vers qui revient à intervalles réguliers, comme dans une chanson.
AAcrostiche
Poème dont les initiales des vers forment un mot ou un nom.
CCalligramme
Poème dont la disposition dessine une figure liée à son sens.
RRime pauvre / suffisante / riche
Rime fondée sur un, deux, ou trois sons communs ou plus.
SSpleen / idéal
Chez Baudelaire, l'ennui angoissé et l'élan vers la beauté, entre lesquels oscille le poète.
DDiptyque
Œuvre en deux volets qui se répondent.
MModernité poétique
Rupture avec les règles classiques : vers libre, absence de ponctuation, vocabulaire trivial.
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Orphée répond à tes questions
En classe25 min
Objectif. Revoir la définition du lyrisme à partir du mythe d'Orphée (Ovide) et repérer ce que l'IA ajoute au mythe.
Relis les trois moments du mythe dans l'ouverture (le chant aux Enfers, le regard en arrière, la lyre plaintive).
Prépare trois questions à poser à Orphée sur son chant, sa perte et la nature qui pleure avec lui.
Pose-les à l'IA avec le prompt ci-dessous.
Souligne dans ses réponses ce qui correspond au texte d'Ovide et ce qui est inventé.
Relie une réponse au « À retenir » : enchantement ou déploration ?
À écrire à l'IA
Tu joues Orphée, le poète-musicien du mythe raconté par Ovide dans Les Métamorphoses (livres X et XI). Réponds à mes trois questions en restant fidèle au récit d'Ovide. Quand tu ajoutes un détail qui n'est pas chez Ovide, signale-le entre crochets. Voici mes questions : [colle tes trois questions].
Garde ton esprit critique. Vérifie chaque détail avec les extraits du manuel : l'IA mélange souvent les versions du mythe (Virgile, opéras) et oublie les crochets. Note un détail inventé et un détail exact.
2
Ton plan face à celui de l'IA
À la maison30 min
Objectif. Construire seul les axes de lecture de « Demain, dès l'aube… » (Hugo), puis les comparer avec une proposition de l'IA.
Relis le poème et fais d'abord le travail de « Pour préparer l'explication » : structure, énonciation, verbes au futur.
Écris ta problématique et deux axes, sans IA.
Demande ensuite à l'IA sa propre proposition avec le prompt.
Compare : qu'a-t-elle vu que tu n'as pas vu ? Qu'a-t-elle oublié (la chute, le bouquet, la nature qui n'est plus regardée) ?
Garde ton plan et améliore-le d'une seule idée, en la justifiant par un vers.
À écrire à l'IA
Je prépare l'explication de « Demain, dès l'aube… » de Victor Hugo (Les Contemplations, 1847). Propose une problématique et deux axes de lecture, en citant précisément les vers sur lesquels tu t'appuies. Ne rédige pas l'explication, donne seulement le plan en quelques lignes.
Garde ton esprit critique. Contrôle chaque citation dans le texte du manuel : l'IA peut déformer un vers. Repère aussi les idées trop générales (« un poème émouvant ») qui ne s'appuient sur rien de précis.
3
Scander avec l'IA, sans la croire sur parole
En classe ou à la maison20 min
Objectif. Vérifier le décompte des syllabes et le rythme impair de « Sérénade » de Verlaine.
Reprends l'atelier « le rythme du vers verlainien » : compte toi-même les syllabes des quatre premiers vers.
Colle ces quatre vers dans l'IA (texte du domaine public) avec le prompt.
Compare son découpage avec le tien, syllabe par syllabe.
En cas de désaccord, applique les règles du e muet et des diérèses vues en classe pour trancher.
À écrire à l'IA
Voici les quatre premiers vers de « Sérénade » de Paul Verlaine (Poèmes saturniens, 1866) : [colle les vers]. Compte les syllabes de chaque vers en les séparant par des barres, indique les e muets prononcés ou non et la coupe principale. Explique en une phrase l'effet de l'alternance entre vers pairs et impairs.
Garde ton esprit critique. Les IA se trompent souvent en comptant les syllabes, surtout sur le e muet. Ne garde que ce que tu peux justifier par une règle de versification.
4
Le jury t'interroge sur le lyrisme
À la maison30 min
Objectif. Préparer l'oral de l'EAF sur le groupement, d'Orphée à Éluard.
Relis les « À retenir » et les questions de bilan (enchantement ou déploration, fond et forme, évolution des formes).
Lance l'entretien avec le prompt et réponds à voix haute, puis par écrit en trois ou quatre phrases.
Après cinq questions, demande à l'IA de relever les faiblesses de tes réponses.
Vérifie ses remarques avec le manuel avant d'en tenir compte.
À écrire à l'IA
Tu es examinateur à l'oral du bac de français. Mon groupement s'intitule « Lyrismes poétiques, du romantisme à l'après-guerre » : Ovide (Orphée), Hugo, Baudelaire, Verlaine, Apollinaire, Cros, Éluard. Pose-moi une seule question à la fois sur le lyrisme, attends ma réponse, puis relance-moi. Après cinq questions, dis-moi ce qui manquait de précis dans mes réponses.
Garde ton esprit critique. Méfie-toi des questions qui portent sur des poèmes absents de ton groupement et des « faits » biographiques donnés par l'IA : vérifie-les dans les encadrés « Le poète ».
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
4 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
01
Le chant du deuil, réécriture d'un toposDéfinir le lyrisme à partir du mythe d'Orphée, préparer l'explication de « Demain, dès l'aube… » avec les questions du cours, puis comparer le poème de Hugo à…
02
Sérénade, une chanson aigre et fausseFaire entendre la musique de « Sérénade » (refrain, alternance d'un vers pair et d'un vers impair, coupes irrégulières), puis préparer l'explication du poème…
03
Adieu, un lyrisme de circonstanceConstruire la lecture analytique d'« Adieu » avec les cinq consignes du cours (contexte, lexiques, acrostiche, modernité, synthèse), éclairer la situation par…
04
Le Tsigane, s'entraîner à l'analyse littéraireS'entraîner à l'analyse littéraire de l'épreuve écrite avec le sujet du cours : répondre aux trois questions d'observation, préparer au brouillon la question…