Écrivain et philosophe français de la Renaissance, Montaigne a été maire de Bordeaux. Retiré dans la tour de son château, il a écrit les Essais (première édition en 1580), où il se prend lui-même pour sujet : « je suis moi-même la matière de mon livre ». Le site étudie l'avis « Au lecteur » et le récit de sa chute de cheval.
Fils de paysans de Bourgogne devenu ouvrier imprimeur à Paris, Rétif de la Bretonne a laissé une œuvre immense, qu'il imprimait parfois lui-même. Il a raconté la vie de son père dans La Vie de mon père (1779) et la sienne dans Monsieur Nicolas ou le Cœur humain dévoilé, une autobiographie étudiée sur le site.
Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778
Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778
Écrivain et philosophe des Lumières né à Genève, Rousseau a souvent été en désaccord avec les autres philosophes, notamment Voltaire. Il pense que l'homme est naturellement bon et que la société le corrompt. Il a écrit Du contrat social (1762) et Émile ou De l'éducation (1762), étudié sur le site, un traité sur l'éducation d'un enfant.
Écrivain et homme politique français, Chateaubriand est l'un des premiers grands auteurs romantiques. Il a voyagé en Amérique et a été ministre. Il a publié le Génie du christianisme (1802), puis a consacré une grande partie de sa vie à ses Mémoires d'outre-tombe, publiés après sa mort, où il raconte sa vie et son époque. Ces deux œuvres sont étudiées sur le site.
Marin puis journaliste, Édouard Corbière a écrit des romans maritimes, dont Le Négrier (1832), nourri de son expérience de la mer et étudié sur le site. Il est le père du poète Tristan Corbière.
Stendhal1783 – 1842
Stendhal1783 – 1842
Romancier français du XIXe siècle, Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, a été officier dans l'armée de Napoléon et aimait passionnément l'Italie. Ses héros sont des jeunes gens ambitieux et passionnés, comme Julien Sorel dans Le Rouge et le Noir (1830) ou Fabrice del Dongo dans La Chartreuse de Parme (1839), deux romans étudiés sur le site.
Poète et diplomate français né en Guadeloupe, Saint-John Perse, de son vrai nom Alexis Leger, a reçu le prix Nobel de littérature en 1960. Dans Éloges, cité sur le site, il célèbre l'enfance antillaise qu'il a quittée à l'âge de douze ans.
Romancière française du XXe siècle, née à Bruxelles en 1903, Marguerite Yourcenar est l'autrice des Mémoires d'Hadrien (1951). Elle a été en 1980 la première femme élue à l'Académie française. Dans Souvenirs pieux (1974), étudié sur le site, elle reconstitue l'histoire de sa famille et de sa propre naissance.
Philosophe et écrivain français du XXe siècle, Jean-Paul Sartre est la grande figure de l'existentialisme, auteur du roman La Nausée (1938) et de pièces comme Huis clos (1944). Il a refusé le prix Nobel de littérature en 1964. Dans Les Mots (1964), étudié sur le site, il raconte son enfance avec ironie.
Écrivain et ethnologue, proche des surréalistes, Michel Leiris a participé à une grande expédition à travers l'Afrique, racontée dans L'Afrique fantôme (1934). Dans L'Âge d'homme (1939), étudié sur le site, il se met à nu avec une sincérité qu'il compare au risque pris par le torero face au taureau.
PLPrimo Levi1919 – 1987
Primo Levi1919 – 1987
Écrivain et chimiste italien, Primo Levi a été déporté à Auschwitz en 1944. Dans Si c'est un homme (1947), cité sur le site, il témoigne de la vie et de la mort dans le camp.
Né à Corfou, en Grèce, dans une famille juive, Albert Cohen a grandi à Marseille et vécu à Genève, où il fut fonctionnaire international. Dans Le Livre de ma mère (1954), étudié sur le site, il rend hommage à sa mère disparue. Son grand roman d'amour, Belle du Seigneur (1968), a reçu le grand prix du roman de l'Académie française.
PBPeter Brook1925 – 2022
Peter Brook1925 – 2022
Metteur en scène de théâtre britannique, Peter Brook a longtemps travaillé à Paris, au théâtre des Bouffes du Nord. Le site cite un passage de ses mémoires sur la difficulté de se souvenir et de tout raconter.
Écrivain français du XXe siècle, Georges Perec a perdu ses deux parents enfant : son père est mort au front en 1940 et sa mère, déportée, a disparu à Auschwitz. Membre de l'Oulipo, il aimait les contraintes d'écriture : La Disparition (1969) est un roman écrit sans la lettre e. W ou le souvenir d'enfance (1975), étudié sur le site, fait alterner une fiction et le récit de son enfance.
Fils d'un maçon italien, François Cavanna a grandi à Nogent-sur-Marne. Cofondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo, il a raconté son enfance de fils d'immigré dans Les Ritals (1978), étudié sur le site, puis sa jeunesse pendant la guerre dans Les Russkoffs.
1Présentation
Le chapitre en un coup d'œil
Le biographique : une anthologie de l'écriture de soi
Ce chapitre rassemble les séquences de lycée d'Etienne Buraud consacrées à l'écriture de soi : le dossier « Le biographique » (classes de Première) et le chapitre « L'autobiographie ». Il se présente comme une anthologie : des textes, de Montaigne à Perec, des exercices, des méthodes (commentaire, question de corpus, dissertation) et des sujets de type bac, corrigés pour la plupart.
Trois problématiques organisent le parcours : Peut-on s'écrire ? (Qui suis-je ? Comment se souvenir ? Que raconter ?), le pacte autobiographique (À qui s'adresse mon livre ? Vais-je être sincère ? De quoi vais-je parler ?) et Pourquoi s'écrire ? (pour se comprendre, pour les autres, pour se défendre).
Fiche enseignant
Intitulé
« Le biographique » ; chapitre « L'autobiographie »
Grille du commentaire ; Perec, Je me souviens ; exposé sur l'enfance
Commentaire ; écriture fragmentaire
9
Sujet de bac : trois pactes (corrigé)
Rousseau, Rétif de la Bretonne, Leiris
Question de corpus ; commentaire ; dissertation
10
Évaluation : raconter une naissance
Corbière, Le Négrier ; Beyala
Récit de naissance ; dissertation
11
Prolongements : témoigner, se peindre
Duras, La Douleur ; autoportraits de Vigée Le Brun
Témoignage ; autoportrait
2Étape 1 · Cours
Écrire sa propre vie
Naissance et succès d'un genre ; écrire sur soi, écrire sur autrui
Philippe de Champaigne, Saint Augustin, huile sur toile, vers 1645-1650 (Los Angeles County Museum of Art) ✱Saint Augustin, l'auteur des Confessions, que l'on considère comme le premier texte autobiographique.Domaine public · Wikimedia Commons
Naissance du genre
On considère les Confessions de saint Augustin (IVe siècle après J.-C.) comme le premier texte autobiographique. Ce titre renvoie dès lors à une forme d'écriture autobiographique qui rattache le projet à sa dimension religieuse : le théologien latin y retrace l'itinéraire spirituel qui le mena à sa conversion.
Ce n'est qu'au XVIe siècle qu'est érigé en objet littéraire le principe d'une écriture du moi. Montaigne, avec les Essais (1580-1588-1595), ne cherche pas à rendre le parcours linéaire d'une vie, mais rassemble sans logique d'ensemble des réflexions liées à ses expériences et à ses lectures. Étant « lui-même la matière de son livre », il se prend pour objet même de son œuvre, comme le peintre élaborant son autoportrait, genre pictural en plein essor au XVIe siècle : « Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. »
Reprenant le titre de saint Augustin, Jean-Jacques Rousseau écrit Les Confessions (publiées après sa mort, en 1782 et 1789), une œuvre qui se présente comme une entreprise totale de justification de soi aux yeux des hommes. Il inaugure ainsi, par la narration des premières années de sa vie, l'avènement littéraire du moi, et tente de prouver, par le récit détaillé des événements marquants de sa jeunesse, son intégrité aux yeux de ses contemporains. Le temps des grandes introspections est né.
Succès du genre
Lorsque Chateaubriand entreprend en 1809 la rédaction de ses Mémoires, qui deviendront les Mémoires d'outre-tombe, il achève de consacrer l'émergence d'un genre dont il affronte les contradictions. Écrits jusqu'à la veille de sa mort, ils réussissent la gageure de faire la somme de sa vie, et de donner par la même occasion un tableau historique de la première moitié du XIXe siècle.
Écrire sur soi, écrire sur autrui
Le dossier « Le biographique » s'ouvre sur trois textes qui opposent l'écriture de soi à celle d'autrui. Dans la préface testamentaire des Mémoires d'outre-tombe (étape 4), Chateaubriand se dit « quasi le seul » écrivain de son temps « dont la vie ressemble à ses ouvrages ». Au début des Antimémoires (1967), André Malraux refuse au contraire de raconter son enfance : « Que m'importe ce qui n'importe qu'à moi ? » ; il ne s'intéresse qu'à l'action, quand elle « s'élève à l'histoire ». Enfin, son biographe Jean Lacouture (Malraux, une vie dans le siècle) le peint de l'extérieur : un homme qui a voulu entrer « par effraction » dans l'Histoire, la gloire et le pouvoir, et qui s'est pourtant toujours interrogé sur sa grandeur d'écrivain.
Stendhal, Vie de Henry Brulard ; Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux
Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, les difficultés du projet autobiographique et ses limites ne faisaient pas l'objet d'un obstacle avoué par les écrivains. Pourtant, l'ambition de raconter sa vie n'est pas si évidemment réalisable.
Pour pouvoir parler de soi, encore faut-il être capable de tenir un discours ferme sur celui que l'on a été. S'il faut reconstituer le parcours d'une personnalité sans cesse en devenir, l'écrivain doit s'appuyer sur des certitudes concernant ses qualités et ses défauts, ses goûts, ses envies, ses désirs, ses relations aux autres. Or comment répondre avec cette exactitude à cette question ? N'est-on pas ce que les autres voient de nous ? Il s'agit au mieux de « s'accrocher à des bribes de souvenirs reçus de seconde ou dixième main » (Yourcenar), et cette recherche d'objectivité n'est pas du ressort de l'écrivain, qui porte sur lui-même un regard nécessairement subjectif. Quand il cherche à savoir qui il a été, émerge une série de questions dont les réponses demeurent en suspens.
Texte 1 · « Qu'ai-je donc été ? »Stendhal1783 – 1842
Qu'ai-je donc été ? Je ne le saurais. À quel ami, quelque éclairé qu'il soit, puis-je le demander ? M. Di Fiore lui-même ne pourrait me donner d'avis. À quel ami ai-je jamais dit un mot de mes chagrins d'amour ?
Et ce qu'il y a de singulier et de bien malheureux, me disais-je ce matin, c'est que mes victoires (comme je les appelais alors, la tête remplie de choses militaires) ne m'ont pas fait un plaisir qui fût la moitié seulement du profond malheur que me causèrent mes défaites.
La victoire étonnante de Menti ne m'a pas fait un plaisir comparable à la centième partie qu'elle m'a faite en me quittant pour M. de Rospiec.
Avais-je donc un caractère triste ?… Et là, comme je ne savais que dire, je me suis mis sans y songer à admirer de nouveau l'aspect sublime des ruines de Rome et de sa grandeur moderne : le Colisée vis-à-vis de moi et sous mes pieds le palais Farnèse avec sa belle galerie de Charles Maderne ouverte en arceaux, le palais Corsini sous mes pieds.
Ai-je été un homme d'esprit ? Ai-je eu du talent pour quelque chose ? M. Daru disait que j'étais ignorant comme une carpe ; oui, mais c'est Besançon qui m'a rapporté tout cela et la gaieté de mon caractère rendait fort jalouse la morosité de cet ancien général de Besançon. Mais ai-je eu le caractère gai ?
Stendhal, Vie de Henry Brulard (écrite en 1835-1836, publication posthume en 1890), début ; texte du document d'Etienne Buraud [à vérifier sur une édition de référence] · Lire l'œuvre
Camille Corot, Le Colisée vu des jardins Farnèse, huile sur toile, 1826 (musée du Louvre) ✱Le Colisée de Rome, que Stendhal admire le 16 octobre 1832 en se demandant qui il a été.Domaine public · Wikimedia CommonsTexte 1 (suite) · « Je devrais écrire ma vie »
Enfin, je ne suis descendu du Janicule que lorsque la légère brume du soir est venue m'avertir que bientôt je serais saisi par le froid subit et fort désagréable et malsain qui en ce pays suit immédiatement le coucher du soleil. Je me suis hâté de rentrer au palazzo Conti (piazza Minerva) ; j'étais harassé. J'étais en pantalon d'un blanc anglais ; j'ai écrit sur la ceinture en dedans : 16 octobre 1832. Je vais avoir la cinquantaine, ainsi abrégé pour n'être pas compris : J. vaisa voirla 5.
Le soir, en rentrant, assez ennuyé de la soirée de l'ambassadeur, je me suis dit : « Je devrais écrire ma vie, je saurai peut-être enfin, quand cela sera fini dans deux ou trois ans, ce que j'ai été, gai ou triste, homme d'esprit ou sot, homme de courage ou peureux, et enfin au total heureux ou malheureux, je pourrai faire lire ce manuscrit à Di Fiore. »
Cette idée me sourit. Oui, mais cette effroyable quantité de Je et de Moi ! Il y a de quoi donner de l'humeur au lecteur le plus bénévole. Je et Moi, ce serait, au talent, comme M. de Chateaubriand, ce roi des égotistes : « De Je mis avec Moi tu fais la récidive. » Je me dis ce vers à chaque fois que je lis une de ses pages.
On pourrait écrire, il est vrai, en se servant de la troisième personne : il fit, il dit. Oui, mais comment rendre compte des mouvements intérieurs de l'âme ? C'est là-dessus, surtout, que j'aimerais consulter Di Fiore.
Stendhal, Vie de Henry Brulard (écrite en 1835-1836, publication posthume en 1890), début ; texte du document d'Etienne Buraud [à vérifier sur une édition de référence] · Lire l'œuvre
Texte 1 (fin) · « Quel œil peut se voir soi-même ? »
Je ne continue que le 23 novembre 1835. La même idée d'écrire my life m'est venue dernièrement pendant mon voyage de Ravenne ; à vrai dire, je l'ai eue bien des fois depuis 1832, mais toujours j'ai été découragé par cette effroyable difficulté des Je et des Moi, qui fera prendre l'auteur en grippe, je ne me sens pas le talent pour la tourner. À vrai dire, je ne suis rien moins que sûr d'avoir du talent pour me faire lire. Je trouve quelquefois beaucoup de plaisir à écrire, voilà tout.
S'il y a un autre monde, je ne manquerai pas d'aller voir Montesquieu, s'il me dit : « Mon pauvre ami, vous n'avez pas eu de talent du tout », j'en serai fâché mais nullement surpris. Je sens souvent cela, quel œil peut se voir soi-même ?
Stendhal, Vie de Henry Brulard (écrite en 1835-1836, publication posthume en 1890), début ; texte du document d'Etienne Buraud [à vérifier sur une édition de référence] · Lire l'œuvre
Texte 2 · Marguerite Yourcenar, « L'être que j'appelle moi »
Ouverture de Souvenirs pieux (Gallimard, 1974), premier volet de la trilogie familiale de Marguerite Yourcenar ; texte distribué en classe. La narratrice consigne d'abord, comme dans un acte d'état civil, la naissance de « l'être que j'appelle moi » : un lundi 8 juin 1903, à Bruxelles, d'un père français et d'une mère belge. Puis elle s'arrête, « prise de vertige » : cet « enfant du sexe féminin », ce « bout de chair rose pleurant dans un berceau bleu », est-ce bien elle ? Pour le savoir, elle n'a que des « bribes de souvenirs reçus de seconde ou dixième main », des bouts de lettres et des pièces d'archives, déformés par la mémoire des autres, qu'elle va « rejointoyer » comme le ferait l'historienne d'un personnage du passé. Ces bribes sont « la seule bouée » qui la soutient « sur la mer du temps ».
La distance entre le temps de l'écriture et le temps du souvenir pose d'emblée la question de l'exactitude de la mémoire, souvent présentée comme défaillante car « le cerveau ne dispose pas d'une chambre froide où conserver nos souvenirs intacts » (Peter Brook). Quand il s'agit de raconter la petite enfance, ne demeurent plus que des sensations lointaines : « De mes premières années, je ne retrouve guère qu'une impression confuse : quelque chose de rouge, et de noir et de chaud » (Simone de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958). La narration de la naissance, passage nécessaire dans la perspective d'une histoire exhaustive de soi, relève donc de la gageure et, nécessairement, d'une forme de mystification.
Texte 3 · « Une image de mes destinées »François-René de Chateaubriand1768 – 1848
J'eus pour parrain, comme on le voit dans mon extrait de baptême, mon frère, et pour marraine la comtesse de Plouër, fille du maréchal de Contades. J'étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues soulevées par une bourrasque annonçant l'équinoxe d'automne, empêchait d'entendre mes cris : on m'a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s'est jamais effacée de ma mémoire. Il n'y a pas de jour où, rêvant à ce que j'ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m'infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j'ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.
François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe, livre premier [numéro du chapitre à vérifier ; passage daté de 1811 d'après le cours] ; publication posthume, 1848-1850 · Lire l'œuvre
Eugène Isabey, Tempête devant Saint-Malo, huile sur toile, 1860 ✱Chateaubriand naît à Saint-Malo pendant une tempête : il y voit « une image de [ses] destinées ».Domaine public · Wikimedia Commons
Question 3 : Que raconter ?
Dans le foisonnement des souvenirs qui constituent la mémoire d'un individu, toute tentative d'écriture de soi implique d'opérer des choix. Partant du principe que « le but d'une autobiographie n'est pas de tout raconter » (Brook), l'écrivain décide donc de mettre en valeur des épisodes de sa vie qui traceront un parcours cohérent pour expliquer l'adulte qu'il est devenu. Le travail de justification opéré par Rousseau dans ses Confessions procède de ce principe, puisque ses souvenirs sont là pour prouver que nul n'est « meilleur que cet homme-là ». Sartre, dans Les Mots, décrit sa naissance à la littérature pour éclairer l'homme de lettres qu'il est.
Texte 4 · Peter Brook, « Un an pour écrire un an »
Passage des mémoires du metteur en scène Peter Brook [titre et date à vérifier], distribué en classe. Brook évoque un homme, « quelque part en Scandinavie », doté d'une mémoire prodigieuse, qui écrit sa vie et à qui il faut un an pour écrire un an : parti trop tard, il est fatalement pris de court. Son infortune montre que « le but d'une autobiographie n'est pas de tout raconter » : il s'agit plutôt de faire face à « une déroutante confusion d'impressions » et de voir si une forme claire peut, après coup, en émerger.
Texte 5 · Jean-Paul Sartre, Les Mots : le père
Extrait de la première partie des Mots (« Lire », Gallimard, 1964), texte distribué en classe. Sartre y règle en quelques lignes le sort de son père, Jean-Baptiste, mort quand l'enfant avait quinze mois. Le ton est celui de la maxime cynique (« Il n'y a pas de bon père, c'est la règle ») et du constat : par chance, ce père est mort jeune, avant de peser sur son fils ; le grand-père l'a vite oublié ; le portrait au-dessus du lit a disparu au remariage de la mère ; les livres hérités ont été vendus. L'adulte conclut que ce père « n'est pas même une ombre, pas même un regard ».
Montaigne, « Au lecteur » ; Rousseau, préambule des Confessions ; Chateaubriand, préface testamentaire
Question 1 : À qui s'adresse mon livre ?
Texte 6 · « Au lecteur »Michel de Montaigne1533 – 1592
C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit, dès l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai eu nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis : à ce que m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs, et que par ce moyen ils nourrissent, plus entière et plus vive, la connaissance qu'ils ont eue de moi.
Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été entre ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier, et tout nu.
Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain. Adieu donc ; de Montaigne, ce premier de mars mil cinq cent quatre-vingts.
Michel de Montaigne, Essais, « Au lecteur » (1580), orthographe modernisée · Lire l'œuvre
Une page de l'exemplaire de Bordeaux des Essais, corrigée et augmentée de la main de Montaigne (livre I, « De l'amitié ») ✱Montaigne n'a cessé de relire et d'augmenter son livre : le portrait de soi est toujours à reprendre.Domaine public · Wikimedia Commons
Question 2 : Vais-je être sincère ?
Texte 7 · « Je forme une entreprise… »Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778
Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple, et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du jugement dernier sonne quand elle voudra ; je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirai hautement : voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus, méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cœur au pied de ton trône avec la même sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre I, préambule (publication posthume, 1782) · Lire l'œuvre
Voir la correction
Éléments de réponse · Le préambule des Confessions
Une autobiographie. L'affirmation n'est pas tout à fait exacte : avant lui, saint Augustin et Montaigne ont écrit sur eux-mêmes ; après lui, on ne compte plus les autobiographies, mémoires, journaux intimes et confessions.
« Moi seul » : phrase nominale très courte, qui met en relief l'idée de singularité. « Si » a la valeur de « même si », « certes » : concession.
Comparaison, parallélisme de construction, raisonnement par induction (généralisation). Le « moule brisé » : personnification de la nature et métaphore ; allusion à sa naissance, et peut-être à la mort de sa mère.
Les périphrases désignent Dieu. Rythme ternaire, parallélisme, anaphore. « Méprisable et vil » / « bon, généreux, sublime » : antithèses, mots péjoratifs et mélioratifs, gradation et hyperbole : le bien est mis en relief, le mal minimisé.
Impératif (« rassemble ») et subjonctifs à valeur d'ordre. Le locuteur est Rousseau ; le destinataire est le lecteur dans les deux premiers paragraphes, Dieu dans le troisième.
Paradoxes : il veut être sincère mais admet avoir pu modifier la réalité ; il s'estime différent des autres mais demande à leur être comparé ; son entreprise « n'aura point d'imitateur », mais il demande que chacun découvre « à son tour » son cœur.
Limites : certaines choses seront peut-être inavouables ; difficulté de se souvenir ; risque de travestir, volontairement ou non, la vérité.
Question 3 : De quoi vais-je parler ?
Texte 8 · « Je me suis rencontré entre les deux siècles »François-René de Chateaubriand1768 – 1848
Quand la mort baissera la toile entre moi et le monde, on trouvera que mon drame se divise en trois actes.
Depuis ma première jeunesse jusqu'en 1800, j'ai été soldat et voyageur ; depuis 1800 jusqu'en 1814, sous le Consulat et l'Empire, ma vie a été littéraire ; depuis la Restauration jusqu'à aujourd'hui, ma vie a été politique. […]
Des auteurs modernes français de ma date, je suis quasi le seul dont la vie ressemble à ses ouvrages : voyageur, soldat, poète, publiciste, c'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint la mer, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées, que j'ai étudié les princes, la politique, les lois et l'histoire. […]
Si j'étais destiné à vivre, je représenterais dans ma personne, représentée dans mes mémoires, les principes, les idées, les événements, les catastrophes, l'épopée de mon temps, d'autant plus que j'ai vu finir et commencer un monde, et que les caractères opposés de cette fin et de ce commencement se trouvent mêlés dans mes opinions. Je me suis rencontré entre les deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j'ai plongé dans leurs eaux troublées, m'éloignant à regret du vieux rivage où j'étais né, et nageant avec espérance vers la rive inconnue où vont aborder les générations nouvelles.
François-René de Chateaubriand, préface testamentaire, Mémoires d'outre-tombe, tome I (publication posthume, 1848-1850) · Lire l'œuvre
Se comprendre, témoigner, se défendre : Perec, Primo Levi, Rousseau
Texte 9 · Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance : s'écrire pour se comprendre
Extrait de W ou le souvenir d'enfance (Denoël, 1975), distribué en classe. Le narrateur constate que son enfance fait partie des choses dont il sait qu'il ne sait « pas grand-chose ». Longtemps, il s'est enfermé dans le statut commode de l'orphelin, du « fils de personne ». Mais l'enfance n'est pour lui ni nostalgie ni paradis perdu : elle est un point de départ, les coordonnées à partir desquelles sa vie pourra trouver son sens. Écrire, c'est évoquer ce qui fut pour qu'il soit encore.
Texte 10 · Primo Levi, Si c'est un homme : s'écrire pour les autres
Extrait de la préface de Si c'est un homme, distribué en classe. Primo Levi, déporté à Auschwitz, s'excuse des défauts de structure de son livre : il était écrit, en intention, dès l'époque du camp. Le besoin de raconter aux « autres », de les faire participer, avait pris chez les déportés la violence d'un besoin élémentaire ; il a écrit pour y répondre, et d'abord en vue d'une « libération intérieure ».
Question 3 : s'écrire pour se défendre
À la fin du livre II des Confessions, Rousseau raconte qu'il a volé, jeune laquais, un petit ruban, puis accusé une servante innocente, Marion, de le lui avoir donné. Après le récit, il revient sur sa faute.
Texte 11 · « Je l'accusai d'avoir fait ce que je voulais faire »Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778
J'ai procédé rondement dans celle que je viens de faire, et l'on ne trouvera sûrement pas que j'aie ici pallié la noirceur de mon forfait. Mais je ne remplirais pas le but de ce livre, si je n'exposais en même temps mes dispositions intérieures, et que je craignisse de m'excuser en ce qui est conforme à la vérité. Jamais la méchanceté ne fut plus loin de moi que dans ce cruel moment, et lorsque je chargeai cette malheureuse fille, il est bizarre, mais il est vrai que mon amitié pour elle en fut la cause. Elle était présente à ma pensée, je m'excusai sur le premier objet qui s'offrit. Je l'accusai d'avoir fait ce que je voulais faire, et de m'avoir donné le ruban, parce que mon intention était de le lui donner.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre II (publication posthume, 1782) · Lire l'œuvre
Maurice Leloir, illustration du livre II des Confessions (la scène du ruban volé [à vérifier]), édition Launette, 1889 ✱Devant toute la maison, le jeune Rousseau accuse la servante Marion d'avoir pris le ruban.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapetémoignageVoir dans le Lexique →
Le souvenir, quand il est évoqué, donne lieu au déploiement d'un registre qui traduit les rapports que l'écrivain entretient avec lui. Les exercices du chapitre portent sur ces registres et sur le regard que l'adulte porte sur l'enfant qu'il a été.
Autobiographie et ironie : l'écriture de la distance
Texte 12 · « Me voilà déjà redresseur de torts »Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778
À force de nous voir inséparables, on y prit garde ; d'autant plus que, mon cousin étant très grand et moi très petit, cela faisait un couple assez plaisamment assorti. Sa longue figure effilée, son petit visage de pomme cuite, son air mou, sa démarche nonchalante, excitaient les enfants à se moquer de lui. Dans le patois du pays on lui donna le surnom de Barnâ Bredanna, et sitôt que nous sortions nous n'entendions que Barnâ Bredanna tout autour de nous. Il endurait cela plus tranquillement que moi. Je me fâchai, je voulus me battre ; c'était ce que les petits coquins demandaient. Je me battis, je fus battu. Mon pauvre cousin me soutenait de son mieux ; mais il était faible, d'un coup de poing on le renversait. Alors je devenais furieux. Cependant quoique j'attrapasse force horions, ce n'était pas à moi qu'on en voulait, c'était à Barnâ Bredanna ; mais j'augmentai tellement le mal par ma mutine colère que nous n'osions plus sortir qu'aux heures où l'on était en classe, de peur d'être hués et suivis par les écoliers.
Me voilà déjà redresseur de torts. Pour être un paladin dans les formes il ne me manquait que d'avoir une dame ; j'en eus deux. J'allais de temps en temps voir mon père à Nyon, petite ville du pays de Vaud, où il s'était établi. Mon père était fort aimé, et son fils se sentait de cette bienveillance. Pendant le peu de séjour que je faisais auprès de lui, c'était à qui me fêterait. Une Madame de Vulson, surtout, me faisait mille caresses ; et pour y mettre le comble, sa fille me prit pour son galant. On sent ce que c'est qu'un galant de onze ans pour une fille de vingt-deux.
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre I (publication posthume, 1782) · Lire l'œuvre
Maurice Leloir, illustration du livre I des Confessions (les deux cousins enfants [à vérifier]), édition Launette, 1889 ✱Rousseau enfant et son cousin, « inséparables » : le livre I raconte leurs aventures avec humour.Domaine public · Wikimedia CommonsTexte 13 · « Toute ma vie j'ai vu mon idée et non la réalité »Stendhal1783 – 1842
Mon jeune cheval fringant galopait donc au hasard au milieu de ces saules quand je m'entendis appeler : c'était le domestique sage et prudent du capitaine Burelwiller qui enfin, en me criant de retirer la bride et s'approchant, parvint à arrêter le cheval après une galopade d'un quart d'heure au moins dans tous les sens. Il me semble qu'au milieu de mes peurs sans nombre, j'avais celle d'être entraîné dans le lac.
« Que me voulez-vous ? » dis-je à ce domestique, quand enfin il eut pu calmer mon cheval. « Mon maître désire vous parler. » Aussitôt je pensai à mes pistolets : c'est sans doute quelqu'un qui veut m'arrêter. La route était couverte de passants, mais toute ma vie j'ai vu mon idée et non la réalité (comme un cheval ombrageux, me dit dix-sept ans plus tard M. le comte de Tracy).
Je revins fièrement au capitaine que je trouvai obligeamment arrêté sur la grande route. « Que me voulez-vous, monsieur ? » lui dis-je, m'attendant à faire le coup de pistolet. Le capitaine était un grand homme blond entre deux âges, maigre et d'un aspect narquois et fripon, rien d'engageant, au contraire. Il m'expliqua qu'en passant à la porte, M… lui avait dit : « Il y a là un jeune homme qui s'en va à l'armée sur ce cheval, qui monte pour la première fois à cheval, et qui n'a jamais vu l'armée. Ayez la charité de le prendre avec vous pour les premières journées. »
M'attendant toujours à me fâcher et pensant à mes pistolets, je considérais le sabre droit et immensément long du capitaine Burelwiller qui, ce me semble, appartenait à l'arme de la grosse cavalerie : habit bleu, boutons et épaulettes d'argent. Je crois que pour comble de ridicule j'avais un sabre ; même, en y pensant, j'en suis sûr…
Stendhal, Vie de Henry Brulard (publication posthume, 1890) ; texte du document d'Etienne Buraud [à vérifier sur une édition de référence] · Lire l'œuvre
Texte 14 · Jean-Paul Sartre, Les Mots : au jardin du Luxembourg
Extrait des Mots (Gallimard, 1964), distribué en classe. L'enfant, qui se rêve héros de cape et d'épée, s'approche des enfants qui jouent sur les terrasses du Luxembourg : ils le frôlent sans le voir. Devant ces « héros de chair et d'os », il perd toutes ses qualités imaginaires ; il aurait accepté n'importe quel rôle, même celui du mort, mais personne ne l'invite. Ses « vrais juges », ses pairs, le découvrent « ni merveille ni méduse, un gringalet qui n'intéressait personne ». Sa mère, indignée, feint l'impatience pour le pousser à demander ; il refuse, par orgueil.
Autobiographie et lyrisme
Texte 15 · Albert Cohen, Le Livre de ma mère (1954)
Extrait distribué en classe. Une seule longue phrase, ouverte par l'apostrophe « Ô mon passé, ma petite enfance », accumule les objets, les odeurs et les rituels de l'enfance auprès de la mère : confitures, veilleuses, baisers du soir, cahiers de la rentrée, gâteaux et sourires de « Maman ». L'énumération se clôt sur la perte (« ô tout ce que je n'aurai plus ») et sur deux phrases brèves : « Les rives s'éloignent. Ma mort approche. »
Texte 16 · Saint-John Perse, Éloges
Extrait distribué en classe. Le poète, qui a quitté les Antilles avec sa famille à l'âge de douze ans, interroge le paradis perdu de l'enfance : « Sinon l'enfance, qu'y avait-il alors qu'il n'y a plus ? » Le verset célèbre un monde ordonné de lumières, de moulins et de cannes, de chevaux et de bœufs, au moment même où le corps de l'adulte « croît » et « pèse ».
Texte 17 · Cavanna, Les Ritals (1978)
Extrait de l'avertissement, distribué en classe. Cavanna prévient son lecteur : c'est « un gosse qui parle », qui a entre six et seize ans, tantôt au présent, tantôt au passé, parce que « c'est comme ça, la mémoire ». Il affirme : « C'est rien que du vrai », avant de nuancer aussitôt : c'est le gosse d'alors « revécu » par l'homme d'aujourd'hui.
Montaigne, Rousseau, Leiris : trois récits d'un choc
Sujet de bac blanc (séries générales) du dossier « Le biographique ». Trois textes racontent un choc, accident ou découverte, et la prise de conscience de la mort qui en résulte ; ils posent aussi la question du rapport entre le récit du souvenir et le commentaire qu'en fait l'écrivain.
Texte A · « Je revenais de l'autre monde »Michel de Montaigne1533 – 1592
Pendant nos troisièmes troubles ou deuxièmes (il ne me souvient pas bien de cela), m'étant allé un jour promener à une lieue de chez moi, […] j'avais pris un cheval aisé, mais non guère ferme. À mon retour, […] un de mes gens, grand et fort, monté sur un puissant roussin qui avait une bouche désespérée, frais au demeurant et vigoureux, pour faire le hardi et devancer ses compagnons vint à le pousser à toute bride droit dans ma route, et fondre comme un colosse sur le petit homme et le petit cheval, et le foudroyer de sa roideur et de sa pesanteur […] : si que voilà le cheval abattu et couché tout étourdi, moi dix ou douze pas au-delà, mort, étendu à la renverse, le visage tout meurtri et tout écorché […].
[…] Je commençai à reprendre un peu de vie, mais […] mes premiers sentiments étaient beaucoup plus approchant de la mort que de la vie. […] Quant aux fonctions de l'âme, elles naissaient avec même progrès que celles du corps. Je me vis tout sanglant, car mon pourpoint était taché partout du sang que j'avais rendu. La première pensée qui me vint, ce fut que j'avais une arquebusade en la tête ; de vrai, en même temps, il s'en tirait plusieurs autour de nous. Il me semblait que ma vie ne me tenait plus qu'au bout des lèvres ; je fermais les yeux pour aider, ce me semblait, à la pousser hors, et prenais plaisir à m'alanguir et à me laisser aller.
Michel de Montaigne, Essais, livre II, chapitre 6, « De l'exercitation » (1580), extraits, orthographe modernisée · Lire l'œuvre
Texte A (suite)
C'était une imagination qui ne faisait que nager superficiellement en mon âme, aussi tendre et aussi faible que tout le reste, mais à la vérité non seulement exempte de déplaisir, ains mêlée à cette douceur que sentent ceux qui se laissent glisser au sommeil. […] Je n'avais affliction ni pour autrui ni pour moi. […] Je vis ma maison sans la reconnaître. […] Quand je vins à revivre et à reprendre mes forces, […] qui fut deux ou trois heures après, je me sentis tout d'un train rengager aux douleurs, ayant les membres tout moulus et froissés de ma chute. […]
Je ne veux pas oublier ceci, que la dernière chose en quoi je me pus remettre, ce fut la souvenance de cet accident ; […] longtemps après, et le lendemain, quand ma mémoire vint à s'entrouvrir et me représenter l'état où je m'étais trouvé dans l'instant que j'avais aperçu ce cheval fondant sur moi […], il me sembla que c'était un éclair qui me frappait l'âme de secousse et que je revenais de l'autre monde.
Ce conte d'un événement si léger est assez vain, n'était l'instruction que j'en ai tirée pour moi : car, à la vérité, pour s'apprivoiser à la mort, je trouve qu'il n'y a que de s'en avoisiner.
Michel de Montaigne, Essais, livre II, chapitre 6, « De l'exercitation » (1580), extraits, orthographe modernisée · Lire l'œuvre
Texte B · « Je naissais dans cet instant à la vie »Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778
J'étais sur les six heures à la descente de Ménilmontant presque vis-à-vis du Galant Jardinier, quand, des personnes qui marchaient devant moi s'étant tout à coup brusquement écartées, je vis fondre sur moi un gros chien danois qui, s'élançant à toutes jambes devant un carrosse, n'eut pas même le temps de retenir sa course ou de se détourner quand il m'aperçut. Je jugeai que le seul moyen que j'avais d'éviter d'être jeté par terre était de faire un grand saut si juste que le chien passât sous moi tandis que je serais en l'air. Cette idée plus prompte que l'éclair et que je n'eus le temps ni de raisonner ni d'exécuter fut la dernière avant mon accident. Je ne sentis ni le coup ni la chute, ni rien de ce qui s'ensuivit jusqu'au moment où je revins à moi.
Il était presque nuit quand je repris connaissance. Je me trouvai entre les bras de trois ou quatre jeunes gens qui me racontèrent ce qui venait de m'arriver. Le chien danois n'ayant pu retenir son élan s'était précipité sur mes deux jambes et, me choquant de sa masse et de sa vitesse, m'avait fait tomber la tête en avant : la mâchoire supérieure portant tout le poids de mon corps avait frappé sur un pavé très raboteux, et la chute avait été d'autant plus violente qu'étant à la descente, ma tête avait donné plus bas que mes pieds.
Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, « Deuxième promenade » (rédigées de 1776 à 1778, publication posthume, 1782) · Lire l'œuvre
Texte B (suite)
Le carrosse auquel appartenait le chien suivait immédiatement et m'aurait passé sur le corps si le cocher n'eût à l'instant retenu ses chevaux. Voilà ce que j'appris par le récit de ceux qui m'avaient relevé et qui me soutenaient encore lorsque je revins à moi. L'état auquel je me trouvai dans cet instant est trop singulier pour n'en pas faire ici la description.
La nuit s'avançait. J'aperçus le ciel, quelques étoiles, et un peu de verdure. Cette première sensation fut un moment délicieux. Je ne me sentais encore que par là. Je naissais dans cet instant à la vie, et il me semblait que je remplissais de ma légère existence tous les objets que j'apercevais. Tout entier au moment présent je ne me souvenais de rien ; je n'avais nulle notion distincte de mon individu, pas la moindre idée de ce qui venait de m'arriver ; je ne savais ni qui j'étais ni où j'étais ; je ne sentais ni mal, ni crainte, ni inquiétude. Je voyais couler mon sang comme j'aurais vu couler un ruisseau, sans songer seulement que ce sang m'appartînt en aucune sorte. Je sentais dans tout mon être un calme ravissant auquel, chaque fois que je me le rappelle, je ne trouve rien de comparable dans toute l'activité des plaisirs connus.
Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, « Deuxième promenade » (rédigées de 1776 à 1778, publication posthume, 1782) · Lire l'œuvre
Texte C · Michel Leiris, L'Âge d'homme (1939)
Extrait distribué en classe. Le narrateur se souvient de la naissance de sa nièce, quand il avait « quelque chose comme neuf ans » : il fut écœuré par le nouveau-né, et surtout il ne supportait plus de ne plus être le « petit dernier ». Il eut alors « la révélation du vieillissement », une angoisse qui n'a cessé de croître. Le second paragraphe passe au commentaire de l'adulte : il n'a jamais pu supporter l'idée d'avoir un enfant, destiné à mourir, et il lie si étroitement l'amour et la mort que le plaisir ne lui vient qu'avec une « terreur superstitieuse ».
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Proposition de corrigé · Commentaire du texte de Leiris (fin de la deuxième partie et conclusion)
Ce commentaire prend plus la forme d'une explication du processus traumatique que celle d'une analyse circonstanciée de l'anecdote. En effet, l'écrivain montre, en transformant l'image de la naissance du premier paragraphe en idées dans le second (« Je n'ai jamais pu supporter l'idée d'avoir un enfant », « l'amour et la mort » sont proches), comment le processus de la névrose se forme chez l'individu adulte. Ainsi, ses justifications ne sauraient convaincre le lecteur que par compassion pour l'écrivain. Il est plus apte à le comprendre, presque à l'excuser, qu'à adhérer à sa thèse : il ne faut pas avoir d'enfant car nul ne demande à naître et chacun est destiné à mourir. Le glissement de la thèse à valeur généralisante à l'expérience individuelle de l'acte amoureux oriente peu à peu le texte vers une introspection de type psychanalytique.
Le lien culturel entre amour et mort reconstruit par Leiris relève plus du cliché que de la trouvaille littéraire. Mais il a pour spécificité ici d'être exposé comme un trouble à expliciter : dans l'acte amoureux, l'écrivain ne trouve de plaisir que dans la mesure où il y perçoit une « terreur superstitieuse », c'est-à-dire la possibilité d'une malédiction dont l'origine résiderait dans ce traumatisme enfantin. La confusion complexe entre naissance, procréation, plaisir et mort chez l'adulte atteint dans ce passage une intensité à l'échelle de la violence du traumatisme de l'enfant.
Conclusion. L'écriture vient donc tenter de comprendre, en l'exposant et en remontant à ses sources, les origines d'un état présent névrotique. Comme l'avoue l'écrivain, ces fêlures ne sont pas tant à chercher dans la violence d'une scène d'accouchement que dans les métamorphoses monstrueuses qu'en fait un enfant jaloux de ne plus être le plus jeune. L'entreprise autobiographique présentée, historiquement fortement marquée par la psychanalyse, permet à l'écrivain de partir à la recherche de ses origines, non pour se justifier aux yeux des hommes comme le fait Rousseau dans ses Confessions, non « sans but et sans propos » comme le proposent les Essais, mais pour comprendre et remédier aux failles psychologiques de l'individu.
La grille du commentaire ; Je me souviens ; enfance et autobiographie
Étudier une forme : Je me souviens de Georges Perec
Dans Je me souviens (1978), Georges Perec aligne de courts fragments qui commencent tous par la même formule. Notes du cours : une écriture fragmentée ; une diversité des types de souvenirs ; une absence de développement du souvenir ; une absence d'ordre et d'organisation. C'est une écriture autobiographique qui n'est pas centrée sur un portrait de soi, mais qui fait le portrait de soi par l'intermédiaire de souvenirs extérieurs : pas une histoire de soi.
Préparer un exposé : enfance et autobiographie
L'adulte a eu une enfance dont il sait se souvenir. Quels sont alors les liens qui peuvent s'établir entre âge adulte et enfance, entre l'auteur et son modèle enfantin ? Peut-on seulement raconter son enfance, en retrouver la réalité ? Qu'est-ce qui nous en sépare à jamais : le temps, la langue ou la mémoire ?
10Sujet de baccalauréat
Rousseau, Rétif, Leiris : trois pactes
Question de corpus, commentaire, dissertation, avec leurs corrigés
Texte A · Le ruban voléJean-Jacques Rousseau1712 – 1778
Ce souvenir cruel me trouble quelquefois, et me bouleverse au point de voir dans mes insomnies cette pauvre fille venir me reprocher mon crime, comme s'il n'était commis que d'hier. Tant que j'ai vécu tranquille, il m'a moins tourmenté ; mais au milieu d'une vie orageuse il m'ôte la plus douce consolation des innocents persécutés : il me fait bien sentir ce que je crois avoir dit dans quelque ouvrage, que le remords s'endort durant un destin prospère, et s'aigrit dans l'adversité. Cependant je n'ai jamais pu prendre sur moi de décharger mon cœur de cet aveu dans le sein d'un ami. La plus étroite intimité ne me l'a jamais fait faire à personne, pas même à Mme de Warens. Tout ce que j'ai pu faire a été d'avouer que j'avais à me reprocher une action atroce, mais jamais je n'ai dit en quoi elle consistait. Ce poids est donc resté jusqu'à ce jour sans allégement sur ma conscience, et je puis dire que le désir de m'en délivrer en quelque sorte a beaucoup contribué à la résolution que j'ai prise d'écrire mes confessions.
[La suite du texte A, « J'ai procédé rondement… », est le texte 11 de l'étape 5.]
Jean-Jacques Rousseau, Les Confessions, livre II (publication posthume, 1782) · Lire l'œuvre
Texte B · « Inconcevable labyrinthe du cœur humain ! »Nicolas Rétif de la Bretonne1734 – 1806
L'exactitude et la sincérité sont absolument nécessaires, dans mon plan, puisque je dois anatomiser le cœur humain sur mon sens intime, et sonder les profondeurs du moi. Ce ne sont même pas mes Confessions que je fais : ce sont les Ressorts du cœur humain que je dévoile. Disparaisse Nicolas-Edme, et que l'homme seul demeure !… Mais il n'en est pas moins vrai que c'est Nicolas-Edme qui s'immole, et qui, au lieu de son corps malade, lègue aux moralistes son âme viciée, pour qu'ils la dissèquent utilement, aux yeux de leur siècle et des âges futurs. Je serai vrai, lors même que la vérité m'exposera au mépris. C'est ici le cas de tout braver, ou de se cacher : le parti mitoyen serait une infamie.
Je suis né avec des passions vives : elles m'ont rendu heureux et malheureux. Si l'on me considère sous le premier point de vue, il ne fut jamais de monarque, de favori de la Fortune, qui ait eu plus de jouissances que moi. Si, au contraire, on fait attention à mes privations, à mes peines, qui fut jamais plus à plaindre ! Haï, méprisé, persécuté, trahi, condamné par la pauvreté au travail le plus rude et le plus continuel, abreuvé d'opprobres, mis au-dessous de ceux qui ne me valaient pas, malheureux par les femmes sous tous les rapports, réduit longtemps à manquer du nécessaire, tremblant pour la liberté, craignant pour la vie, tenté par l'affreuse idée du suicide, ne trouvant de la joie, ou plutôt de la consolation, que dans la vue d'une destruction prochaine, voilà quel a été mon sort : cet horrible tableau n'est pas exagéré.
Nicolas Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé (1794-1797), début
Texte B (suite)
Si, jetant les yeux sur mes qualités, on en fait l'énumération, l'on trouvera que j'ai toujours été frugal, laborieux, économe, compatissant à l'excès ; que je n'ai été ni joueur, ni buveur, ni gourmand ; modeste sur mon compte, je rougissais d'être estimé ; depuis, j'ai souvent été le censeur le plus rigide de mes ouvrages, et quelquefois le plus éclairé ; souvent, j'ai diminué mon salaire, en disant : « Je n'ai pas tant mérité. »
Mais, d'un autre côté, j'ai été emporté, brutal, furieux, d'un caractère impatient au joug, dur, impérieux, sacrifiant tout au penchant frénétique pour les femmes, me livrant, pour le satisfaire, à des excès punissables ; ne respectant ni la pudeur, ni la décence ; m'exposant moi-même, exposant des âmes encore pures aux suites affreuses du libertinage. […] Avare quelquefois jusqu'à l'inhumanité je refusais une bagatelle ; prodigue souvent jusqu'à la pusillanimité qui se laisse dépouiller, je soldais lâchement le vice, honteux par orgueil, avide de louanges, en paraissant les dédaigner ; insouciant et désintéressé par paresse, cynique par un sentiment superbe de mon mérite ; coquet jusqu'au ridicule, jaloux, envieux, caustique, grotesque, impudent, quels défauts n'ai-je pas eus !…
Nicolas Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé (1794-1797), début
Texte B (fin)
Et pourtant, je me suis quelquefois privé du nécessaire pour le pauvre ; j'ai souvent été obligeant en secret ; j'ai servi, secouru mes ennemis sans que jamais ils l'aient su ; j'ai obligé mes amis, sous le nom de personnes qui ne songeaient pas à eux, parce que je préférais le titre d'ami à celui de bienfaiteur ; j'ai adouci les derniers moments d'un moribond, en feignant d'être chargé d'une réconciliation, que j'ai ensuite effectuée ; […] j'ai vaincu les plus fortes passions ; j'ai habituellement rapporté obligeamment les discours désobligeants, pour calmer les inimitiés. Mais on m'a vu brouiller des amis, par imprudence, par légèreté ; j'ai menti avec le ton de la candeur ; […]
Inconcevable labyrinthe du cœur humain ! Ô chaos, qui renfermes tous les contraires, qui te débrouillera ?… Moi, dans moi-même.
Nicolas Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas, ou le Cœur humain dévoilé (1794-1797), début
Texte C · Michel Leiris, « De la littérature considérée comme une tauromachie » (1946)
Préface ajoutée en 1946 à L'Âge d'homme (1939), texte distribué en classe. Leiris rappelle son projet initial : « faire le portrait le mieux exécuté et le plus ressemblant du personnage » qu'il était, porter sur lui-même un « regard sans complaisance ». Puis il en montre les limites : à la base de toute introspection, il y a le goût de se contempler, et au fond de toute confession, le désir d'être absous ; « me regarder sans complaisance, c'était encore me regarder ». En écrivant un livre bien composé, il cherchait en autrui « moins un juge qu'un complice », comme le matador qui semble tout risquer mais soigne sa ligne.
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Corrigé · A. Question de corpus
La notion de pacte autobiographique, qui définit la nature avouée du projet de l'auteur à son lecteur, semble pouvoir s'appliquer à tout type d'entreprise autobiographique. Ainsi, les textes soumis à notre étude, datés de la fin du XVIIIe siècle comme Les Confessions de J.-J. Rousseau (1782) et Monsieur Nicolas ou le Cœur humain dévoilé de Rétif de la Bretonne (1797), ou plus contemporains comme l'extrait de la préface à L'Âge d'homme de Michel Leiris (1946), se positionnent-ils respectivement de manière explicite sur un pacte d'écriture.
L'auteur de La Nouvelle Héloïse revient tardivement dans son œuvre, à la suite de la relation d'une anecdote douloureuse, celle du mensonge du vol du ruban, sur les motivations de l'écriture des Confessions. Placée sous l'angle de la sincérité absolue comme l'affirme le célèbre incipit, cette œuvre prend ici une couleur nouvelle puisqu'elle semble tirer son origine du désir éternel de l'épanchement du cœur. Dans l'entreprise d'absolution que constituent les Confessions, cet aveu honteux prend ici la forme d'un « poids » dont l'auteur doit se « délivrer ». Le pacte est donc d'une double nature, et demeure en ceci conforme à celui édicté au seuil de l'œuvre : dire le bien et le mal sans craindre de « s'excuser en ce qui est conforme à la vérité » dans le but de « décharger [son] cœur ».
C'est sous le patronage de Rousseau que n'hésite pas à s'inscrire Rétif de la Bretonne, qui a à cœur de radicaliser le projet rousseauiste : « ce ne sont pas mes Confessions que je fais, ce sont les Ressorts du cœur humain que je dévoile ». Si « sincérité » et « exactitude » sont les conditions sine qua non de la rédaction d'un tel projet dans la lignée des Confessions, ces qualités se doublent chez Rétif d'un projet moral et globalisant sur le modèle de la médecine. La métaphore assimile les moralistes aux médecins, qui pourront utiliser ce témoignage comme un terrain d'expérience utile aux générations futures. Ne pas se confesser mais témoigner pour comprendre, et ce sans concessions (« Je serai vrai, lors même que la vérité m'exposera au mépris ») ni demi-mesure (« C'est ici le cas de tout braver ou de se cacher ; le parti mitoyen serait une infamie »), tel est le pacte autobiographique proposé par ce philosophe libertin de la fin du siècle.
Après la Seconde Guerre mondiale, Michel Leiris revient sur son projet autobiographique publié en 1939, L'Âge d'homme. Un double mouvement est perceptible dans cette lucidité d'après coup : le pacte initial y est rappelé, mais ses limites en sont soulignées. Comme la tradition littéraire et générique l'a construit, et dans la lignée des deux auteurs précédents, Leiris s'appuie sur les critères de conformité et de fidélité à la réalité pour bâtir son projet : « faire le portrait le mieux exécuté et le plus ressemblant du personnage que j'étais ». Poser un regard objectif sur soi doit être la règle majeure de toute écriture autobiographique (« ce regard sans complaisance »). Cependant, l'écrivain avoue après coup que ce pacte était faussé à la base, en pointant le côté éminemment narcissique et égocentrique de l'autobiographe (« me regarder sans complaisance, c'était encore me regarder » ; « cédant […] à ma tendance narcissique »).
Ces trois pactes autobiographiques se caractérisent donc plus par leurs similitudes que par leurs différences. Nul ne propose de se peindre de manière déformée, tous avouent prendre pour bannière la sincérité absolue et faire de la fidélité au vrai une règle d'or, même si elle doit servir des projets différents.
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Corrigé · B. Commentaire du texte de Rétif de la Bretonne
Introduction. Nicolas Rétif de la Bretonne commença en 1783 la rédaction de son autobiographie pour en finir l'impression quatorze années plus tard. Son projet aboutit à la narration de sa vie en seize volumes, selon un ordre chronologique. Ainsi s'inscrit-il dans la continuité immédiate de Rousseau, dont les Confessions ont été publiées durant les premières années de la décennie 1780. L'extrait dont l'étude nous est proposée présente un pacte de lecture des plus classiques, orienté vers un autoportrait à la fois élogieux et péjoratif, dominé par une visée morale. Quel pacte autobiographique est dressé lors de cet incipit ? À quel autoportrait aboutit cette recherche de la vérité sur la nature humaine ? Comment l'écriture reflète-t-elle la métaphore du labyrinthe, miroir de la complexité du « cœur humain » ?
I. Un pacte autobiographique sous le patronage de Rousseau : l'identité auteur, narrateur, personnage ; le modèle rousseauiste ; la métaphore médicale et le projet moral.
II. L'écriture autobiographique : le philosophe libertin dans la société du XVIIIe siècle : le portrait d'un libertin dans son siècle ; un autoportrait moral, la condamnation des vices (modalisations) ; l'exigence philosophique.
III. L'insondable labyrinthe du cœur humain : l'homme entre vice et vertu (éloge et blâme) : la question des points de vue (vertus cardinales ou péchés capitaux ?) ; l'homme est contradictions : l'écriture de l'antinomie et de l'hyperbole ; la structure syntaxique : juxtapositions, accumulations et anaphores (registre emphatique).
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Corrigé · C. Dissertation
Introduction. Nicolas Rétif de la Bretonne, dans l'incipit de Monsieur Nicolas ou le Cœur humain dévoilé, œuvre autobiographique publiée en 1797, dresse de lui un portrait des plus contrastés. Se présentant aussi bien comme le meilleur des hommes que comme le pire des pécheurs, le romancier de la fin du XVIIIe siècle conclut son autoportrait par cette affirmation emphatique résumant la complexité de l'entreprise autobiographique : « Inconcevable labyrinthe du cœur humain ! ». Peut-on affirmer comme lui qu'écrire son autobiographie, c'est se confronter à cet « inconcevable labyrinthe du cœur humain » ? Le projet d'écriture se présenterait d'abord comme une épreuve aventureuse au terme de laquelle l'écrivain, comme la métaphore du labyrinthe le souligne, risque de s'égarer. Mais quels sont ces obstacles propres à l'autobiographe ? Quels moyens se donne-t-il pour les surmonter ? Nous verrons qu'une vision diachronique de l'histoire du genre fait apparaître une évolution sensible du rapport de l'écrivain à son projet. De Montaigne à Chateaubriand, le cheminement autobiographique se caractérise par son aspect rectiligne, et l'image du labyrinthe convient assez mal à ces œuvres fondatrices du genre (I). C'est à partir de la modernité que l'écrivain fait de cette question un enjeu majeur de son entreprise (II). Enfin, la pluralité des formes de l'écriture autobiographique est autant de réponses au questionnement de l'auteur de Monsieur Nicolas (III).
I. Montaigne, Rousseau, Chateaubriand : un projet autobiographique sans confrontation ? Tous trois, à leur manière, ne considèrent pas le projet autobiographique dans sa complexité. Montaigne, « Au lecteur » des Essais (1595) : humilité d'un projet « sans ordre et sans propos ». Rousseau, Les Confessions (1782) : la sincérité au service de la vérité, l'apparition de la mystification et la mise en ordre chronologique. Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe (1848) : similitudes avec la forme des Confessions (répartition chronologique de l'œuvre) et orgueil de l'auteur. Transition : Sartre hérite de cette manière (la mystification), mais avec une partition simplifiée des Mots (1964) en deux parties, « Lire » et « Écrire ».
II. Réflexions sur les difficultés du projet autobiographique : la littérature moderne. Rétif fait preuve de modernité car il porte sa réflexion sur les difficultés de l'écriture ; ce questionnement sera systématisé par les écrivains d'après 1850. Tolstoï, Souvenirs ; Simone de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée (1958) ; Georges Perec, W ou le souvenir d'enfance (1975) : les limites de la mémoire. Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux (1974) : la métaphore de la « mer du temps » et l'absence de l'identité auteur-narrateur-personnage. Michel Leiris, préface à L'Âge d'homme (1946) : l'écrivain revient sur son œuvre avec une distance critique ; l'homme sorti du labyrinthe s'aperçoit qu'il a fait fausse piste.
III. Diversité des solutions génériques. Certains genres échappent à cette problématique : le journal, la vérité au jour le jour (le Journal d'Anne Frank, publié en 1947) ; les mémoires, l'orientation historique (les Mémoires de guerre du général de Gaulle, 1954) ; la bande dessinée, le témoignage historique (Maus d'Art Spiegelman, 1986-1991). On pouvait évoquer également la forme fragmentaire (Je me souviens de Perec).
Conclusion. La métaphore du labyrinthe évoquée par Rétif de la Bretonne éclaire particulièrement efficacement les difficultés d'une entreprise autobiographique sur le mode du récit, au préalable définie par un pacte dont les exigences de sincérité et d'exhaustivité dépassent les capacités de l'écriture à se « voir soi-même ». La modernité littéraire s'est d'ailleurs plus attachée à démêler la question des moyens d'expression de la peinture de soi qu'à s'imposer d'emblée les contraintes d'un pacte ambitieux. C'est peut-être à cause de cette difficulté majeure de l'écrivain à débrouiller son cœur qu'a émergé une grande diversité des formes d'entreprise autobiographique, permettant de proposer plusieurs façons de parler de soi, et parvenant ainsi à sortir du labyrinthe du moi.
11Évaluation de fin de séquence
Raconter une naissance
Édouard Corbière, Le Négrier ; Calixthe Beyala, Les Honneurs perdus
Sujet de type bac (séries technologiques, centres étrangers) repris comme évaluation de fin de séquence. Le corpus complet compte plusieurs récits de naissance ; le document d'Etienne Buraud en reproduit deux, un récit de vie fictif présenté comme authentique et un roman.
Dans la préface de son roman, Édouard Corbière raconte sa rencontre avec un jeune marin qui s'est livré au trafic des esclaves noirs après avoir combattu contre la marine anglaise. Sur son lit de mort, celui-ci lui confie « le journal de [sa] vie de forban », que l'auteur dit avoir seulement « mis un peu en ordre ».
Texte 1 · « Le départ »Édouard Corbière1793 – 1875
Les circonstances de ma naissance semblèrent tracer ma vocation. J'ai reçu le jour en pleine mer, dans une traversée que mon père, vieil officier d'artillerie de marine, avait fait entreprendre, pour l'amener en France, à une jolie créole devenue sa femme pendant le séjour de sa frégate aux Gonaïves. Un frère vint au monde en même temps que moi, et du même coup de roulis ; car ce fut dans la violence d'une bourrasque et au moment même où la frégate recevait le choc d'une lame effroyable que ma mère accoucha de nous, après sept mois de grossesse. En arrivant à Brest, notre destination, mon père n'eut rien de plus pressé que de faire baptiser ce qu'il appelait gaîment le double péché de sa vieillesse. Il voulut nous tenir, malgré les observations du curé de Saint-Louis, sur les fonts baptismaux, enveloppés du pavillon de poupe de sa frégate ; et par un hasard, qui fut accepté alors comme le plus heureux présage, en me débattant pendant la cérémonie, je passai ma petite tête dans un trou de boulet que le pavillon qui nous servait de lange avait reçu dans un combat mémorable. Les témoins de ce prodige en conclurent que je ne pourrais faire autrement que d'être un jour une des gloires de la marine française. […]
Mon père avait voulu qu'on m'appelât comme lui, Léonard. C'était à son avis un nom sonore, qui avait quelque chose de marin et de martial.
Édouard Corbière, Le Négrier, aventures de mer (1832), début du chapitre « Le départ »
Texte 2 · Calixthe Beyala, Les Honneurs perdus (1996)
La narratrice, d'origine africaine, évoque sa naissance au Cameroun, telle qu'on la lui a racontée. L'accoucheuse refuse d'annoncer la nouvelle et vante ses trente ans de métier ; le père se met à pleurer, puis éclate d'un rire amer : il aurait préféré un fils mort à un fils « transformé en fille ». La foule des voisins crie à la malchance et au « mauvais œil ». La scène, à la fois comique et cruelle, fait de la naissance l'annonce d'un destin.
12Prolongements
Témoigner, se peindre
Marguerite Duras, La Douleur ; l'autoportrait peint
Élisabeth Vigée Le Brun, Autoportrait au chapeau de paille, huile sur toile, après 1782 (National Gallery, Londres) ✱L'une des nombreuses images d'elle-même que Vigée Le Brun a peintes : se peindre, comme s'écrire.Domaine public · Wikimedia CommonsÉlisabeth Vigée Le Brun, Autoportrait, huile sur toile, 1790 (galerie des Offices, Florence) ✱Ici, la peintre se montre au travail, pinceau à la main, devant sa toile.Domaine public · Wikimedia Commons
Fiche auteur : Marguerite Duras (1914-1996), La Douleur (1985)
L'horreur des camps de concentration a fait l'objet de très nombreuses œuvres depuis un demi-siècle. Ici, sous la forme d'un journal, Marguerite Duras raconte qu'après plus d'un an d'attente, le retour de son mari lui cause un choc effroyable, puisqu'elle ne le reconnaît pas. Ce passage est un récit émouvant sur les retrouvailles d'un couple, mais aussi un témoignage sur cette période tragique. Ce n'est pas le déporté lui-même qui parle (Robert Antelme écrira, sur cette expérience, L'Espèce humaine, en 1947), mais sa femme, qui montre la « confusion » et la surprise dans lesquelles les proches se retrouvent face à ce « déchet ».
La mémoire est ici troublée par la violence de l'événement : « je ne sais plus », « on m'a dit », « à un moment donné ». Le pathétique est évoqué de manière détournée, et l'état de Robert n'est pas décrit explicitement : les « sanglots », les décorations arrachées par la concierge, la « fatigue surnaturelle », le « tunnel » donnent une dimension presque fantastique au retour de ce mort-vivant.
Autobiographie et autoportrait
Montaigne se compare au peintre élaborant son autoportrait (« c'est moi que je peins »), et Stendhal se demande « quel œil peut se voir soi-même ? ». Le document « Autobiographie et autoportrait » du dossier place cette question en regard des autoportraits peints : ceux d'Élisabeth Vigée Le Brun (une série d'autoportraits peints entre 1778 et 1818, certains non datés) et ceux de Picasso (non reproduits ici : œuvres protégées).
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
eirôneia grec : action d'interroger en feignant l'ignorance
ironia latin : ironie
ironique, ironiser mots de la même famille
Expressions
l'ironie du sort : un hasard cruel, comme une moquerie du destin
l'ironie socratique : Socrate feint l'ignorance pour faire réfléchir
au second degré : il faut comprendre le contraire de ce qui est dit
Références culturelles
Montesquieu, De l'esprit des lois (« De l'esclavage des nègres »), 1748Montesquieu feint de justifier l'esclavage par des arguments absurdes pour mieux le condamner.
Jonathan Swift, Modeste proposition, 1729Swift propose avec un sérieux glacial de manger les enfants des pauvres pour dénoncer leur misère.
Voltaire, Candide, 1759L'ironie de Voltaire ridiculise l'optimisme de Pangloss face aux pires catastrophes.
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Voltaire fait interdire l'imprimerie par un mufti pour en défendre la liberté par antiphrase.
se peindre : se représenter soi-même, en peinture ou par écrit
« c'est moi que je peins » : formule de Montaigne dans « Au lecteur »
Références culturelles
Albrecht Dürer, Autoportrait, 1500
Élisabeth Vigée Le Brun, Autoportrait au chapeau de paille, 1782
Vincent van Gogh, Autoportrait, 1889
Montaigne, Essais, « Au lecteur », 1580
AaLes mots de la séquence
Les notions de l'écriture de soi, pour le commentaire et la dissertation
AAutobiographie
écriture de sa propre vie (« auto », soi-même ; « bio », la vie ; « graphie », écrire) : l'auteur, le narrateur et le personnage sont une seule et même personne.
PPacte autobiographique
la nature avouée du projet de l'auteur à son lecteur : à qui s'adresse le livre, sincérité, sujet.
CConfession
aveu de ses péchés devant un prêtre ; par extension, fait de reconnaître une action blâmable en la racontant, et plus généralement de se confier.
ÉÉgotisme
disposition à parler de soi, à faire des analyses détaillées de sa personnalité physique et morale.
MMémoires
récit de sa vie orienté vers l'Histoire.
JJournal
la vérité au jour le jour.
MMystification
le récit de soi sélectionne, omet, affirme : il construit une image de soi (Sartre).
ÉÉcriture fragmentaire
écriture par fragments, sans développement ni ordre, qui mime le fonctionnement de la mémoire (Perec, Je me souviens).
TTemps du souvenir / présent de l'écriture
les deux « temps » du récit autobiographique : l'homme d'hier et l'écrivain d'aujourd'hui qui le regarde.
RRegistre lyrique, registre ironique
le lyrisme et la nostalgie disent un temps révolu et regretté ; l'ironie et la satire permettent de se détacher d'un passé où l'on ne se reconnaît plus.
ÉÉpiphore
répétition d'un mot ou d'un groupe à la fin de groupes successifs (« quand je l'ai été… quand je l'ai été ») ; l'anaphore répète au début.
NNévrose
affection psychique perturbant peu la personnalité et la vie sociale, et dont le sujet est conscient.
PPsychanalyse
méthode d'investigation psychologique, fondée par Freud, visant à élucider la signification inconsciente des conduites.
✱
BBiographie
récit de la vie d'une personne écrit par une autre (Lacouture sur Malraux, Cohen-Solal sur Sartre).
AAutoportrait
portrait d'un artiste par lui-même ; par extension, portrait qu'un écrivain fait de lui-même.
TTémoignage
récit d'un événement vécu, fait pour en transmettre la mémoire aux autres (Primo Levi, Duras).
Sources : dossier « Le biographique » (classes de Première) : présentation, textes de Rousseau (préambule des Confessions et son questionnaire, « Autobiographie et ironie »), Chateaubriand, Malraux et Lacouture, Sartre (texte et pistes de commentaire), Yourcenar, Stendhal (texte, notes et plan), Leiris (texte, éléments et fin du commentaire), sujet de bac blanc (Montaigne, Rousseau, Leiris), évaluations de fin de séquence (Corbière et Beyala ; Rousseau, Rétif, Leiris) et leurs corrigés, correction et introduction de la dissertation, Je me souviens (cours et plan d'étude), « Autobiographie et lyrisme » (Cohen, Saint-John Perse), « Autobiographie et autoportrait », plan d'exposé « Enfance et autobiographie » ; chapitre « L'autobiographie » : présentation, problématiques « Peut-on s'écrire ? », « Le pacte autobiographique », « Pourquoi s'écrire ? », exercices, sujet de bac, fiche auteur Duras ; méthode « Commenter un texte autobiographique ». Textes de Montaigne, Rousseau, Rétif de la Bretonne, Chateaubriand, Stendhal et Corbière du domaine public, d'après les documents d'Etienne Buraud ; les textes de Sartre, Leiris, Yourcenar, Perec, Duras, Cohen, Saint-John Perse, Malraux, Lacouture, Cohen-Solal, Primo Levi, Cavanna, Beyala et Peter Brook sont protégés : ils sont résumés et distribués en classe. Les compléments rédigés pour ce manuel (questions sur les étapes 1 à 4, atelier sur l'autoportrait, mémento complémentaire) sont signalés « Ajout pédagogique ».
13IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Biographie ou autobiographie : traquer les erreurs
En classe25 min
Objectif. Comprendre ce qui distingue un récit de soi d'une biographie, en vérifiant une biographie de Rousseau écrite par l'IA.
Relis l'« À retenir : définition » (auteur, narrateur, personnage).
Le professeur demande à l'IA une biographie courte de Rousseau.
La classe compare avec les circonstances de la rédaction des Confessions données par le manuel et avec le préambule.
Discutez : qu'est-ce que la biographie ne peut pas dire, que le préambule des Confessions dit ?
À écrire à l'IA
Écris une biographie de dix lignes de Jean-Jacques Rousseau, en insistant sur les années où il rédige Les Confessions. Donne des dates précises. Si tu n'es pas certain d'une date, écris « à vérifier ».
Garde ton esprit critique. Vérifiez chaque date avec le manuel : l'IA mélange souvent les dates de rédaction et de publication (les Confessions sont posthumes).
2
Mon pacte autobiographique
À la maison30 min
Objectif. Écrire un court pacte autobiographique à la manière de Montaigne ou de Rousseau, sans révéler d'informations privées.
Relis « Au lecteur » de Montaigne et le préambule des Confessions.
Écris ton propre pacte en dix lignes : à qui tu t'adresses, ce que tu promets, ce que tu refuses de dire.
Retire de ton texte tout nom, lieu ou détail qui permettrait de te reconnaître avant de le coller dans l'IA.
Demande à l'IA de repérer les éléments du pacte présents, puis garde ou refuse ses remarques.
À écrire à l'IA
Voici un court pacte autobiographique que j'ai écrit sur le modèle de Montaigne (« Au lecteur ») et de Rousseau (préambule des Confessions) : [colle ton texte sans nom ni lieu réel]. Quels éléments du pacte y trouves-tu (destinataire, promesse de sincérité, but de l'écriture) ? Qu'est-ce qui manque ? Ne réécris pas mon texte.
Garde ton esprit critique. Ne colle jamais d'informations personnelles dans une IA. Vérifie que ses remarques s'appuient bien sur ce que tu as écrit, et pas sur un modèle général.
3
« Quel œil peut se voir soi-même ? »
En classe ou à la maison25 min
Objectif. Débattre de la possibilité de s'écrire avec Stendhal (Vie de Henry Brulard) et Chateaubriand.
Relis le début de Vie de Henry Brulard et l'« À retenir » de l'étape 2.
Demande à l'IA de défendre la thèse ci-dessous.
Réponds avec Stendhal (le regard subjectif) et Chateaubriand (les détails de sa naissance tenus des autres).
Écris ta propre réponse à la question « Peut-on s'écrire ? » en cinq lignes.
À écrire à l'IA
Défends en huit lignes la thèse suivante : « Une autobiographie dit toujours la vérité, puisque l'auteur parle de lui-même. » Ensuite, attends ma réponse, appuyée sur Stendhal (Vie de Henry Brulard) et Chateaubriand (Mémoires d'outre-tombe), et dis-moi si tu changes d'avis.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA n'attribue pas à Stendhal ou à Chateaubriand des phrases qu'ils n'ont pas écrites. Seules les citations du manuel sont sûres.
4
Trois pactes en question de corpus
À la maison35 min
Objectif. S'entraîner à la question de corpus de l'étape 9 : comparer les pactes de Rousseau, Rétif et Leiris.
Relis les textes de Rousseau (le ruban volé) et de Rétif (Monsieur Nicolas) ; pour Leiris, utilise le texte distribué en classe.
Rédige ta réponse en paragraphes comparatifs.
Demande à l'IA de l'évaluer.
Corrige un paragraphe en tenant compte des remarques justes.
À écrire à l'IA
Voici ma réponse à la question de corpus : « Comparez les pactes autobiographiques de ces trois textes » (Rousseau, Les Confessions, livre II ; Rétif de la Bretonne, Monsieur Nicolas ; Michel Leiris, L'Âge d'homme) : [colle ta réponse]. Dis si mes paragraphes comparent vraiment les textes entre eux et si mes exemples sont précis. Ne rédige pas de corrigé.
Garde ton esprit critique. Le texte de Leiris est protégé : ne le colle pas et méfie-toi de ce que l'IA en dit. Compare avec le corrigé du manuel avant de modifier ta copie.