Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Voltaire est l'une des grandes figures des Lumières. Il a combattu toute sa vie l'intolérance, le fanatisme religieux et l'injustice, notamment dans son Traité sur la tolérance (1763). Il est célèbre pour ses contes philosophiques pleins d'ironie, comme Candide (1759), étudié sur le site.
Lire un conte philosophique : Le Monde comme il va, Voltaire, 1748
Cette séquence de Seconde, conduite en 2014-2015 avec les classes 206 et 207, s'inscrit dans l'objet d'étude « Genres et formes de l'argumentation aux XVIIe et XVIIIe siècles ». Après une entrée par les fables de La Fontaine, elle fait lire en œuvre intégrale un conte bref de Voltaire, Le Monde comme il va, distribué en classe avec cinquante notes de vocabulaire, un plan et un glossaire des allusions historiques.
Le conte est simple : l'ange Ituriel envoie le Scythe Babouc observer Persépolis, capitale des Perses, pour décider s'il faut corriger la ville ou la détruire. De la guerre au dîner mondain, du temple au théâtre, des mages aux lettrés, Babouc passe sans cesse de l'indignation à l'admiration. Sous le décor oriental, c'est le Paris de Louis XV que Voltaire fait juger par un regard étranger. On suit ainsi comment un récit argumente : par l'ironie, par la satire, par la morale finale de la statue. Deux textes de Voltaire, un dialogue du Dictionnaire philosophique et le devoir sur De l'horrible danger de la lecture, prolongent la lecture vers les autres formes de l'argumentation.
Fiche enseignant
Intitulé
Le conte philosophique : Voltaire, Le Monde comme il va
Objet d'étude
Genres et formes de l'argumentation aux XVIIe et XVIIIe siècles (programme de Seconde de 2011)
Œuvre
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748), en lecture intégrale
Classes
Seconde 206 et 207, novembre 2014 à mars 2015
Évaluation
Devoir sur table de 1 h 30 (janvier 2015) : De l'horrible danger de la lecture
Fil rouge
Comment un récit peut-il convaincre ? Le regard naïf de Babouc et l'ironie de Voltaire
Le parcours
N°
Dominante
Support
Notions
1
Ouverture : la mission de Babouc
Incipit du conte
Incipit, merveilleux, regard étranger
2
Lecture intégrale : le parcours de Babouc
Plan de la nouvelle, glossaire, contrôle de lecture
Schéma narratif, Persépolis et Paris
3
Texte 1 : Babouc et la guerre
« Babouc monta sur son chameau… » ; corpus sur la guerre
Ironie, implicite, dénonciation
4
Texte 2 : Persépolis en procès
Le temple, le dîner, les charges, le marchand
Satire, jugement hâtif
5
Texte 3 : Babouc et les lettrés
Le dîner des lettrés ; La Bruyère à l'appui
Satire, maxime, présent de vérité générale
6
Texte 4 : la statue
Le dénouement du conte
Morale, apologue, chute
7
Prolongement : penser par soi-même
« Liberté de penser », Dictionnaire philosophique
Dialogue philosophique, polémique, didactique
8
Évaluation
De l'horrible danger de la lecture (1765)
Thèse de l'énonciateur et thèse de l'auteur
Les textes étudiés
Texte
Œuvre
Ouverture
La mission de Babouc (incipit)
Le Monde comme il va, 1748
Texte 1
Babouc à la guerre
Le Monde comme il va, 1748
Texte 2
Le temple, le dîner et les charges
Le Monde comme il va, 1748
Texte 3
Babouc et les lettrés
Le Monde comme il va, 1748
Texte 4
La statue (dénouement)
Le Monde comme il va, 1748
Prolongement
Boldmind et Médroso
« Liberté de penser », Dictionnaire philosophique, 1765
Évaluation
Le mandement du mufti
De l'horrible danger de la lecture, 1765
2Séance 1 · Ouverture
« Marche, regarde, écoute, observe »
Voltaire, Le Monde comme il va, 1748 : l'incipit du conte
La première page du conte est distribuée seule, avant la lecture intégrale, sous le titre « Le Monde comme il va, ouverture ». Elle pose en un paragraphe tout le cadre du récit : un génie, un envoyé, une ville menacée, une mission d'observation.
Ouverture · « Va dans cette ville, examine tout »Voltaire1694 – 1778
Parmi les génies qui président aux empires du monde, Ituriel tient un des premiers rangs, et il a le département de la haute Asie. Il descendit un matin dans la demeure du Scythe Babouc, sur le rivage de l'Oxus, et lui dit : « Babouc, les folies et les excès des Perses ont attiré notre colère ; il s'est tenu hier une assemblée des génies de la haute Asie pour savoir si on châtierait Persépolis ou si on la détruirait. Va dans cette ville, examine tout ; tu reviendras m'en rendre un compte fidèle ; et je me déterminerai, sur ton rapport, à corriger la ville ou à l'exterminer. Mais, Seigneur, dit humblement Babouc, je n'ai jamais été en Perse ; je n'y connais personne. Tant mieux, dit l'ange, tu ne seras point partial ; tu as reçu du ciel le discernement, et j'y ajoute le don d'inspirer la confiance ; marche, regarde, écoute, observe, et ne crains rien : tu seras partout bien reçu. »
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748), incipit · Lire l'œuvre
Le plan de la nouvelle et le glossaire des allusions historiques
Le conte est ensuite lu en entier, à la maison. Le texte distribué est découpé en épisodes titrés et accompagné de cinquante notes de vocabulaire. Le plan ci-dessous, établi en classe, suit Babouc d'une rencontre à l'autre ; les remarques entre parenthèses donnent la clé de l'allusion.
Plan de la nouvelle
Épisode
Ce que voit Babouc
1
La mission
La colère d'Ituriel contre les excès des Perses ; Babouc est envoyé à Persépolis.
2
La guerre
La guerre entre les Perses et les Indiens.
3
L'entrée dans la ville
Les pauvres, le marché et le cimetière (la porte du faubourg Saint-Marceau, au XVIIIe siècle) ; puis les merveilles architecturales de Paris.
4
Le dîner chez la dame
Les mœurs dissolues de la société de Persépolis.
5
Le magistrat, le guerrier, le gros homme
L'achat des charges judiciaires et militaires (la noblesse de robe) ; les fermiers généraux, qui achètent le droit de lever les impôts.
6
Le temple
Le sermon d'un mage : Babouc à l'église.
7
Le théâtre
Merveille du théâtre et misère des acteurs.
8
Le marchand
De l'intérêt du commerce.
9
Les mages
Contre les gens d'Église, et plus précisément les jansénistes.
10
Les gens de lettres
La pédanterie.
11
Les deux lettrés
L'évolution du point de vue de Babouc sur le fonctionnement des Perses ; le grand tribunal.
12
Le ministre
Un homme estimable et malheureux.
13
La dame et Théone
Les vertus de la dame ; Théone, aimable et bienfaisante.
14
Le retour
Le message de la statue.
Persépolis, c'est Paris
Sous le décor persan, le lecteur de 1748 reconnaît sa propre ville. Le glossaire distribué avec le texte relève les principales allusions.
Dans le conte
Ce que Voltaire désigne
Les fontaines publiques, « quoique mal placées »
La fontaine des Innocents et celle des Quatre-Saisons, coincée entre deux maisons de la rue de Grenelle.
Les places où « respirent en bronze les meilleurs rois »
Les statues d'Henri IV dans l'île de la Cité, de Louis XIII place des Vosges, de Louis XIV place des Victoires. « Le maître que nous chérissons » désigne Louis XV, dont une statue est prévue en 1748.
La « maison immense » des vieux soldats
L'hôtel des Invalides.
Les mages
Savants en astrologie chez les Perses : ici, les prêtres.
La « machine élevée »
La chaire, du haut de laquelle prêche le prêtre.
Les quarante « rois plébéiens »
Les quarante (puis soixante, à partir de 1760) fermiers généraux, qui achetaient le droit de lever les impôts.
L'archimandrite
Le supérieur d'un monastère dans l'Église orientale.
Zerdust
Nom persan de Zoroastre, réformateur de l'ancienne religion iranienne ; les pratiques évoquées ensuite (les petites filles qui prophétisent) sont des allusions aux jansénistes du temps de Voltaire.
Les onagres et les Pictaves
Des ânes sauvages ; les Pictaves sont les Poitevins, connus pour leurs élevages d'ânes. Le chant du temple est comparé à des braiments.
Ninive et Jonas
Dans la Bible, Jonas doit prêcher le repentir à Ninive ; il s'enfuit, est avalé par un énorme poisson, puis accomplit sa mission. Les Ninivites se convertissent, ce qui apaise la colère de Dieu, mais pas celle de Jonas.
Babouc monta sur son chameau et partit avec ses serviteurs. Au bout de quelques journées, il rencontra vers les plaines de Sennaar l'armée persane qui allait combattre l'armée indienne. Il s'adressa d'abord à un soldat qu'il trouva écarté. Il lui parla, et lui demanda quel était le sujet de la guerre. « Par tous les dieux, dit le soldat, je n'en sais rien. Ce n'est pas mon affaire ; mon métier est de tuer et d'être tué pour gagner ma vie ; il n'importe qui je serve. Je pourrais bien même dès demain passer dans le camp des Indiens, car on dit qu'ils donnent près d'une demi-drachme de cuivre par jour à leurs soldats de plus que nous n'en avons dans ce maudit service de Perse. Si vous voulez savoir pourquoi on se bat, parlez à mon capitaine. »
Babouc, ayant fait un petit présent au soldat, entra dans le camp. Il fit bientôt connaissance avec le capitaine, et lui demanda le sujet de la guerre. « Comment voulez-vous que je le sache ? dit le capitaine, et que m'importe ce beau sujet ? J'habite à deux cents lieues de Persépolis ; j'entends dire que la guerre est déclarée ; j'abandonne aussitôt ma famille et je vais chercher, selon notre coutume, la fortune ou la mort, attendu que je n'ai rien à faire. Mais vos camarades, dit Babouc, ne sont-ils pas un peu plus instruits que vous ? Non, dit l'officier, il n'y a guère que nos principaux satrapes qui savent bien précisément pourquoi on s'égorge. »
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748) · Lire l'œuvre
Louis-Nicolas Van Blarenberghe, La Bataille de Lawfeld (2 juillet 1747), 1768 ✱Une bataille de 1747, à l'époque où Voltaire écrit le conte : deux armées immenses face à face.Domaine public · Wikimedia CommonsExtrait 2 · « Pour le bonheur du genre humain »
Babouc, étonné, s'introduisit chez les généraux ; il entra dans leur familiarité. L'un d'eux lui dit enfin : « La cause de cette guerre, qui désole depuis vingt ans l'Asie, vient originairement d'une querelle entre un eunuque d'une femme du grand roi de Perse et un commis d'un bureau du grand roi des Indes. Il s'agissait d'un droit qui revenait à peu près à la trentième partie d'une darique. Le premier ministre des Indes et le nôtre soutinrent dignement les droits de leurs maîtres. La querelle s'échauffa. On mit de part et d'autre en campagne une armée d'un million de soldats. […] Les meurtres, les incendies, les ruines, les dévastations se multiplient ; l'univers souffre, et l'acharnement continue. Notre premier ministre et celui des Indes protestent souvent qu'ils n'agissent que pour le bonheur du genre humain ; et à chaque protestation il y a toujours quelques villes détruites et quelques provinces ravagées. »
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748) · Lire l'œuvre
Extrait 3 · « Sont-ce là des hommes ? »
Le lendemain, sur un bruit qui se répandit que la paix allait être conclue, le général persan et le général indien s'empressèrent de donner bataille ; elle fut sanglante. […] Il vit des officiers tués par leurs propres troupes ; il vit des soldats qui achevaient d'égorger leurs camarades expirants pour leur arracher quelques lambeaux sanglants, déchirés et couverts de fange. Il entra dans les hôpitaux où l'on transportait les blessés, dont la plupart expiraient par la négligence inhumaine de ceux mêmes que le roi de Perse payait chèrement pour les secourir. « Sont-ce là des hommes, s'écria Babouc, ou des bêtes féroces ? Ah ! je vois bien que Persépolis sera détruite. »
[Babouc trouve les mêmes excès dans le camp des Indiens. Il apprend pourtant aussi des actions de générosité et d'humanité : « Inexplicables humains, s'écria-t-il, comment pouvez-vous réunir tant de bassesse et de grandeur, tant de vertus et de crimes ? » La paix est enfin célébrée « dans des écrits publics » ; les chefs vont briguer des récompenses.]
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748)
Prolongement : dénoncer la guerre, un corpus
Un corpus d'étude donné en novembre 2014 confronte deux textes de la fin du XVIIe siècle, l'un de moraliste, l'autre adressé au roi lui-même. Un article de l'Encyclopédie, projeté en classe, le complète.
La guerre a pour elle l'antiquité : elle a été dans tous les siècles : on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins, épuiser les familles d'héritiers, et faire périr les frères à une même bataille. […] De tout temps les hommes, pour quelque morceau de terre de plus ou de moins, sont convenus entre eux de se dépouiller, se brûler, se tuer, s'égorger les uns les autres ; et pour le faire plus ingénieusement et avec plus de sûreté, ils ont inventé de belles règles qu'on appelle l'art militaire.
Texte A · La Bruyère, Les Caractères, « Du souverain ou de la république », 1688
Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance, et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus : il est plein d'aigreur et de désespoir. […] Si le roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain, et les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière, qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ?
Texte B · Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1693
Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre. Ils ne marqueraient point cet acharnement qui caractérise les bêtes féroces.
Texte C · Article « Paix », Encyclopédie (le document de classe l'attribue à Dumarsais, 1772 ; l'article est d'ordinaire attribué à Damilaville, 1765 [à vérifier])
Voltaire, Le Monde comme il va, 1748 : le temple, le dîner, les charges, le marchand
Babouc entre dans Persépolis « par l'ancienne entrée, qui était toute barbare » : c'est la porte du faubourg Saint-Marceau, le quartier pauvre du Paris du XVIIIe siècle. Sa première visite le conduit dans un lieu qu'il ne reconnaît pas d'abord.
Extrait 1 · « Il s'aperçut qu'il était dans un temple »Voltaire1694 – 1778
Babouc se mêla dans la foule d'un peuple composé de ce qu'il y avait de plus sale et de plus laid dans les deux sexes. Cette foule se précipitait d'un air hébété dans un enclos vaste et sombre. Au bourdonnement continuel, au mouvement qu'il y remarqua, à l'argent que quelques personnes donnaient à d'autres pour avoir droit à s'asseoir, il crut être dans un marché où l'on vendait des chaises de paille ; mais bientôt, voyant que plusieurs femmes se mettaient à genoux, en faisant semblant de regarder fixement devant elles et en regardant les hommes de côté, il s'aperçut qu'il était dans un temple. […] Il se bouchait les oreilles ; mais il fut prêt de se boucher encore les yeux et le nez, quand il vit entrer dans ce temple des ouvriers avec des pinces et des pelles. Ils remuèrent une large pierre, et jetèrent à droite et à gauche une terre dont s'exhalait une odeur empestée ; ensuite on vint poser un mort dans cette ouverture, et on remit la pierre par-dessus.
« Quoi ! s'écria Babouc, ces peuples enterrent leurs morts dans les mêmes lieux où ils adorent la Divinité ! Quoi ! leurs temples sont pavés de cadavres ! Je ne m'étonne plus de ces maladies pestilentielles qui désolent souvent Persépolis. […] Ah ! la vilaine ville que Persépolis. Apparemment que les anges veulent la détruire pour en rebâtir une plus belle, et pour la peupler d'habitants moins malpropres et qui chantent mieux. La Providence peut avoir ses raisons ; laissons-la faire. »
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748) · Lire l'œuvre
Jean-Baptiste Lallemand (dessin) et François-Denis Née (gravure), vue de l'intérieur de l'église Saint-Sulpice à Paris, musée Carnavalet ✱Une grande église de Paris au XVIIIe siècle : le « temple » vaste et sombre où entre Babouc.Domaine public · Wikimedia Commons
Du dîner au tribunal : des conclusions précipitées
Les beaux quartiers le réconcilient un moment avec la ville. Mais au dîner chez une dame, il découvre les mœurs dissolues de la bonne société : la dame parle tendrement à un jeune mage, un magistrat courtise une veuve sous les yeux de sa femme. Il apprend ensuite qu'un jeune homme de vingt-cinq ans est juge parce que son père est riche, car « le droit de rendre la justice s'achète comme une métairie », qu'un officier a acheté son régiment, et que quarante « rois plébéiens » tiennent à bail l'empire. À chaque scène, Babouc condamne : il « conclut précipitamment » que ces peuples périront par leur détestable administration.
Le soir, une visite chez un marchand de « magnificences inutiles » commence comme une nouvelle preuve de la corruption de Persépolis.
Extrait 2 · « C'est la fantaisie des hommes qui met le prix à ces choses frivoles »
De là, il alla passer sa soirée chez des marchands de magnificences inutiles. Un homme intelligent, avec lequel il avait fait connaissance, l'y mena ; il acheta ce qui lui plut, et on le lui vendit avec politesse beaucoup plus qu'il ne valait. Son ami, de retour chez lui, lui fit voir combien on le trompait. Babouc mit sur ses tablettes le nom du marchand, pour le faire distinguer par Ituriel au jour de la punition de la ville. Comme il écrivait, on frappa à sa porte : c'était le marchand lui-même qui venait lui rapporter sa bourse, que Babouc avait laissée par mégarde sur son comptoir. « Comment se peut-il, s'écria Babouc, que vous soyez si fidèle et si généreux, après n'avoir pas eu honte de me vendre des colifichets quatre fois au-dessus de leur valeur ?
Il n'y a aucun négociant un peu connu dans cette ville, lui répondit le marchand, qui ne fût venu vous rapporter votre bourse ; mais on vous a trompé quand on vous a dit que je vous avais vendu ce que vous avez pris chez moi quatre fois plus qu'il ne vaut : je vous l'ai vendu dix fois davantage […]. Mais rien n'est plus juste : c'est la fantaisie des hommes qui met le prix à ces choses frivoles ; c'est cette fantaisie qui fait vivre cent ouvriers que j'emploie, c'est elle qui me donne une belle maison, un char commode, des chevaux, c'est elle qui excite l'industrie, qui entretient le goût, la circulation et l'abondance. […] » Babouc, après avoir un peu rêvé, le raya de ses tablettes.
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748) · Lire l'œuvre
Voltaire, Le Monde comme il va, 1748 : Babouc et les gens de lettres
Déçu par les mages, Babouc place ses derniers espoirs dans les lettrés, qui « étudient la sagesse ». Voltaire, homme de lettres lui-même, règle ici ses comptes avec un monde qu'il connaît bien.
Extrait 1 · « Comme les guêpes que le miel attire »Voltaire1694 – 1778
Retiré chez lui, il envoya chercher des livres nouveaux pour adoucir son chagrin, et il pria quelques lettrés à dîner pour se réjouir. Il en vint deux fois plus qu'il n'en avait demandé, comme les guêpes que le miel attire. Ces parasites se pressaient de manger et de parler ; ils louaient deux sortes de personnes, les morts et eux-mêmes, et jamais leurs contemporains, excepté le maître de la maison. Si quelqu'un d'eux disait un bon mot, les autres baissaient les yeux et se mordaient les lèvres de douleur de ne l'avoir pas dit. […] Chacun d'eux briguait une place de valet et une réputation de grand homme ; ils se disaient en face des choses insultantes, qu'ils croyaient des traits d'esprit. Ils avaient eu quelque connaissance de la mission de Babouc. L'un d'eux le pria tout bas d'exterminer un auteur qui ne l'avait pas assez loué il y avait cinq ans. Un autre demanda la perte d'un citoyen qui n'avait jamais ri à ses comédies. Un troisième demanda l'extinction de l'Académie, parce qu'il n'avait jamais pu parvenir à y être admis. Le repas fini, chacun d'eux s'en alla seul ; car il n'y avait pas dans toute la troupe deux hommes qui pussent se souffrir, ni même se parler ailleurs que chez les riches qui les invitaient à leur table. Babouc jugea qu'il n'y aurait pas grand mal quand cette vermine périrait dans la destruction générale.
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748) · Lire l'œuvre
Anicet-Charles-Gabriel Lemonnier, Lecture de la tragédie de L'Orphelin de la Chine de Voltaire dans le salon de Madame Geoffrin en 1755, huile sur toile, 1812 ✱Des gens de lettres réunis dans un salon parisien, comme les « lettrés » que Babouc invite à dîner.Domaine public · Wikimedia CommonsExtrait 2 · « Un vieux lettré »
Dès qu'il se fut défait d'eux, il se mit à lire quelques livres nouveaux. Il y reconnut l'esprit de ses convives. Il vit surtout avec indignation ces gazettes de la médisance, ces archives du mauvais goût, que l'envie, la bassesse et la faim ont dictées ; ces lâches satires où l'on ménage le vautour et où l'on déchire la colombe ; ces romans dénués d'imagination, où l'on voit tant de portraits de femmes que l'auteur ne connaît pas.
Il jeta au feu tous ces détestables écrits, et sortit pour aller le soir à la promenade. On le présenta à un vieux lettré qui n'était point venu grossir le nombre de ces parasites. Ce lettré fuyait toujours la foule, connaissait les hommes, en faisait usage, et se communiquait avec discrétion. Babouc lui parla avec douleur de ce qu'il avait lu et de ce qu'il avait vu.
« Vous avez lu des choses bien méprisables, lui dit le sage lettré ; mais dans tous les temps, et dans tous les pays, et dans tous les genres, le mauvais fourmille et le bon est rare. Vous avez reçu chez vous le rebut de la pédanterie, parce que, dans toutes les professions, ce qu'il y a de plus indigne de paraître est toujours ce qui se présente avec le plus d'impudence. Les véritables sages vivent entre eux, retirés et tranquilles ; il y a encore parmi nous des hommes et des livres dignes de votre attention. »
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748) · Lire l'œuvre
Document à l'appui : La Bruyère et les gens de lettres
Pour éclairer la satire de Voltaire, quatre remarques des Caractères ont été distribuées : la jalousie, la médisance, la fatuité des auteurs, et la modestie qui devrait être la leur.
« L'on m'a engagé, dit Ariste, à lire mes ouvrages à Zoïle : je l'ai fait. Ils l'ont saisi d'abord et avant qu'il ait eu le loisir de les trouver mauvais ; il les a loués modestement en ma présence, et il ne les a pas loués depuis devant personne. »
La Bruyère, Les Caractères, 1688 : la jalousie des lettrés
« Que dites-vous du livre d'Hermodore ? — Qu'il est mauvais, répond Anthime. — Qu'il est mauvais ? — Qu'il est tel, continue-t-il, que ce n'est pas un livre, ou qui mérite du moins que le monde en parle. — Mais l'avez-vous lu ? — Non », dit Anthime.
La Bruyère, Les Caractères, 1688 : la médisance des lettrés
Ne vouloir être ni conseillé ni corrigé sur son ouvrage est un pédantisme. Il faut qu'un auteur reçoive avec une égale modestie les éloges et la critique que l'on fait de ses ouvrages.
La Bruyère, Les Caractères, 1688 : la modestie de l'écrivain
Voltaire, Le Monde comme il va, 1748 : le dénouement
Le vieux lettré a ouvert les yeux de Babouc : « Vous êtes étranger ; les abus se présentent à vos yeux en foule, et le bien, qui est caché et qui résulte quelquefois de ces abus mêmes, vous échappe. » Les juges qui ont acheté leur charge jugent bien ; les financiers sont utiles. Le ministre, que tous accablent dans son antichambre, se révèle un vieillard estimable et malheureux. La dame du premier dîner obtient pour son mari la place qu'il mérite, et présente Babouc à la belle Théone, aussi aimable que bienfaisante. Il faut maintenant rendre compte à Ituriel.
Babouc, tout Scythe et tout envoyé qu'il était d'un génie, s'aperçut que, s'il restait encore à Persépolis, il oublierait Ituriel pour Théone. Il s'affectionnait à la ville, dont le peuple était poli, doux et bienfaisant, quoique léger, médisant et plein de vanité. Il craignait que Persépolis ne fût condamnée ; il craignait même le compte qu'il allait rendre.
Voici comment il s'y prit pour rendre ce compte. Il fit faire par le meilleur fondeur de la ville une petite statue composée de tous les métaux, des terres et des pierres les plus précieuses et les plus viles ; il la porta à Ituriel : « Casserez-vous, dit-il, cette jolie statue, parce que tout n'y est pas or et diamants ? »
Ituriel entendit à demi-mot ; il résolut de ne pas même songer à corriger Persépolis, et de laisser aller le monde comme il va. « Car, dit-il, si tout n'est pas bien, tout est passable. » On laissa donc subsister Persépolis ; et Babouc fut bien loin de se plaindre, comme Jonas qui se fâcha de ce qu'on ne détruisait pas Ninive. Mais, quand on a été trois jours dans le corps d'une baleine, on n'est pas de si bonne humeur que quand on a été à l'opéra, à la comédie, et qu'on a soupé en bonne compagnie.
Voltaire, Le Monde comme il va, vision de Babouc (1748), fin du conte · Lire l'œuvre
Voltaire, « Liberté de penser », Dictionnaire philosophique, 1765
Dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire utilise une grande variété de stratégies argumentatives. Le dialogue philosophique, hérité de Platon, est réhabilité par les philosophes comme un moyen de confronter des opinions. Dans l'article « Liberté de penser », un officier général anglais, milord Boldmind, et un comte portugais, Médroso, débattent d'une question fondamentale des Lumières : la nécessité de penser par soi-même. Chaque personnage représente un mode de pensée propre à sa nation : le libéralisme anglais face à l'obscurantisme portugais. Après le regard étranger de Babouc, c'est une autre manière de faire passer une thèse sans l'énoncer soi-même.
Texte · Boldmind et Médroso (début)Voltaire1694 – 1778
Vers l'an 1707, temps où les Anglais gagnèrent la bataille de Saragosse, protégèrent le Portugal, et donnèrent pour quelque temps un roi à l'Espagne, milord Boldmind, officier général, qui avait été blessé, était aux eaux de Barége. Il y rencontra le comte Médroso, qui, étant tombé de cheval derrière le bagage, à une lieue et demie du champ de bataille, venait prendre les eaux aussi. Il était familier de l'inquisition ; milord Boldmind n'était familier que dans la conversation : un jour, après boire, il eut avec Médroso cet entretien.
Boldmind. — Vous êtes donc sergent des dominicains ? vous faites là un vilain métier.
Médroso. — Il est vrai ; mais j'ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j'ai préféré le malheur de brûler mon prochain à celui d'être cuit moi-même.
Boldmind. — Quelle horrible alternative ! vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et qui, tout vainqueurs qu'ils étaient, ne s'arrogeaient pas le droit inouï de tenir les âmes dans les fers.
Médroso. — Que voulez-vous ? il ne nous est permis ni d'écrire, ni de parler, ni même de penser. Si nous parlons, il est aisé d'interpréter nos paroles, encore plus nos écrits. Enfin, comme on ne peut nous condamner dans un auto-da-fé pour nos pensées secrètes, on nous menace d'être brûlés éternellement par l'ordre de Dieu même, si nous ne pensons pas comme les jacobins. […]
Boldmind. — Il ne tient qu'à vous d'apprendre à penser ; vous êtes né avec de l'esprit ; vous êtes un oiseau dans la cage de l'inquisition ; le saint-office vous a rogné les ailes ; mais elles peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l'apprendre ; tout homme peut s'instruire : il est honteux de mettre son âme entre les mains de ceux à qui vous ne confieriez pas votre argent ; osez penser par vous-même.
Médroso. — On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange confusion.
Boldmind. — C'est tout le contraire. Quand on assiste à un spectacle, chacun en dit librement son avis, et la paix n'est point troublée ; mais si quelque protecteur insolent d'un mauvais poète voulait forcer tous les gens de goût à trouver bon ce qui leur paraît mauvais, alors les sifflets se feraient entendre, et les deux partis pourraient se jeter des pommes à la tête, comme il arriva une fois à Londres. […] Nous ne sommes heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire son avis.
Médroso. — Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien.
Boldmind. — Vous êtes tranquilles, mais vous n'êtes pas heureux ; c'est la tranquillité des galériens, qui rament en cadence et en silence.
Médroso. — Vous croyez donc que mon âme est aux galères ? — Boldmind. — Oui ; et je voudrais la délivrer. — Médroso. — Mais si je me trouve bien aux galères ? — Boldmind. — En ce cas vous méritez d'y être.
Voltaire, « Liberté de penser », Dictionnaire philosophique (1765)
Devoir sur table de fin de séquence, 1 h 30 (classe 207, janvier 2015)
Le devoir de fin de séquence porte sur un texte bref de Voltaire, publié dans les Nouveaux Mélanges. Un mufti de Constantinople y interdit l'imprimerie, rapportée de France par un ambassadeur. Le texte réunit ce que la séquence a étudié : une fiction orientale, un énonciateur qui n'est pas l'auteur, l'ironie.
Texte · « De l'horrible danger de la lecture »Voltaire1694 – 1778
Nous Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui ces présentes verront, sottise et bénédiction.
Comme ainsi soit que Saïd Effendi, ci-devant ambassadeur de la Sublime-Porte vers un petit État nommé Frankrom, situé entre l'Espagne et l'Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l'imprimerie, ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères les cadis et imans de la ville impériale de Stamboul, et surtout les fakirs connus par leur zèle contre l'esprit, il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser ladite infernale invention de l'imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées.
1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l'ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.
[Suivent cinq autres « causes » : les livres d'agriculture pourraient enrichir les paysans et leur inspirer l'amour du bien public ; l'histoire, « dégagée du merveilleux », rendrait justice aux bonnes et aux mauvaises actions ; les philosophes voudraient rendre les hommes meilleurs ; la médecine occidentale pourrait même protéger de la peste, « attentat énorme contre les ordres de la Providence ».]
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », Nouveaux Mélanges, vol. 3 (1765) · Lire l'œuvre
Ibrahim Müteferrika, carte de l'océan Indien et de la mer de Chine, gravée en 1728 pour un livre imprimé à Istanbul ✱Dans l'Empire ottoman, l'imprimerie arrive tard : Müteferrika y imprime ses premiers livres vers 1728.Domaine public · Wikimedia CommonsTexte (fin) · « Nous leur défendons expressément de penser »
À ces causes et autres, pour l'édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s'instruire, nous défendons aux pères et aux mères d'enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines ; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l'ancien usage de la Sublime-Porte.
[…]
Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l'an 1143 de l'hégire.
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », Nouveaux Mélanges, vol. 3 (1765)
10Bilan
Corriger la ville ou l'exterminer ?
Le verdict de Babouc · les mots de la séquence · les mots du récit
Le procès de Persépolis
✱
Ce qui effraie Babouc
Ce qu'il découvre ensuite
Une guerre sans cause, menée par des mercenaires
Des « actions de générosité, de grandeur d'âme, d'humanité » dans les deux camps
Les charges de juge et d'officier achetées
Les jeunes juges jugent bien, les jeunes officiers se battent bien
La richesse des financiers
Ils trouvent en une heure l'argent dont l'empereur a besoin
Les mages ambitieux, les lettrés envieux
Des « âmes célestes » parmi les mages, de vrais sages parmi les lettrés
La galanterie des dames
La dame sert son mari, Théone est bienfaisante
Les mots de la séquence
IIronie
Procédé qui repose sur la distance entre l'énonciateur et son énoncé : on laisse parler la cible pour faire apparaître l'incohérence de son raisonnement. Elle détourne la censure et crée une connivence avec le lecteur.
IImplicite
Ce qui est suggéré sans être dit ; il a plus de force, car il sollicite activement le destinataire.
MMaxime
Formule qui énonce une règle morale ou une vérité générale, au présent de vérité générale.
CCharge
Attaque virulente.
PPédanterie
Attitude de celui qui fait mine de savoir, de manière prétentieuse, et refuse d'être corrigé.
RRegistre polémique
Vocabulaire sans concession, qui pose un jugement moral sur l'adversaire.
RRegistre didactique
Volonté d'enseigner : passage par l'image, impératifs, ton assertif (affirmatif).
DDialogue philosophique
Genre hérité de Platon, réhabilité par les Lumières pour confronter des opinions.
TThèse
Position défendue ; on distingue la thèse de l'énonciateur (le mufti) et celle de l'auteur (Voltaire).
Les mots du récit
✱
AApologue
Récit bref, souvent allégorique, qui illustre une leçon morale : fable, conte philosophique.
CConte philosophique
Récit bref du XVIIIe siècle qui use du merveilleux et de l'exotisme pour critiquer la société et faire réfléchir.
IIncipit / dénouement
Le début d'un récit, qui pose le cadre ; la résolution de l'intrigue, qui livre ici la morale.
RRegard étranger
Point de vue d'un personnage venu d'ailleurs, qui rend étrange ce qui est familier au lecteur.
SSatire
Critique moqueuse des mœurs d'un groupe ou d'une société.
AAntiphrase
Dire le contraire de ce que l'on pense, pour être compris à l'inverse.
Sources : dossier « Argumentation 2014-2015 (206-207) » : texte intégral annoté du Monde comme il va avec plan de la nouvelle et vocabulaire (novembre 2014), « Le Monde comme il va, ouverture » (décembre 2014), corpus « Genres et formes de l'argumentation : la fable » (novembre 2014), corpus La Bruyère et Fénelon sur la guerre (novembre 2014), article « Paix » de l'Encyclopédie (2015), « Liberté de penser » et cours (mars 2015), DST de la 207 sur De l'horrible danger de la lecture (janvier 2015). Dossier de 1re STT 2003-2004 (« Essai, dialogue, apologue ») : devoirs et devoirs corrigés sur « Babouc et la guerre » (mars 2003), évaluation de lecture du conte, explication de « Babouc et les lettrés » et document à l'appui de La Bruyère, fiche « Rédiger une notice biographique », questions « format bac » sur « Liberté de penser » (2014). Textes de Voltaire, La Bruyère, Fénelon et de l'Encyclopédie du domaine public. Les compléments rédigés pour ce manuel (encadré sur l'auteur, « Avant de lire », questions de la séance 4, morale du conte, éléments de correction du devoir, tableau du procès de Persépolis, « Les mots du récit ») sont signalés « Ajout pédagogique ».
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
moralerécitleçonallégorieargumenterplaire et instruire
Étymologie
apologos grec : récit, fable
logos grec : parole, discours
apologie mot voisin à ne pas confondre : la défense de quelqu'un
Expressions
argumenter en racontant : le principe de l'apologue
« plaire et instruire » : le double but de l'apologue classique
l'apologue de la statue : le dénouement du Monde comme il va
Références culturelles
Ésope, Fables, VIe siècle av. J.-C.Ésope fixe le modèle de l'apologue : un court récit, souvent animalier, porteur d'une leçon morale.
Jean de La Fontaine, Fables, 1668La Fontaine met en vers les apologues antiques pour plaire et instruire à la fois.
Charles Perrault, Histoires ou contes du temps passé, 1697Ses contes s'achèvent par des moralités en vers qui en font des récits à visée morale.
Voltaire, Le Monde comme il va, 1748Babouc, chargé de juger Persépolis, conclut qu'il ne faut pas la détruire : un récit au service d'une leçon.
Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Ce dialogue fictif sert, comme un apologue, à montrer qu'un incroyant peut être vertueux.
critiquen. f.critiquerv.critiquableadj.autocritiquen. f.
Champ lexical
raisondouteexamenpreuvelibertépréjugé
Étymologie
kritikos grec : capable de juger
krinein grec : trier, séparer, juger
spiritus latin : souffle, esprit
Expressions
« Sapere aude ! » : latin : ose savoir, devise des Lumières selon Kant
penser par soi-même : ne pas se laisser imposer une opinion
« Que sais-je ? » : la devise de Montaigne
Références culturelles
Montaigne, Essais, 1580Montaigne soumet coutumes et opinions à son jugement, avec pour devise « Que sais-je ? ».
René Descartes, Discours de la méthode, 1637Descartes demande de ne tenir aucune chose pour vraie sans l'avoir examinée par le doute méthodique.
Voltaire, Dictionnaire philosophique (« Liberté de penser »), 1765Voltaire y défend le droit de chacun de penser par lui-même contre l'autorité imposée.
Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?, 1784Kant invite chacun à se servir de son propre entendement sans la tutelle d'autrui.
11IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Boldmind contre Médroso : l'IA joue l'inquisition
En classe30 min
Objectif. Comprendre le dialogue argumentatif de « Liberté de penser » (Dictionnaire philosophique) en tenant le rôle de Boldmind face à Médroso joué par l'IA.
Relis le début et la fin du dialogue et reformule les deux thèses.
Demande à l'IA de jouer Médroso, qui défend l'obéissance sans réfléchir.
Réponds-lui comme Boldmind, avec des arguments tirés du texte et du conte.
Compare la conversation avec le texte : l'IA a-t-elle été plus ou moins convaincante que le Médroso de Voltaire ?
À écrire à l'IA
Joue Médroso dans le dialogue « Liberté de penser » de Voltaire (Dictionnaire philosophique, 1765) : tu défends l'idée qu'il vaut mieux ne pas penser par soi-même et obéir. Je suis en Seconde et je joue Boldmind. Réponds-moi en 2 ou 3 phrases à chaque fois, sans citer de phrases que Voltaire n'a pas écrites.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA respecte le personnage et l'époque, et qu'elle n'invente pas de citations. Demande-toi aussi pourquoi Voltaire choisit le dialogue pour défendre sa thèse.
2
Qui a écrit l'article « Paix » ? Enquête
À la maison20 min
Objectif. Préparer la question sur le corpus contre la guerre (La Bruyère, Fénelon, Encyclopédie) en vérifiant une attribution incertaine.
Lis la source du texte C : le manuel signale un doute sur l'auteur de l'article « Paix ».
Demande à l'IA qui a écrit cet article et en quelle année.
Cherche la réponse dans une source fiable (dictionnaire, édition numérique de l'Encyclopédie) et compare.
Écris en 3 lignes ce que tu as trouvé et ta source.
À écrire à l'IA
Qui est l'auteur de l'article « Paix » de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, et dans quel volume et quelle année a-t-il paru ? Indique ton degré de certitude et la source où je peux vérifier.
Garde ton esprit critique. C'est un piège : l'attribution est discutée. Si l'IA répond avec assurance sans source, méfie-toi. Seule une source vérifiable compte ; sinon, garde la mention « [à vérifier] ».
3
« Ne vouloir être ni conseillé ni corrigé » : relire mon dialogue
À la maison45 min
Objectif. Réussir l'écriture du devoir (dialogue argumentatif entre Joussouf-Chéribi et un défenseur de la lecture) en acceptant la critique, comme le conseille La Bruyère.
Écris seul ton dialogue et le petit récit préliminaire.
Demande à l'IA une critique de tes arguments, sans réécriture.
Garde ou refuse chaque remarque en une phrase de justification.
Relis la maxime de La Bruyère : ta façon de recevoir la critique a-t-elle été « pédante » ?
À écrire à l'IA
Voici le dialogue argumentatif que j'ai écrit en Seconde entre le mufti Joussouf-Chéribi (personnage de Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture ») et un défenseur de la lecture (je le colle ci-dessous). Ne le réécris pas. Dis-moi si les arguments se répondent vraiment et si l'ironie du mufti est visible.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA juge ton texte et non le texte de Voltaire. Refuse les remarques qui effacent ton style ou l'ironie que tu as voulue.
4
Interpréter la statue : ma lecture et celle de l'IA
En classe ou à la maison30 min
Objectif. Répondre à la question finale de l'évaluation de lecture (interpréter la fin du conte : « si tout n'est pas bien, tout est passable »).
Relis l'extrait de la fin du conte et la notion d'apologue.
Écris seul ton interprétation en 10 lignes.
Demande à l'IA la sienne.
Compare avec l'encadré « la morale du conte » : qui est le plus proche du texte ? Corrige ta réponse sans recopier.
À écrire à l'IA
Dans Le Monde comme il va de Voltaire (1748), Babouc présente à Ituriel une petite statue faite de métaux précieux et de matières grossières. Je suis en Seconde. Propose en 10 lignes une interprétation de cette fin, en expliquant le rôle de la statue comme apologue.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA décrit bien la statue comme dans le texte, et qu'elle ne confond pas avec la fin de Candide (« cultiver notre jardin »).
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
7 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
09
La mission de BaboucAprès la lecture intégrale du conte à la maison, comprendre le cadre posé par l'incipit (une mission, un regard étranger, un verdict à rendre), reconstruire le…
10
Pourquoi se bat-on ?Préparer l'explication de l'épisode de la guerre avec les questions d'Etienne Buraud : repérer les mouvements du texte, comprendre comment le regard naïf de Babouc et…
11
Le temple et le marchandComprendre comment le regard étranger de Babouc rend étrange une réalité familière (une église), observer comment il juge trop vite, puis étudier le…
12
Le mauvais fourmille et le bon est rareAnalyser la satire des gens de lettres et la leçon du vieux lettré, étudier la maxime et le présent de vérité générale, rapprocher Voltaire de La Bruyère, puis…
13
La statue de BaboucComprendre comment le dénouement délivre la morale du conte par un objet symbolique, étudier les tournures de la concession qui traduisent un jugement nuancé…
14
Osez penser par vous-mêmeAprès le regard étranger de Babouc, découvrir une autre manière de faire passer une thèse : le dialogue. On présente le texte et ses thèses avec les questions…
15
Défense de penserReprendre les questions de compréhension du devoir de fin de séquence d'Etienne Buraud, puis analyser le mécanisme de l'antiphrase et le style officiel parodié par…