Diplomate et écrivain français du XVIIe siècle, Guilleragues a été ambassadeur à Constantinople. On lui attribue aujourd'hui les Lettres portugaises (1669), étudiées sur le site : cinq lettres d'amour passionnées écrites par une religieuse portugaise abandonnée par un officier français. Longtemps, on a cru que ces lettres avaient vraiment été écrites par une religieuse.
Choderlos de Laclos1741 – 1803
Choderlos de Laclos1741 – 1803
Officier et écrivain français du XVIIIe siècle, Choderlos de Laclos est connu pour un seul roman, Les Liaisons dangereuses (1782), étudié sur le site. C'est un roman épistolaire, c'est-à-dire écrit sous forme de lettres, dans lequel deux aristocrates, Valmont et Mme de Merteuil, manipulent les autres par jeu. Le livre a fait scandale.
Femme de lettres française du XVIIIe siècle, Julie de Lespinasse tenait à Paris un salon célèbre, fréquenté par les philosophes des Lumières, notamment d'Alembert. Elle est surtout connue pour ses lettres d'amour passionnées, adressées au comte de Guibert et publiées après sa mort. Les extraits étudiés sur le site viennent de sa correspondance.
Le roman épistolaire : Les Liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos, 1782
Cette séquence de Première fait lire en œuvre intégrale Les Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, roman composé de cent soixante-quinze lettres et paru en 1782. Une question sert de fil rouge : qui écrit dans Les Liaisons dangereuses ? Sans narrateur, le roman donne la parole à plusieurs épistoliers, chacun avec sa voix et son style : l’ingénue Cécile, la vertueuse Présidente de Tourvel, la vieille Madame de Rosemonde, et surtout les deux libertins, la marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont. Lire le roman, c’est apprendre à recouper ces lettres, à mesurer ce que chaque personnage sait ou ignore, et à reconnaître dans le style le portrait de celui qui écrit.
La séquence a été conduite en 1re L en 2004-2005 et en 2005-2006, dans le cadre de l’objet d’étude « L’épistolaire », puis reprise au Microlycée 93 en 2011-2012 (lettres I, LXXXI et CXXIV). Elle s’achève par une évaluation de fin de séquence sur les lettres CXXIV à CXXVIII et se prolonge par l’étude de l’adaptation de Stephen Frears, travaillée en Terminale L en 2008-2009.
Fiche enseignant
Intitulé
Le roman épistolaire : Les Liaisons dangereuses
Objet d’étude
L’épistolaire (classe de 1re L)
Œuvre intégrale
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), en lecture cursive
Prolongements
Fragonard, Le Verrou ; le film de Stephen Frears ; un corpus de lettres d’amour
Exercices du bac
Question de corpus, commentaire, dissertation, écriture d’invention
Fil rouge
Qui écrit dans Les Liaisons dangereuses ?
Le parcours
Le parcours ci-dessous est reconstitué à partir des documents de la séquence (1re L, 2004-2006 ; Microlycée 93, 2011-2012 ; Terminale L, 2008-2009). L’ordre des séances suit celui du roman.
N°
Dominante
Support
Notions
1
Entrer dans le roman : qui écrit ?
Les préfaces ; résumé des quatre parties ; contrôle de lecture
Pacte épistolaire, polyphonie, types de lettres
2
Texte 1 · L’ouverture du roman
Lettre I, Cécile Volanges à Sophie Carnay
Paroles rapportées, double destination
3
Le style de Cécile
Lettres I, XVIII et CLVI
Fonctions du langage, styles coupé, lié, périodique, affectif
4
Texte 2 · La libertine se raconte
Lettre LXXXI, Merteuil à Valmont
Masques, volonté de puissance
5
Texte 3 · Une déclaration de guerre
Lettre CLII, Merteuil à Valmont
Ironie, antiphrase, rhétorique, pointe
6
Les victimes : Tourvel et Rosemonde
Lettre CXXIV ; fiche sur Mme de Rosemonde
Le personnage-témoin, le dépositaire
7
Histoire des arts
Fragonard, Le Verrou
Lire un tableau libertin
8
Du roman à l’écran
Le film de Stephen Frears
Voix off, montage alterné, point de vue
9
Évaluation de fin de séquence
Lettres CXXIV, CXXV, CXXVI et CXXVIII
Question de corpus, trois sujets
10
Prolongement : la lettre d’amour
Guilleragues, Lespinasse, Laclos, Apollinaire
Dissertation corrigée
Les textes de la séquence
Lettre
Épistolier et destinataire
TEXTE 1
Lettre I
Cécile Volanges à Sophie Carnay, 3 août
TEXTE 2
Lettre LXXXI
La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont (extrait)
TEXTE 3
Lettre CLII
La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont, 4 décembre
TEXTE 4
Lettre CXXIV
La Présidente de Tourvel à Madame de Rosemonde (extrait)
ÉVALUATION
Lettres CXXIV à CXXVIII
Tourvel, Valmont, Rosemonde : une semaine de lettres
COMPLÉMENTS
Lettres XVIII, XXVIII, CLVI
Cécile à Sophie, Danceny à Cécile, Cécile à Danceny
2Séance 1 · Entrer dans le roman
Qui écrit dans Les Liaisons dangereuses ?
Le pacte épistolaire et la lecture cursive de l’œuvre
Ce livre, s’il brûle, ne peut brûler qu’à la manière de la glace.
Charles Baudelaire, projet d’étude sur Les Liaisons dangereuses
Le roman se lit d’abord en entier, en lecture cursive. La première séance installe le dispositif : un roman sans narrateur, où l’histoire naît de l’échange des lettres. Le lecteur doit recomposer l’ordre de la narration grâce aux recoupements qu’il opère d’une lettre à l’autre. L’œuvre est composée de quatre parties à peu près égales, qui fonctionnent chacune comme un acte de tragédie classique.
Le roman en quatre parties
Partie
Lettres
Ce qui se passe
Première
I à L
Pour se venger de Gercourt, qui l’a quittée, Mme de Merteuil veut faire déshonorer avant son mariage la jeune Cécile de Volanges qu’il doit épouser. Valmont refuse : il préfère séduire la vertueuse Présidente de Tourvel. La marquise pousse Cécile vers son maître de musique, Danceny, et promet de se donner à Valmont s’il lui apporte la preuve écrite de la chute de Mme de Tourvel. Celle-ci résiste et obtient qu’il rentre à Paris.
Deuxième
LI à LXXXVII
Mme de Merteuil révèle l’intrigue à Mme de Volanges, qui emmène Cécile chez Mme de Rosemonde ; Valmont les suit et devient l’intermédiaire des deux amoureux. Irritée des conseils de prudence de Valmont, la marquise déshonore le libertin Prévan, qui avait parié de la séduire.
Troisième
LXXXVIII à CXXIV
Valmont obtient la clef de la chambre de Cécile et la séduit. Mme de Tourvel, près de succomber, s’enfuit ; Valmont la fait épier par son chasseur Azolan, joue le pieux personnage et sollicite une entrevue par l’intermédiaire de son confesseur. La marquise, lassée de Belleroche, choisit Danceny.
Quatrième
CXXV à CLXXV
Valmont annonce la chute de Mme de Tourvel. Défié par la marquise, il rompt avec la Présidente par une lettre qu’elle lui a inspirée. Valmont et Merteuil se déclarent la guerre : Danceny tue Valmont en duel, Mme de Tourvel meurt, Cécile entre au couvent. Démasquée, huée au théâtre, défigurée par la petite vérole, la marquise s’exile en Hollande.
Les jeux de points de vue
Le roman épistolaire est un roman du point de vue : en l’absence de narrateur, le lecteur a sous les yeux un véritable kaléidoscope. Mais il dispose de l’ensemble des lettres, ce qui lui donne une position privilégiée sur les personnages : il mesure leurs erreurs de jugement, découvre leur duplicité et savoure l’ironie de certains épisodes.
Comment ils se manifestent
Exemples
Un même épisode est raconté par le même personnage à des destinataires différents.
Lettres CXXXVII et CXXXVIII
Un même épisode est raconté par plusieurs personnages à des destinataires différents.
Lettres XXI et XXII
Un même destinataire reçoit plusieurs récits d’un même épisode.
Lettres XCVI et XCVII
Un personnage envoie la même lettre à des destinataires différents.
Lettre XLVIII (voir XLVII)
Ces jeux produisent l’ironie, l’ambiguïté et l’incertitude ; ils révèlent les mobiles du libertin et placent le lecteur au-dessus des personnages. Reste une question : servent-ils vraiment l’intention morale affichée par le rédacteur dans sa préface ?
Lettre I, Cécile Volanges à Sophie Carnay, 3 août 17**
La première lettre indique la situation du personnage : un mariage se prépare. Elle pose les bases de l’intrigue, que la lettre II complétera : Mme de Merteuil y expose à Valmont son projet machiavélique. Cécile, sortie du couvent, écrit à Sophie, son amie restée aux Ursulines.
Texte 1 · « Conviens que nous voilà bien savantes ! »Choderlos de Laclos1741 – 1803
[Cécile écrit à Sophie qu’elle tient parole : « les bonnets et les pompons » ne prennent pas tout son temps. Elle décrit sa nouvelle vie : une femme de chambre, une chambre et un secrétaire dont elle a la clef, sa harpe, son dessin et ses livres « comme au Couvent ».]
Il n’est pas encore cinq heures ; je ne dois aller retrouver Maman qu’à sept : voilà bien du temps, si j’avais quelque chose à te dire ! Mais on ne m’a encore parlé de rien ; et sans les apprêts que je vois faire, et la quantité d’Ouvrières qui viennent toutes pour moi, je croirais qu’on ne songe pas à me marier, et que c’est un radotage de plus de la bonne Joséphine.
Il vient d’arrêter un carrosse à la porte, et Maman me fait dire de passer chez elle tout de suite. Si c’était le Monsieur ? Je ne suis pas habillée, la main me tremble et le cœur me bat. J’ai demandé à la Femme de chambre, si elle savait qui était chez ma mère : « Vraiment, m’a-t-elle dit, c’est M. C**. » Et elle riait. Oh ! je crois que c’est lui. Je reviendrai sûrement te raconter ce qui se sera passé. Voilà toujours son nom. Il ne faut pas se faire attendre. Adieu, jusqu’à un petit moment.
[Chez sa mère, Cécile trouve « un Monsieur en noir » qui se met à ses genoux ; elle se lève en jetant un cri perçant.]
Maman est partie d’un éclat de rire, en me disant : « Eh bien ! qu’avez-vous ? Asseyez-vous et donnez votre pied à Monsieur. » En effet, ma chère amie, le Monsieur était un Cordonnier. Je ne peux te rendre combien j’ai été honteuse : par bonheur il n’y avait que Maman. Je crois que, quand je serai mariée, je ne me servirai plus de ce Cordonnier-là. Conviens que nous voilà bien savantes ! Adieu. Il est près de six heures, et ma Femme de chambre dit qu’il faut que je m’habille. Adieu, ma chère Sophie ; je t’aime comme si j’étais encore au Couvent.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre I, extraits · Lire l'œuvre
Jean-Honoré Fragonard, La Lettre d'amour, huile sur toile, début des années 1770, Metropolitan Museum of Art ✱Une jeune fille à son secrétaire, une lettre à la main : comme Cécile, qui écrit à son amie Sophie.Domaine public · Wikimedia Commons
Joséphine : « tourière du Couvent » (note de l’auteur). M. C** : le nom du visiteur n’est donné que par une initiale, comme dans une correspondance authentique.
« Le style, c’est l’homme » : lettres I, XVIII et CLVI
« Ce qui m’embarrasse, c’est que je ne saurai pas bien faire ma Lettre : mais il sentira bien que ce n’est pas ma faute », écrit Cécile à Sophie avant de répondre pour la première fois à Danceny (lettre XVIII). La séance part de cet aveu pour poser une question : qu’est-ce que le style, et que nous apprend-il d’un personnage ?
Qu’est-ce que le style ?
Le mot vient du latin stilus, le poinçon qui servait à écrire. Le style désigne la manière d’écrire propre à un écrivain, à un genre, à une époque : la mise en œuvre des moyens d’expression à des fins littéraires, par opposition à la grammaire, qui définit le sens des formes et leur correction. Pendant des siècles, la rhétorique a imposé la théorie des trois styles (simple ou bas, tempéré ou moyen, élevé ou sublime), chacun lié à un genre, à des personnages et à des situations. Quand le romantisme pose que langage et pensée ne font qu’un, le style devient l’expression d’une personnalité unique : « Le style, c’est l’homme ».
Le style au cœur du pacte épistolaire
Laclos prend soin, dans les textes qui précèdent les lettres, de présenter le roman comme une correspondance authentique, et d’en justifier les maladresses.
Il était autant contre la vraisemblance que contre la vérité, que de huit à dix personnes qui ont concouru à cette correspondance, toutes eussent écrit avec la même pureté. […] Une qualité qui tient de même à la nature de l’ouvrage, c’est la variété des styles.
Laclos, Les Liaisons dangereuses, Préface du rédacteur
D’un autre côté, les personnes d’un goût délicat seront dégoûtées par le style trop simple et trop fautif de plusieurs de ces lettres, tandis que le commun des lecteurs, séduit par l’idée que tout ce qui est imprimé est le fruit d’un travail, croira voir dans quelques autres la manière peinée d’un auteur qui se montre derrière le personnage qu’il fait parler.
Laclos, Les Liaisons dangereuses, Préface du rédacteur
L’Avertissement de l’éditeur [attribution à vérifier] joue le jeu inverse : il doute de l’authenticité de l’ouvrage, car « nous ne voyons pas aujourd’hui de demoiselles avec 60 000 livres de rente se faire religieuse, ni de présidente, jeune et jolie, mourir de chagrin ».
« Figure-toi qu’il est venu hier comme à l’ordinaire »Choderlos de Laclos1741 – 1803
Quoi ! Sophie, tu blâmes d’avance ce que je vas faire ! J’avais déjà bien assez d’inquiétudes ; voilà que tu les augmentes encore.
[…]
Figure-toi qu’il est venu hier comme à l’ordinaire. J’étais si troublée que je n’osais le regarder. Il ne pouvait pas me parler, parce que Maman était là. Je me doutais bien qu’il serait fâché, quand il verrait que je ne lui avais pas écrit. Je ne savais quelle contenance faire. Un instant après il me demanda si je voulais qu’il allât chercher ma harpe. Le cœur me battait si fort, que ce fut tout ce que je pus faire que de répondre qu’oui. Quand il revint, c’était bien pis. Je ne le regardai qu’un petit moment. Il ne me regardait pas, lui ; mais il avait un air qu’on aurait dit qu’il était malade. Ça me faisait bien de la peine. Il se mit à accorder ma harpe, et après, en me l’apportant, il me dit : « Ah ! Mademoiselle ! » Il ne me dit que ces deux mots-là ; mais c’était d’un ton que j’en fus toute bouleversée.
[…]
Ce qui m’embarrasse, c’est que je ne saurai pas bien faire ma Lettre : mais il sentira bien que ce n’est pas ma faute ; et puis je suis sûre que rien que de ce qu’elle sera de moi, elle lui fera toujours plaisir.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre XVIII, Cécile Volanges à Sophie Carnay, 20 août, extraits · Lire l'œuvre
Marguerite Gérard, Valmont dictant une lettre à Cécile pour Danceny, illustration de la lettre CXV des Liaisons dangereuses, édition de 1796 ✱Cécile écrit sous l'influence des autres : ici, Valmont lui dicte une lettre pour Danceny.Domaine public · Wikimedia Commons« Mon Dieu, pourquoi donc le cœur me bat-il si fort ? »
Comment se fait-il, mon cher ami, que je cesse de vous voir, quand je ne cesse pas de le désirer ? n’en avez-vous plus autant d’envie que moi ? Ah ! c’est bien à présent que je suis triste ! plus triste que quand nous étions séparés tout à fait. Le chagrin que j’éprouvais par les autres, c’est à présent de vous qu’il me vient, et cela fait bien plus de mal.
[Cécile a gagné le portier à sa cause et explique à Danceny comment la rejoindre, la nuit, dans sa chambre.]
Mon Dieu, pourquoi donc le cœur me bat-il si fort en vous écrivant ? Est-ce qu’il doit m’arriver quelque malheur ou si c’est l’espérance de vous voir qui me trouble comme ça ? Ce que je sens bien, c’est que je ne vous ai jamais tant aimé, et que jamais je n’ai tant désiré de vous le dire.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre CLVI, Cécile Volanges au chevalier Danceny, 4 décembre, extraits · Lire l'œuvre
Vous écrivez toujours comme un enfant. Je vois bien d’où cela vient ; c’est que vous dites tout ce que vous pensez, et rien de ce que vous ne pensez pas.
La marquise de Merteuil à Cécile, lettre CV. Valmont, lui, parle du « petit radotage » de Cécile (lettre CXV).
Lettre LXXXI, la marquise de Merteuil au vicomte de Valmont
Au cœur de la deuxième partie, la marquise de Merteuil répond aux conseils de prudence de Valmont, qui la met en garde contre Prévan. Pour lui prouver qu’elle n’a rien à craindre, elle lui raconte comment elle s’est formée elle-même. Elle se flatte de déployer « sur le grand théâtre les talents » qu’elle s’est donnés, et peut affirmer : « je suis moi-même mon ouvrage » [citation à vérifier].
Texte 2 · « Je n’avais à moi que ma pensée »Choderlos de Laclos1741 – 1803
Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j’étais vouée par état au silence et à l’inaction, j’ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu’on s’empressait à me tenir, je recueillais avec soin ceux qu’on cherchait à me cacher.
Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler : forcée souvent de cacher les objets de mon attention aux yeux de ceux qui m’entouraient, j’essayai de guider les miens à mon gré ; j’obtins dès lors de prendre à volonté ce regard distrait que vous avez loué si souvent.
[Encouragée par ce premier succès, la jeune fille apprend à régler les mouvements de son visage : à montrer la sérénité ou la joie quand elle a du chagrin.]
J’étais bien jeune encore, et presque sans intérêt : mais je n’avais à moi que ma pensée, et je m’indignais qu’on pût me la ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières armes, j’en essayai l’usage : non contente de ne plus me laisser pénétrer, je m’amusais à me montrer sous des formes différentes ; sûre de mes gestes, j’observais mes discours ; je réglai les uns et les autres, suivant les circonstances, ou même seulement suivant mes fantaisies : dès ce moment, ma façon de penser fut pour moi seule, et je ne montrai plus que celle qu’il m’était utile de laisser voir.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre LXXXI, extrait · Lire l'œuvre
Combattant sans risque, vous devez agir sans précaution. Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins. Dans cette partie si inégale, notre fortune est de ne pas perdre, et votre malheur de ne pas gagner.
La marquise de Merteuil au vicomte de Valmont, même lettre
Lettre CLII, la marquise de Merteuil au vicomte de Valmont, 4 décembre 17**
Quatrième partie. Valmont a trouvé Danceny chez la marquise et lui a envoyé une lettre de reproches, presque un ultimatum. Mme de Merteuil répond. La relation entre les deux libertins est désormais très tendue : le ton monte d’une lettre à l’autre, jusqu’à la rupture.
Texte 3 · « En vérité, je suis trop bonne »Choderlos de Laclos1741 – 1803
Prenez donc garde, Vicomte, et ménagez davantage mon extrême timidité ! Comment voulez-vous que je supporte l’idée accablante d’encourir votre indignation, et surtout que je ne succombe pas à la crainte de votre vengeance ? d’autant que, comme vous savez, si vous me faisiez une noirceur, il me serait impossible de vous la rendre. J’aurais beau parler, votre existence n’en serait ni moins brillante ni moins paisible. Au fait, qu’auriez-vous à redouter ? d’être obligé de partir, si on vous en laissait le temps. Mais ne vit-on pas chez l’Étranger comme ici ? et à tout prendre, pourvu que la Cour de France vous laissât tranquille à celle où vous vous fixeriez, ce ne serait pour vous que changer le lieu de vos triomphes. Après avoir tenté de vous rendre votre sang-froid par ces considérations morales, revenons à nos affaires.
[La marquise explique pourquoi elle ne s’est jamais remariée : pour que personne n’ait le droit de trouver à redire à ses actions. Elle raille la lettre « maritale » de Valmont.]
Ou vous avez un rival, ou vous n’en avez pas. Si vous en avez un, il faut plaire pour lui être préféré ; si vous n’en avez pas, il faut encore plaire pour éviter d’en avoir. Dans tous les cas, c’est la même conduite à tenir : ainsi, pourquoi vous tourmenter ? pourquoi, surtout, me tourmenter moi-même ?
[Elle refuse de se justifier, regrette « le Valmont que j’aimais » et rappelle au vicomte ses propres principes : « une femme n’en vaut-elle pas une autre ? »]
Adieu, Vicomte ; redevenez donc aimable. Tenez, je ne demande pas mieux que de vous trouver charmant ; et dès que j’en serai sûre, je m’engage à vous le prouver. En vérité, je suis trop bonne.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre CLII, extraits · Lire l'œuvre
Le plan du commentaire
I. Une lettre virulente
Une liberté formelle, un exutoire. La structure de la lettre est relativement libre, à l’image de la liberté revendiquée par l’épistolière ; la colère peut aussi expliquer cette apparente liberté.
L’affirmation d’une liberté : le plaidoyer d’une libertine. Elle explique à Valmont pourquoi elle ne s’est jamais remariée. Mais il le savait déjà : c’est une fausse information, et une première manière de l’humilier.
Les modes d’interpellation directs : la réponse d’une femme piquée au vif. Apostrophes et interjections montrent la tension entre les deux épistoliers. Le style devient une arme, pour se défendre et surtout pour attaquer : la marquise donne au vicomte une véritable leçon de style.
II. Une déclaration de guerre : un ton incisif
L’ironie. C’est l’arme maîtresse : tout le premier paragraphe est construit sur des antiphrases. Ironie encore lorsqu’elle lui demande de retrouver l’ancien Valmont qu’elle aimait tant.
L’autorité : attaques directes et ordres. Phrases affirmatives et injonctives la placent en position supérieure. Certains ordres sont des reproches déguisés (« redevenez donc aimable »), d’autres des attaques frontales.
La menace. Dès le début, elle menace le vicomte d’être banni en dévoilant un secret que le lecteur ignore. Chacun est à la merci des secrets de l’autre : c’est ce que confirmera la fin du roman.
III. Une démonstration rhétorique
La logique implacable du raisonnement. À partir du troisième paragraphe, la marquise « raisonne » pour Valmont : des alternatives logiques qui aboutissent toutes à la même conclusion, pesées avec la froideur d’une logicienne.
Un style varié, vif et cinglant. Phrases longues et brèves, ordres et questions rhétoriques, interjections et affirmations : elle sort tout son arsenal.
La chute. Sans formule de politesse, c’est une pointe, formule brève qui attaque : « En vérité, je suis trop bonne ». Sa force tient au non-dit : il ne tient qu’à elle de mettre ses menaces à exécution.
En novembre 2005, la classe a écouté des lectures enregistrées de quatre lettres du roman : I, XXII, CXXV et CLII.
Lettre CXXIV, la Présidente de Tourvel à Madame de Rosemonde ; la fiche « Rosemonde »
Fin de la troisième partie. Mme de Tourvel apprend par le Père Anselme, son confesseur, que Valmont s’est converti : il ne veut plus que réparer les erreurs de sa jeunesse et demande une entrevue pour lui rendre ses lettres. Le lecteur, lui, sait qu’il s’agit d’un piège. La Présidente a accepté de le recevoir « jeudi prochain » ; elle écrit à Mme de Rosemonde, la tante de Valmont, devenue sa confidente.
Texte 4 · « Je le verrai s’éloigner… s’éloigner pour jamais »Choderlos de Laclos1741 – 1803
C’est à moi de porter la peine de mon audacieuse imprudence ; ne devais-je pas sentir que, puisqu’il m’était défendu de l’aimer, je ne devais pas me permettre de le voir ?
Ma faute ou mon malheur est de m’être refusée trop longtemps à cette vérité. Vous m’êtes témoin, ma chère et digne amie, que je me suis soumise à ce sacrifice, aussitôt que j’en ai reconnu la nécessité : mais, pour qu’il fût entier, il y manquait que M. de Valmont ne le partageât point. Vous avouerai-je que cette idée est à présent ce qui me tourmente le plus ? Insupportable orgueil, qui adoucit les maux que nous éprouvons par ceux que nous faisons souffrir ! Ah ! je vaincrai ce cœur rebelle, je l’accoutumerai aux humiliations.
C’est surtout pour y parvenir que j’ai enfin consenti à recevoir Jeudi prochain la pénible visite de M. de Valmont. Là, je l’entendrai me dire lui-même que je ne lui suis plus rien, que l’impression faible et passagère que j’avais faite sur lui est entièrement effacée ! Je verrai ses regards se porter sur moi, sans émotion, tandis que la crainte de déceler la mienne me fera baisser les yeux. Ces mêmes Lettres qu’il refusa si longtemps à mes demandes réitérées, je les recevrai de son indifférence ; il me les remettra comme des objets inutiles, et qui ne l’intéressent plus ; et mes mains tremblantes, en recevant ce dépôt honteux, sentiront qu’il leur est remis d’une main ferme et tranquille ! Enfin, je le verrai s’éloigner... s’éloigner pour jamais, et mes regards, qui le suivront ne verront pas les siens se retourner sur moi !
[La Présidente se résout à garder ses propres lettres pour les relire chaque jour et à brûler celles de Valmont. Elle maudit l’amour, « passion funeste, qui ne laisse de choix qu’entre la honte et le malheur ».]
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre CXXIV, extrait · Lire l'œuvre
Écartelée entre son amour et son devoir, la Présidente se pose en héroïne tragique, avec un vocabulaire racinien (faute, malheur, orgueil, humiliations, passion funeste). Baudelaire voyait en elle une « Ève touchante », une « femme naturelle », qu’il opposait à « l’Ève satanique » qu’est la marquise de Merteuil.
Madame de Rosemonde, un faux personnage secondaire
C’est la « vieille tante », qui cumule les qualités morales et philosophiques de son âge et adopte un style proverbial. Son château est le lieu du piège : Mme de Tourvel y séjourne pendant que son mari est en Bourgogne, et tout s’y trame à son insu. Elle n’intervient que dans le dernier tiers du livre, avec trois groupes de destinataires : Mme de Tourvel (lettres CII à CXLIII), Mme de Volanges (CXLVII à CLX), puis tout le monde (CLXIII à CLXXV).
Ce que fait Rosemonde
Dans le texte
Une « vieille tante », amie et philosophe
L’amie, la mère, le médecin et la conseillère de Mme de Tourvel ; une tante aveugle sur son neveu ; un regard expérimenté sur la société, au style sentencieux.
« Mon neveu, que j’avoue aimer peut-être avec faiblesse » ; « Puisque vous me choisissez pour votre Médecin »
Une pièce centrale du dispositif épistolaire
Les douleurs de l’âge rendent l’écriture difficile : lettres courtes, dictées, tardives. C’est elle qui garde le dépôt des lettres : la clef de voûte du pacte épistolaire.
« ma vue débile et ma main tremblante ne me permettent pas de longues lettres » (CIII) ; lettre CXII « dictée seulement »
Une fonction narrative conclusive
Elle reçoit le récit de la mort de Valmont (CLXIII) et le devenir des personnages : Cécile au couvent, Danceny à Malte, la déchéance de la marquise.
« Je dois venger à la fois sa mort, l’humanité et la religion »
Dans le film, le personnage est réduit à un lieu ; la fin du roman disparaît, ce qui appauvrit tout l’enjeu épistolaire, et Rosemonde n’est plus qu’une vieille dame permissive, femme de prière et joueuse de cartes.
Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, vers 1777, Paris, musée du Louvre
Le tableau, contemporain des Liaisons dangereuses, était projeté en classe avec deux détails (les drapés, les visages) ; il accompagnait l’évaluation de fin de séquence. Huile sur toile de 0,74 m sur 0,94 m, il a été acquis par le Louvre en 1974. Fragonard l’aurait peint en pendant à une Adoration des bergers : « par un contraste bizarre », un tableau « libre et plein de passion » (Lenoir, 1816). L’amour sacré s’oppose ainsi à l’amour profane.
Ce que montre l’analyse
Le film d’Alain Jaubert consacré au tableau (collection « Palettes ») guide la correction. Il s’ouvre sur une reconstitution de la chambre : un lit à baldaquin, un vase, une pomme, une chaise ; un travelling avance vers la porte qui s’ouvre, puis la caméra revient à la porte, désormais fermée, sur fond de rires, de froissements d’étoffes et de « non, non » murmurés. L’analyse porte ensuite sur l’histoire du tableau et les doutes sur son attribution, sur la composition (une diagonale de lumière, des torsions ascendantes contre des lignes géométriques strictes), sur une palette très réduite (noir, blanc, jaune, vermillon, ocre, vert) et sur les symboles : la pomme du péché originel, le vase. La conclusion relève l’omniprésence du lit chez Fragonard, « théâtre de tous les théâtres », peut-être le vrai personnage de la scène.
Le récit reconstitué est celui d’une scène ambiguë : un jeune homme a entraîné une jeune femme vers le lit ; elle se ressaisit et s’élance vers la porte, mais il la rattrape. Le lit est grand ouvert derrière elle : « Elle va céder… Elle a déjà cédé. »
L’adaptation de Stephen Frears : une œuvre à côté d’une œuvre
Le cinéma a besoin d’histoires. Mais adapter, ce n’est pas illustrer : le film reconstitue l’histoire avec ses propres outils (cadrage, montage, corps, espaces, objets, sons, musique, mouvement), et il est difficile d’établir une équivalence entre les mots écrits du roman et les images en mouvement. Un long métrage ne peut contenir, en deux heures, autant d’éléments qu’un roman de trois cents pages : il faut couper, condenser, choisir. Or choisir, c’est affirmer un point de vue, c’est-à-dire une lecture personnelle de l’œuvre. L’adaptation est une rencontre entre deux auteurs.
I. Raconter et montrer
En littérature, la narration prime et les mots sont rois ; au cinéma, il s’agit de montrer et de faire entendre. Le récit épistolaire complexe devient un récit porté par les corps, les mimiques et la gestuelle, dans un décor.
Existe-t-il un narrateur au cinéma ? Face à la polyphonie des Liaisons, le premier réflexe est la voix off : ce qu’on ne peut montrer, elle s’en charge, survivance d’un procédé littéraire. Extrait 1, une lettre de Valmont à Merteuil : voix off, valeur illustrative de l’image, montage alterné, jeu de l’acteur qui réagit, musique.
Le scénario comme continuité dialoguée. Dans le livre, tout est dans la distance entre les êtres ; dans le film, cette distance est abolie et devient rencontre, dialogue, conflit. Il faut donc inventer des lieux et des scènes, qui sont autant d’ajouts à la fiction.
De la narration au point de vue. Premier sens : le point de vue de la caméra, l’endroit d’où l’on regarde et d’où l’on écoute, ce que l’on voit et ce que l’on ne voit pas. La juxtaposition (de corps, d’espaces, de gestes, de sons) est le principe narratif premier du cinéma. Second sens : une interprétation du livre, qui passe par le choix d’un acteur, d’une couleur de robe, d’un timbre de voix, d’une lumière, d’un cadrage, d’un montage. Frears est d’abord un lecteur (extrait 2 : l’ouverture).
II. Temps, espace et son
Le temps. Le cinéma a le sens de l’ellipse et de la dilatation : raccourci qui accélère les événements (extrait 3, la confession de Cécile à Merteuil, lettres XCVII à XCIX), étirement du temps (la mort de Valmont).
L’espace. Tel paysage renvoie à tel sentiment, tel décor induit telle sensation ; l’échelle du corps dans le cadre et l’axe de la caméra produisent du sens (extrait 4 : Merteuil à l’opéra, confinement, cadre, marche).
Le son et la musique. Ils travaillent la signification dramatique de la scène (extraits 5 et 6 : la marche au jardin, la déclaration de guerre).
III. Du personnage à l’acteur
Choisir et hiérarchiser. L’incarnation impose un physique et un jeu : la distribution est un travail minutieux. Art des rencontres entre personnages, le cinéma doit souvent en réduire le nombre ou simplifier leur hiérarchie : voir Mme de Rosemonde.
De l’intériorité au jeu de l’acteur. À l’écran, le corps agit plus qu’il ne pense. Les pensées et les émotions ne deviennent lisibles qu’à travers les gestes, les actions et les mots, amplifiés par le cadre, la lumière et le montage (extrait 7 : la scène de diversion). Le jeu, jusqu’au grain de la peau et au maquillage (scène finale), magnifie le personnage : le cinéma est l’art de filmer des personnages en mouvement.
Application : la mort de Valmont
Le lieu du dialogue est fictif ; la musique et l’étirement du temps dramatisent la scène.
En voix off, une lettre de Merteuil à Danceny inventée par Frears ; elle résulte de la lettre de Valmont à Merteuil (CLVIII) et mène au duel (CLXII). En parallèle, le duel, raconté dans le roman par Bertrand à Mme de Rosemonde (CLXIII).
Le duel dans la neige : Valmont, supérieur, épargne Danceny. Un flash-back suggère l’intériorité du personnage. En montage alterné, l’agonie de Mme de Tourvel, avec un dialogue inventé (« je meurs de ne pas vous avoir crue ») à partir des lettres CXLIII, CLX et CLXV.
Valmont, la tête contre le mur, prend sa décision et lâche son épée : Frears interprète, et suggère un suicide.
Le roman dit seulement que Valmont a voulu rester seul un moment avec Danceny : Frears invente le contenu de leur dialogue. Le don des lettres, tachées de sang, dramatise la scène ; les propos destinés à Mme de Tourvel font de Valmont un amoureux. C’est un ajout, qui simplifie l’ambiguïté du personnage.
Plan large et pictural : le sang sur la neige, la musique.
Sujet de réflexion : l’adaptation est-elle fidèle ?
Lettres CXXIV, CXXV, CXXVI et CXXVIII (25 octobre - 1er novembre 17**)
Devoir sur table, sur le modèle de l’épreuve écrite de l’EAF : une question sur le corpus, puis un sujet au choix. Le corpus réunit quatre lettres qui se suivent de part et d’autre de la frontière entre la troisième et la quatrième partie. Elles sont distribuées en entier ; on en donne ici les passages essentiels.
Lettre
Épistolier et destinataire
Date
Contenu
CXXIV
Mme de Tourvel à Mme de Rosemonde
lundi 25 oct.
Valmont se serait converti ; elle le recevra « jeudi prochain » (texte 4).
CXXV
Valmont à Mme de Merteuil
vendredi 29 oct.
Premier bulletin de la quatrième partie : la victoire.
CXXVI
Mme de Rosemonde à Mme de Tourvel
samedi 30 oct.
Elle félicite la Présidente d’avoir échappé au danger.
CXXVIII
Mme de Tourvel à Mme de Rosemonde
lundi 1er nov.
Réponse à la « tardive réponse » de Mme de Rosemonde.
« La voilà donc vaincue, cette femme superbe »Choderlos de Laclos1741 – 1803
La voilà donc vaincue, cette femme superbe qui avait osé croire qu’elle pourrait me résister ! Oui, mon amie, elle est à moi, entièrement à moi ; et depuis hier, elle n’a plus rien à m’accorder. Je suis encore trop plein de mon bonheur, pour pouvoir l’apprécier, mais je m’étonne du charme inconnu que j’ai ressenti. Serait-il donc vrai que la vertu augmentât le prix d’une femme, jusque dans le moment même de sa faiblesse ? Mais reléguons cette idée puérile avec les contes de bonnes femmes.
[Valmont s’interroge : ce charme serait-il celui de l’amour ? Il affirme avoir toujours su vaincre ces « moments de faiblesse » et rappelle tout ce qui rendait la Présidente difficile à conquérir.]
Ce n’est donc pas, comme dans mes autres aventures, une simple capitulation plus ou moins avantageuse, et dont il est plus facile de profiter que de s’enorgueillir ; c’est une victoire complète, achetée par une campagne pénible, et décidée par de savantes manœuvres.
[…]
Adieu, comme autrefois... Oui, adieu, mon Ange ! Je t’envoie tous les baisers de l’amour.
P.S. Savez-vous que Prévan, au bout de son mois de prison, a été obligé de quitter son Corps ? C’est aujourd’hui la nouvelle de tout Paris. En vérité, le voilà cruellement puni d’un tort qu’il n’a pas eu, et votre succès est complet !
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre CXXV, Valmont à Merteuil, 29 octobre, extraits · Lire l'œuvre
Puisque vous me choisissez pour votre Médecin, c’est comme tel que je vous parle, et que je vous dis que les petites incommodités que vous ressentez à présent, et qui peut-être exigent quelques remèdes, ne sont pourtant rien en comparaison de la maladie effrayante dont voilà la guérison assurée.
Mme de Rosemonde à Mme de Tourvel, lettre CXXVI, 30 octobre
« Mais un autre en est possesseur »
Je n’ai reçu qu’hier, Madame, votre tardive réponse. Elle m’aurait tuée sur-le-champ, si j’avais eu encore mon existence en moi : mais un autre en est possesseur, et cet autre est M. de Valmont. Vous voyez que je ne vous cache rien. Si vous devez ne me plus trouver digne de votre amitié, je crains moins encore de la perdre que de la surprendre. Tout ce que je puis vous dire, c’est que, placée par M. de Valmont entre sa mort ou son bonheur, je me suis décidée pour ce dernier parti. Je ne m’en vante, ni ne m’en accuse : je dis simplement ce qui est.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre CXXVIII, Mme de Tourvel à Mme de Rosemonde, 1er novembre, début · Lire l'œuvre
11Corrigé de l’évaluation
Le temps des lettres, ressort tragique
Question sur le corpus, commentaire de la lettre CXXV, dissertation
La question sur le corpus
Trois axes étaient à aborder : la variété des points de vue, la variété des styles, le jeu avec la chronologie. Les deux premiers ont été généralement bien traités ; le troisième n’a été vraiment compris que d’un élève. La question invitait à se demander quels événements sont racontés, dans quel ordre, et comment ils se succèdent. La chronologie des quatre lettres s’étend sur une semaine.
Lettre
Ce que le lecteur apprend
Effet produit
CXXIV, lundi 25 oct.
Valmont se convertit : alors que Mme de Tourvel demandait le secours de Dieu, c’est Valmont que Dieu touche. Il doit venir « jeudi prochain » ; elle anticipe la scène où il lui rendra ses lettres.
Un paradoxe, que la Présidente souligne elle-même.
CXXV, vendredi 29 oct.
Le lendemain de l’entrevue du jeudi (« la scène d’hier »), Valmont triomphe : « une victoire complète ».
Rupture violente avec la lettre précédente : un coup de théâtre, un effet de contraste.
CXXVI, samedi 30 oct.
Mme de Rosemonde, en retard sur les événements (délai de la poste, âge de l’épistolière), félicite la Présidente d’avoir échappé au danger.
Ironie tragique : le lecteur en sait plus que les personnages. La lettre arrive quand le mal est fait.
CXXVIII, lundi 1er nov.
La « tardive réponse » est un coup de poignard : « Elle m’aurait tuée sur-le-champ ». Mme de Tourvel donne une seconde version de la scène du jeudi.
Le lecteur confronte deux versions d’un même événement.
Le commentaire de la lettre CXXV
Introduction. Quand le passage est extrait d’une œuvre lue en lecture cursive, il faut le situer avec soin : rappeler la lenteur de la séduction, qui arrive à son terme à la fin de la troisième partie, et les stratagèmes de Valmont ; situer la lettre dans la semaine du 25 octobre au 1er novembre (variations de point de vue, annonce de l’événement par Mme de Tourvel, puis sa version selon Valmont) ; rappeler enfin la nature des relations entre les deux libertins à l’aube de la quatrième partie, quand le jeu se referme sur eux. Problématique : quelles informations cette lettre livre-t-elle sur l’épistolier et ses relations aux autres ? Quelle est sa fonction narrative, en tant que première lettre de la dernière partie ?
La dissertation
Introduction. À la fin du XVIIIe siècle, le roman épistolaire s’est imposé comme un grand genre. Consacré par La Nouvelle Héloïse de Rousseau, à laquelle Laclos rend hommage dans sa préface, il devient avec Les Liaisons dangereuses un champ d’exploration littéraire idéal. Quelles sont les spécificités du genre ? En quoi offrent-elles à l’écrivain l’occasion de montrer sa maîtrise des possibilités narratives et stylistiques ? Après avoir défini ces spécificités, on montrera que le roman épistolaire fonctionne comme un kaléidoscope de formes et de registres, tout en constituant un terrain de jeu jubilatoire propre à la manipulation du lecteur.
12Séance 10 · Prolongement
La lettre d’amour, entre expression et tactique
Guilleragues, Julie de Lespinasse, Laclos, Apollinaire : un corpus et une dissertation corrigée
En janvier 2006, l’évaluation de fin de séquence de la classe de 1re L portait sur la lettre d’amour et l’absence. Le corpus confronte des lettres fictives et des lettres authentiques, dont une lettre des Liaisons dangereuses : 1. Guilleragues, Lettres portugaises, « Seconde lettre » (1669) ; 2. Julie de Lespinasse, lettres authentiques au comte de Guibert (1774-1776) ; 3. Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre XXVIII ; 4. Apollinaire, Lettres à Lou, « Nîmes, le 24 décembre 1914 » ; 5. Roland Barthes, « La lettre d’amour », Fragments d’un discours amoureux (texte sous droits, cité en référence).
« Je ne vous dis point toutes ces choses pour vous obliger à m’écrire »GGuilleragues1628 – 1685
Je ne vous dis point toutes ces choses pour vous obliger à m’écrire. Ah ! ne vous contraignez point, je ne veux de vous que ce qui viendra de votre mouvement, et je refuse tous les témoignages de votre amour, dont vous pourriez vous empêcher : j’aurai du plaisir à vous excuser, parce que vous aurez, peut-être, du plaisir à ne pas prendre la peine de m’écrire ; et je sens une profonde disposition à vous pardonner toutes vos fautes.
[…]
Je suis au désespoir, votre pauvre Mariane n’en peut plus, elle s’évanouit en finissant cette lettre. Adieu, adieu, ayez pitié de moi.
Guilleragues, Lettres portugaises (1669), « Seconde lettre », extrait
« Le monologue est supportable »Julie de Lespinasse1732 – 1776
Mon ami, pour me calmer, pour me délivrer d’une pensée qui me fait mal, il faut que je vous parle : j’attends l’heure de la poste de demain avec une impatience que vous seul peut-être pouvez concevoir. Oui, vous m’entendez, si vous ne pouvez me répondre, et c’est quelque chose : il serait sans doute plus doux, plus consolant d’être en dialogue ; mais le monologue est supportable, lorsqu’on peut se dire : je parle seule, et cependant je suis entendue.
Julie de Lespinasse, lettre au comte de Guibert, dimanche 23 octobre 1774, début · Lire l'œuvre
« Eh ! quoi, Mademoiselle, vous refusez toujours de me répondre ! »Choderlos de Laclos1741 – 1803
Eh ! quoi, Mademoiselle, vous refusez toujours de me répondre ! rien ne peut vous fléchir ; et chaque jour emporte avec lui l’espoir qu’il avait amené ! Quelle est donc cette amitié que vous consentez qui subsiste entre nous, si elle n’est pas même assez puissante pour vous rendre sensible à ma peine ; si elle vous laisse froide et tranquille, tandis que j’éprouve les tourments d’un feu que je ne puis éteindre ; si, loin de vous inspirer de la confiance, elle ne suffit pas même à faire naître votre pitié ?
[…]
Je n’ose plus me flatter d’une réponse ; l’Amour l’eût écrite avec empressement, l’amitié avec plaisir, la pitié même avec complaisance : mais la pitié, l’amitié et l’Amour sont également étrangers à votre cœur.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses (1782), lettre XXVIII, le chevalier Danceny à Cécile Volanges, 23 août, extraits · Lire l'œuvre
Dans la lettre du 24 décembre 1914, Apollinaire, caserné à Nîmes, se plaint de ne plus recevoir de lettres de Lou. Il mêle l’inquiétude, la colère et les nouvelles du quotidien, et répète l’injonction : « Écris-moi, Lou ! »
Voir la correction
Corrigé de la dissertation
Introduction.Les Liaisons dangereuses, roman épistolaire sulfureux de Laclos, demeure pour les théoriciens de la littérature un modèle de réflexion sur le genre (accroche). Dans l’entrée « La lettre d’amour » des Fragments d’un discours amoureux, Roland Barthes s’appuie sur les propos de la marquise de Merteuil à Valmont pour affirmer que la lettre de l’amoureux est « purement expressive » (citation du sujet). Prenant pour contre-modèle la marquise, qui selon lui n’est pas amoureuse, il avance qu’une lettre écrite par celui qui aime ne saurait chercher à agir sur son destinataire : écrire serait pour l’amoureux un acte gratuit, centré sur lui-même, un acte salvateur (reformulation). Quelle fonction du langage domine dans la lettre d’amour ? Quels effets, conscients ou non, l’amoureux veut-il produire sur son destinataire ? Une lettre peut-elle être « purement expressive » ? (problématique)
Le libertinage en peinture : Le Verrou de Fragonard
Image : Jean-Honoré Fragonard, musée du Louvre, photo Shonagon, via Wikimedia Commons · Public domain voir le fichier
Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, vers 1777-1778, huile sur toile, 0,74 × 0,94 m, Paris, musée du Louvre
Le tableau est contemporain des Liaisons dangereuses (1782) et Etienne Buraud le projetait avec l'évaluation de fin de séquence. Comme le roman, il met en scène une séduction dont on ne sait pas si elle est consentie ou forcée.
Observer
Que vois-tu en premier ? Où se dirige ensuite ton regard, et pourquoi ?
Quelle ligne géométrique structure le tableau ? Quels éléments sont disposés sur cette ligne ? Que t'évoquent-ils ? Quels éléments se font écho ?
Analyser
Raconte la scène à laquelle tu assistes. Ta version pose un problème quand on regarde le tableau : quels éléments la contredisent ?
« Le Verrou » : que fait chacun des deux personnages ? Où se situe l'ambiguïté qui confère sa sensualité au tableau ?
Quels symboles du plaisir amoureux peux-tu reconnaître ?
Quels messages le peintre veut-il nous transmettre ?
Relier au texte✱
Dans la lettre LXXXI (texte 2), Merteuil raconte comment elle a appris à composer son visage et à cacher ce qu'elle pense. En quoi le tableau joue-t-il lui aussi sur l'écart entre ce que l'on montre et ce que l'on veut ?
Laclos fait raconter la séduction par lettres, du point de vue de chaque personnage ; Fragonard la fixe en un seul instant. Quel moyen te semble le plus efficace pour faire sentir l'ambiguïté du désir ? Justifie.
Éléments de réponse
✱
On voit d'abord le bras tendu de l'homme vers le verrou, en haut à droite, puis le couple et le lit : la lumière tombe sur les corps et conduit l'œil de la porte vers le lit.
Une diagonale part du verrou, suit le bras de l'homme et le corps de la femme, et descend vers la pomme posée sur la table, à gauche. Le verrou et la pomme se répondent : fermer la porte, céder à la tentation.
Première version : un homme enlace une femme et ferme la porte malgré elle. Mais la femme tend elle-même la main vers le verrou, son visage se renverse sans vraie résistance, et le lit est déjà défait : la scène n'est pas si simple.
L'homme pousse le verrou et retient la femme ; la femme semble le repousser et en même temps s'abandonne contre lui. L'ambiguïté tient à ce geste double : veut-elle empêcher qu'on ferme, ou fermer elle-même ?
Le lit en désordre aux draps rouges, la pomme (le fruit défendu), le vase renversé et les fleurs tombées, la chaise retournée.
Le tableau peint le désir et la tentation avec une grande sensualité, mais il laisse le spectateur juge ; certains y lisent un pendant profane à une Adoration des bergers (amour sacré, amour profane).
Le tableau montre un geste qui peut se lire de deux façons ; Merteuil est maîtresse de ces doubles langages. Dans les deux cas, l'apparence ne dit pas toute la vérité des sentiments.
Réponse libre : le roman peut confronter plusieurs versions de la même scène ; le tableau oblige le spectateur à construire lui-même l'histoire à partir d'un seul instant.
Les mots de l'image✱
diagonale
ligne oblique qui traverse le tableau et guide le regard
clair-obscur
contraste fort entre zones éclairées et zones dans l'ombre
symbole
objet qui représente une idée (la pomme pour la tentation)
pendant
tableau conçu pour être accroché à côté d'un autre et lui répondre
scène de genre galante
tableau du XVIIIe siècle qui montre une scène amoureuse de la vie privée
Etienne Buraud compare aussi le tableau avec La Gimblette de Fragonard et l'Odalisque brune de Boucher (1745), d'une sensualité plus directe.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
le libertinage d'esprit : la liberté de pensée face aux dogmes
le libertinage de mœurs : la recherche du plaisir sans règle
« grand seigneur méchant homme » : formule de Sganarelle sur Dom Juan
Références culturelles
Molière, Dom Juan, 1665Dom Juan incarne le libertin, séducteur sans scrupule et esprit qui défie la religion.
Cyrano de Bergerac, L'Autre Monde ou les États et Empires de la Lune, 1657Ce voyage imaginaire dans la Lune permet de critiquer librement les croyances de son temps.
Crébillon fils, Les Égarements du cœur et de l'esprit, 1736Ce roman raconte l'éducation d'un jeune homme initié au libertinage mondain.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, 1782Merteuil et Valmont, libertins manipulateurs, font de la séduction un jeu cruel.
litterae latin, pluriel : lettre (missive), littérature
lettré, littérature mots de la même famille
Expressions
à la lettre : exactement, au pied de la lettre
la lettre d'amour : entre expression sincère et tactique de séduction
les belles-lettres : la littérature
Références culturelles
Guilleragues, Lettres portugaises, 1669Ces lettres passionnées d'une religieuse abandonnée par un officier sont un modèle du roman épistolaire amoureux.
Montesquieu, Lettres persanes, 1721Montesquieu critique la société française à travers les lettres de deux voyageurs persans.
Jean-Jacques Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, 1761Les lettres de Julie et de Saint-Preux, amants séparés, forment l'un des grands succès du siècle.
Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, 1782Chez Laclos, la lettre devient une arme de séduction et de manipulation.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète, 1929Dans ces lettres réelles, Rilke conseille un jeune poète sur l'écriture et la solitude.
AaLes mots du roman épistolaire
Termes à connaître pour l’EAF
RRoman épistolaire
Roman par lettres : en l’absence de narrateur, l’échange des lettres installe les rapports entre les personnages, et le lecteur recompose l’ordre de la narration par recoupements.
PPolyphonie narrative
Multiplicité des épistoliers, qui sont chacun narrateurs : le récit naît de leurs voix croisées.
PPacte épistolaire
Jeu sur le vrai et le faux (préfaces, notes, ajouts, commentaires) par lequel le roman se donne pour une correspondance authentique.
JJeux de points de vue
Un même épisode raconté par plusieurs épistoliers, ou par le même à plusieurs destinataires : source d’ironie et d’ambiguïté.
IIronie tragique
Effet produit quand le lecteur en sait plus que les personnages, qui courent à leur perte sans le savoir.
LLibertin
Du latin libertinus, « affranchi » : celui qui se libère des règles morales et religieuses tout en gardant l’estime de la société.
SStyle
Manière d’écrire propre à un écrivain, à un genre, à une époque ; dans le roman épistolaire, elle fait le portrait de l’épistolier.
PPointe
Formule brève et frappante qui attaque quelqu’un, souvent en fin de lettre.
AAdaptation
Réécriture par transposition de genre : réappropriation de l’œuvre d’un artiste par un autre artiste.
FFidélité
Respect du contenu et de la forme d’une œuvre ; dans une adaptation, elle ne peut porter que sur le contenu.
✱
ÉÉpistolier
Celui qui écrit une lettre ; le destinataire est celui à qui elle est adressée.
DDouble destination
Une lettre de roman s’adresse à la fois à son destinataire fictif et au lecteur du roman.
AAntiphrase
Procédé ironique qui consiste à dire le contraire de ce que l’on pense (« mon extrême timidité »).
VVoix off
Voix d’un personnage ou d’un narrateur qu’on entend sans le voir parler à l’écran.
MMontage alterné
Montage qui fait alterner deux actions simultanées (le duel et l’agonie de Mme de Tourvel).
Sources : documents d’Etienne Buraud sur l’épistolaire. 1re L, 2004-2006 : explications des lettres I (nov. 2005) et CLII (mars 2005) ; « Le style de Cécile » et trois lettres analysées ; évaluation corrigée sur les lettres CXXIV à CXXVIII et Fragonard (oct. 2005) ; évaluation sur la lettre d’amour et dissertation corrigée (janv. 2006) ; lectures enregistrées (nov. 2005) ; fiche « le Verrou, l’Odalisque » ; résumé des quatre parties et pages sur Laclos repris de sites pédagogiques. Microlycée 93, 2011-2012 : lettres I, LXXXI et CXXIV. Terminale L, 2008-2009 : contrôles de lecture, « Qui écrit dans Les Liaisons dangereuses ? », cours sur l’adaptation, fiche « Rosemonde », sujet sur l’adaptation de Frears. Textes du domaine public ; Barthes en référence seulement. Ajouts signalés par l’astérisque (encadré sur l’auteur, questions de préparation, « À retenir », lecture cursive, bilan, cinq définitions).
14IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Le style de Cécile, le style de Merteuil
En classe30 min
Objectif. Montrer que « le style, c'est l'homme » : comparer le style de Cécile (lettres I, XVIII) et celui de Merteuil (lettre LXXXI).
Relis les « À retenir » sur le style de Cécile et sur la lettre LXXXI.
Le professeur demande à l'IA d'écrire un court billet sur un même sujet, une fois « à la manière de Cécile », une fois « à la manière de Merteuil ».
La classe relève les procédés imités : phrases courtes et exclamations d'un côté, maîtrise, antithèses et ironie de l'autre.
Comparez avec les vraies lettres : qu'est-ce que l'imitation de l'IA rate ?
À écrire à l'IA
Écris deux billets de six lignes sur le même sujet (une invitation à souper qu'on refuse) : l'un à la manière de Cécile Volanges, l'autre à la manière de la marquise de Merteuil, personnages des Liaisons dangereuses de Laclos (1782). Puis liste les procédés de style que tu as utilisés pour chacune.
Garde ton esprit critique. Vérifiez que les procédés listés par l'IA sont vraiment dans ses billets, puis cherchez-les dans les lettres de Laclos. Une imitation n'est pas le texte : elle exagère souvent.
2
Lire l'antiphrase de la lettre CLII
À la maison25 min
Objectif. Repérer l'ironie de la marquise dans la lettre CLII et préparer sa lecture à voix haute.
Relis le premier paragraphe de la lettre CLII (« Prenez donc garde, Vicomte… »).
Souligne toi-même les antiphrases.
Colle le paragraphe dans l'IA (domaine public) et demande-lui de les repérer.
Compare vos relevés, puis entraîne-toi à lire le passage pour faire entendre l'ironie.
À écrire à l'IA
Voici le premier paragraphe de la lettre CLII des Liaisons dangereuses de Laclos (Merteuil à Valmont) : [colle le paragraphe]. Relève les antiphrases et explique pour chacune ce que la marquise veut vraiment dire. Puis donne deux conseils pour la lire à voix haute.
Garde ton esprit critique. L'IA peut prendre une phrase sincère pour une antiphrase, ou l'inverse. Pour chaque cas, cherche dans le contexte de la lettre ce qui prouve l'ironie.
3
Frears est-il fidèle à Laclos ?
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Préparer le sujet « L'adaptation de S. Frears vous semble-t-elle fidèle au roman ? » en vérifiant les faits.
Réponds d'abord aux questions sur le film (première et dernière scène, mort de Valmont, Bastide).
Demande à l'IA de comparer le roman et le film.
Vérifie chaque affirmation avec ce que tu as vu et avec le plan corrigé du manuel.
Note au moins une erreur ou une invention de l'IA.
À écrire à l'IA
Compare le roman Les Liaisons dangereuses de Laclos (1782) et son adaptation au cinéma par Stephen Frears : ce qui est conservé, ce qui est supprimé, ce qui est transformé (fin de Merteuil, mort de Valmont, personnage de Mme de Rosemonde). Écris « à vérifier » quand tu n'es pas sûr.
Garde ton esprit critique. L'IA confond souvent les différentes adaptations du roman. Ne garde que ce que tu as vu toi-même dans le film étudié en classe.
4
La lettre d'amour, expression ou tactique ?
À la maison40 min
Objectif. Préparer la dissertation de la séance 10 en confrontant son plan à des objections.
Relis le corpus : Guilleragues, Julie de Lespinasse, Danceny (lettre XXVIII), Apollinaire.
Écris ton plan avec un exemple précis par partie.
Demande à l'IA des objections.
Réponds par écrit à chacune ; ajoute à ton plan seulement ce que tu peux prouver par le corpus.
À écrire à l'IA
Voici mon plan de dissertation sur la lettre d'amour, entre expression du sentiment et tactique, à partir de Guilleragues (Lettres portugaises), Julie de Lespinasse, Laclos (lettre XXVIII des Liaisons dangereuses) et une lettre d'Apollinaire à Lou : [colle ton plan]. Fais-moi trois objections précises, sans proposer de nouveau plan.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA n'invente pas de citations des épistoliers. Pour Julie de Lespinasse et Guilleragues, compare toujours avec les extraits du manuel.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
4 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
16
Le style de CécileVérifier, par des relevés précis, les pistes du cours sur le style de Cécile (fonctions du langage, syntaxe, lexique, évolution), en tirer un portrait du…
17
Merteuil déclare la guerreComprendre comment la marquise s'est faite maîtresse des signes (lettre LXXXI), puis illustrer par le texte le plan de commentaire de la lettre CLII, étudier…
18
Une semaine de lettresReconstituer la chronologie d'une semaine de lettres, comparer deux récits d'un même événement et repérer l'ironie tragique, puis rédiger la question sur le…
19
La lettre d'amour, entre expression et tactiqueComparer des lettres d'amour fictives et authentiques à l'aide des fonctions du langage, répondre à la question sur le corpus du devoir de 2006, puis…