Auteur dramatique et comédien français du XVIIe siècle, Molière a dirigé sa propre troupe et joué devant le roi Louis XIV. Ses comédies se moquent des défauts humains et des abus de son temps, comme Dom Juan (1665) ou Les Fourberies de Scapin (1671). Dans Le Médecin malgré lui (1666), étudié sur le site, un pauvre fagotier est obligé de se faire passer pour médecin.
Auteur dramatique français du XVIIe siècle, Racine est le grand maître de la tragédie classique en alexandrins. Ses héros sont emportés par des passions amoureuses violentes qui les conduisent au malheur. Ses pièces les plus célèbres sont Andromaque (1667) et Phèdre (1677), toutes deux étudiées sur le site. Il est ensuite devenu historiographe du roi Louis XIV.
Écrivain français du XVIIIe siècle, Marivaux a surtout écrit des comédies pour les comédiens italiens de Paris. Ses pièces analysent finement la naissance de l'amour, comme Le Jeu de l'amour et du hasard (1730). Dans L'Île des esclaves (1725), étudiée sur le site, maîtres et serviteurs échangent leurs rôles sur une île. On parle de « marivaudage » pour désigner son style.
Écrivain français du XIXe siècle, Victor Hugo est le chef de file du romantisme. Il a écrit des poèmes, comme Les Contemplations (1856), du théâtre et des romans, comme Les Misérables (1862). Opposé à Napoléon III, il a vécu en exil pendant près de vingt ans. Sur le site, on étudie notamment « Les Djinns » et « Demain, dès l'aube… ».
Poète et auteur dramatique français, Musset est une grande figure du romantisme. Il a écrit des pièces pleines de fantaisie et de mélancolie, comme Les Caprices de Marianne (1833) et Lorenzaccio (1834), toutes deux étudiées sur le site, mais aussi des poèmes, comme Les Nuits. Sa liaison avec George Sand l'a profondément marqué.
Cette séquence de Première technologique fait lire en œuvre intégrale une comédie que son auteur n'écrivait pas pour la scène : Les Caprices de Marianne, publiée par Alfred de Musset en 1833 et créée seulement en 1851. Elle pose une question : comment un texte de théâtre appelle-t-il sa représentation ? On entre dans l'œuvre par ses couvertures, on compare des scènes d'exposition, puis on suit en quatre lectures la trajectoire de la pièce, de la rue napolitaine en plein carnaval jusqu'au cimetière du dénouement. Une captation de la première scène sert de point d'appui pour passer du texte au plateau. La séquence prépare aux épreuves écrites de l'EAF : questions sur un corpus, commentaire, écriture d'invention.
Fiche enseignant
Intitulé
Les Caprices de Marianne : lire et mettre en scène
Objet d'étude
Le théâtre : texte et représentation (programme de Première de 2001)
Classe
Première STT, année 2003-2004
Œuvre intégrale
Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, comédie en deux actes (1833)
Groupement
Trois scènes d'exposition : Sophocle, Racine, Marivaux
Durée
Dix séances environ, de novembre 2003 à janvier 2004
Fil rouge
Lire un texte de théâtre, c'est déjà imaginer sa mise en scène.
Le parcours
N°
Dominante
Support
Notions et savoir-faire
1
Entrer dans l'œuvre
Quatre éditions de la pièce, recto et verso
Horizon d'attente, paratexte, registres
2
Qu'est-ce qu'une exposition ?
Sophocle, Œdipe roi ; Racine, Phèdre, I, 1 ; Marivaux, La Double Inconstance, I, 1
Scène d'exposition ; répondre à une question de corpus
Acte I, scène 1 : Ciuta, Marianne, Cœlio, Claudio, Octave
Une exposition éclatée ; le couple Cœlio-Octave
Texte 2
Acte II, scène 1 : seconde entrevue d'Octave et de Marianne
Une joute oratoire et un plaidoyer pour les femmes
Texte 3
Acte II : Octave attablé, Marianne vient le provoquer
Les liens qui se nouent sous le conflit
Texte 4
Acte II, dernière scène : Octave et Marianne au cimetière
Un dénouement tragique et pathétique
2Séance 1 · Ouverture
Quatre couvertures pour une pièce
Paratexte et horizon d'attente
Avant d'ouvrir la pièce, on l'aborde par ses seuils. Le document distribué en classe réunit quatre éditions de poche des Caprices de Marianne (Larousse, Hachette, Folio, Flammarion) : on observe d'abord l'image de couverture, au recto, puis le texte de présentation, au verso. Chaque éditeur propose une lecture de la pièce avant même qu'on l'ait lue : c'est ce qu'on appelle l'horizon d'attente.
Sophocle, Racine, Marivaux : trois manières d'ouvrir une pièce
Avant de lire la première scène des Caprices de Marianne, on compare trois ouvertures de pièces, une tragédie grecque, une tragédie classique et une comédie du XVIIIe siècle. L'objectif est double : construire la notion de scène d'exposition et s'entraîner à l'exercice de la question sur un corpus, première partie de l'épreuve écrite de l'EAF.
Texte A · Sophocle, Œdipe roi, prologue
La scène est à Thèbes, devant le palais d'Œdipe. Une longue didascalie installe un tableau solennel : des enfants et des jeunes gens sont prosternés sur les marches, des rameaux de suppliants à la main, conduits par le prêtre de Zeus ; la porte s'ouvre, Œdipe paraît. Le roi interroge les suppliants ; le prêtre lui répond en décrivant le fléau qui frappe la ville, la Peste, qui détruit les récoltes, les troupeaux et les enfants à naître. Il rappelle qu'Œdipe a jadis délivré Thèbes de la Sphinx et le supplie de la sauver une seconde fois. (Texte distribué en classe dans la traduction du Livre de Poche.)
Texte B · Acte I, scène 1 · « Le dessein en est pris »Jean Racine1639 – 1699
La scène est à Trézène, ville du Péloponnèse. HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE.
Hippolyte
[Théramène rappelle qu'il a déjà cherché Thésée en vain, et demande à Hippolyte pourquoi il veut fuir des lieux si chers à son enfance.]
Hippolyte
Jean Racine, Phèdre, acte I, scène 1, v. 1-7 et 34-36 (1677)
Texte C · Acte I, scène 1 · « Vous m'ennuyez »Marivaux1688 – 1763
SILVIA, TRIVELIN et quelques femmes à la suite de Silvia. Silvia paraît sortir comme fâchée.
Trivelin Mais, Madame, écoutez-moi.
Silvia Vous m'ennuyez.
Trivelin Ne faut-il pas être raisonnable ?
Silviaimpatientée Non, il ne faut pas l'être, et je ne la serai point.
Trivelin Cependant…
Silviaavec colère Cependant, je ne veux point avoir de raison ; et quand vous recommenceriez cinquante fois votre cependant, je n'en veux point avoir : que ferez-vous là ?
Trivelin Vous avez soupé hier si légèrement, que vous serez malade si vous ne prenez rien ce matin.
Silvia Et moi, je hais la santé, et je suis bien aise d'être malade. Ainsi, vous n'avez qu'à renvoyer tout ce qu'on m'apporte ; car je ne veux aujourd'hui ni déjeuner, ni dîner, ni souper ; demain la même chose ; je ne veux qu'être fâchée, vous haïr tous tant que vous êtes, jusqu'à ce que j'aie vu Arlequin, dont on m'a séparée. […]
[Trivelin rappelle à Silvia que le Prince l'aime et veut l'épouser ; elle refuse les honneurs du palais et réclame son « pauvre Arlequin ». Quand on lui promet qu'elle le reverra, elle sort.]
Pendant qu'elle sort, le Prince et Flaminia entrent d'un autre côté et la regardent sortir.
Marivaux, La Double Inconstance, acte I, scène 1 (1723), début
✱La pièce s'ouvre dans une rue de Naples, devant la maison du juge Claudio, en plein carnaval. En quelques pages, cinq personnages se croisent sans jamais se trouver tous ensemble : l'entremetteuse Ciuta, Marianne qui se rend à la messe, Cœlio l'amoureux, Claudio le mari jaloux et son valet Tibia, enfin Octave, en costume de carnaval, qui sort d'une nuit de fête. On lit la scène à la lumière de la séance précédente : est-ce une exposition comme les autres ?
Acte I, scène 1 · « Ma belle dame »Alfred de Musset1810 – 1857
Une rue devant la maison de Claudio. MARIANNE, sortant de chez elle, un livre de messe à la main ; CIUTA, l'abordant.
Ciuta Ma belle dame, voulez-vous que je vous dise un mot ?
Marianne Que me voulez-vous ?
Ciuta Un jeune homme de cette ville est éperdument amoureux de vous ; depuis un mois entier, il cherche vainement l'occasion de vous l'apprendre. Son nom est Cœlio ; il est d'une noble famille et d'une figure distinguée.
Marianne En voilà assez. Dites à celui qui vous envoie qu'il perd son temps et sa peine, et que, s'il a l'audace de me faire entendre une seconde fois un pareil langage, j'en instruirai mon mari. (Elle sort.)
Cœlioentrant Eh bien ! Ciuta, qu'a-t-elle dit ?
Ciuta Plus dévote et plus orgueilleuse que jamais. Elle instruira son mari, dit-elle, si on la poursuit plus longtemps.
Cœlio Ah ! malheureux que je suis, je n'ai plus qu'à mourir ! Ah ! la plus cruelle de toutes les femmes ! Et que me conseilles-tu, Ciuta ? quelle ressource puis-je encore trouver ?
Ciuta Je vous conseille d'abord de sortir d'ici, car voici son mari qui la suit. (Ils sortent.)
Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, acte I, scène 1 (1833), début
Umberto Brunelleschi, « Il y pleut des guitares et des messages secrets », illustration des Caprices de Marianne, 1913 ✱Sérénades et messages secrets autour de la maison de Marianne : Cœlio fait sa cour par intermédiaires.Domaine public · Wikimedia Commons
✱[Entrent Claudio et son valet Tibia : le juge est décidé à se venger des sérénades qu'on donne sous les fenêtres de sa femme et veut faire guetter le galant par des spadassins. Cœlio revient, seul, et se lamente sur son amour sans espoir. Arrive alors Octave, déguisé, encore ivre de sa nuit de fête.]
Acte I, scène 1 · Deux amis face à face
Cœlio Octave ! ô fou que tu es ! tu as un pied de rouge sur les joues ! D'où te vient cet accoutrement ? N'as-tu pas de honte, en plein jour ?
Octave Ô Cœlio ! fou que tu es ! tu as un pied de blanc sur les joues ! D'où te vient ce large habit noir ? N'as-tu pas de honte, en plein carnaval ?
Cœlio Quelle vie que la tienne ! Ou tu es gris, ou je le suis moi-même.
Octave Ou tu es amoureux, ou je le suis moi-même.
Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, acte I, scène 1 (1833), extrait
Après l'avoir lue, on regarde la première scène jouée par des comédiens, dans la captation d'une mise en scène vue en classe. Le texte de Musset donne peu d'indications scéniques : le metteur en scène doit tout inventer, le décor, les costumes, les gestes, les silences. La comparaison entre ce que l'on avait imaginé à la lecture et ce que montre le plateau fait apparaître ce qu'est une mise en scène : une lecture, une interprétation du texte.
Musset, Les Caprices de Marianne, acte II, scène 1 : Octave et Marianne
Umberto Brunelleschi, « Aimez-vous les chevaux, la chasse, les fêtes, les spectacles ? », illustration des Caprices de Marianne, 1913 ✱Marianne, belle et fière, face à un interlocuteur : la pièce est faite de ces joutes de paroles.Domaine public · Wikimedia Commons
Situation. C'est la seconde entrevue entre Octave et Marianne ; la première, à l'acte I, a abouti à l'échec de la médiation d'Octave. Ce désaveu cinglant a pour effet le renoncement de Cœlio, comme l'apprend la conversation entre Ciuta, la première entremetteuse, et Octave, le second. Ce renoncement encourage Octave à tenter de nouveau sa chance, par entêtement, lui qui se sent « une autre Marianne ». Cet entêtement s'explique aussi par la haine qu'il éprouve pour Claudio, son cousin, qu'il « méprise et abhorre depuis les pieds jusqu'à la tête ».
Le passage. Marianne sort pour se rendre à vêpres ; Octave l'aborde. Elle l'accueille par des railleries : Cœlio a-t-il donc besoin d'un ambassadeur, d'un interprète, d'une nourrice ? Octave réplique pied à pied et lui reproche sa froideur : elle a été nourrie, dit-il en substance, du lait de l'indifférence. Il la compare à une fleur sans parfum, à une statue que rien n'anime. Marianne change alors de stratégie et répond par trois longues tirades : elle y dénonce la condition des femmes, condamnées d'avance, soit comme femmes faciles si elles cèdent, soit comme beautés glaciales si elles résistent. (Texte distribué en classe.)
« Une rose du Bengale, Marianne, sans épine et sans parfum. »
Octave à Marianne, acte II, scène 1 [citation à vérifier dans l'édition de la classe]
Musset, Les Caprices de Marianne, acte II : la troisième entrevue
Eugène Lami (dessin) et Adolphe Lalauze (gravure), vignette pour Les Caprices de Marianne, XIXe siècle ✱Octave attablé devant une cruche de vin, Marianne debout face à lui : le vin et la femme.Domaine public · Wikimedia Commons
Situation. Après l'entrevue animée de Marianne et de Claudio, au cours de laquelle Marianne a tout dit à son mari, Octave retrouve Cœlio. Il abandonne la partie : Marianne est « une bégueule », et lui-même est resté « comme une brute », sans pouvoir lui répondre. Cœlio, qui a un projet, refuse la proposition d'Octave de prendre une maîtresse plus facile. Resté seul, Octave s'attable devant un cabaret et s'enivre. Il voit alors arriver Marianne.
Le passage. C'est la troisième entrevue des deux personnages. Une relation se noue dans le conflit, qui est devenu un plaisir de la joute. Marianne vient chercher querelle à Octave et continue de filer l'image qu'il avait lui-même employée : le vin vaut la femme. Elle le met devant la contradiction de son comportement à l'égard de cette image. Octave répond par une petite leçon de morale : il oppose la beauté généreuse, qui se donne, à la beauté avare, qui se refuse. (Texte distribué en classe.)
Musset, Les Caprices de Marianne, acte II, dernière scène : le cimetière
✱Situation. Marianne a donné rendez-vous à Octave, qui a envoyé Cœlio à sa place. Avertie que son mari a posté des spadassins dans le jardin, elle a voulu prévenir celui qu'elle attendait ; Cœlio, l'entendant prononcer le nom d'Octave, s'est cru trahi par son ami et s'est laissé tuer. La dernière scène se déroule dans un cimetière, devant le tombeau de Cœlio.
Cette scène finale est marquée par une série de ruptures. Rupture de lieu d'abord : pour la première fois, la scène s'éloigne de la rue et de la maison de Claudio, où se concentrait l'action. Rupture de ton ensuite : la comédie s'achève sur une tombe. Ce dénouement avait pourtant été annoncé : au premier acte, Hermia, la mère de Cœlio, racontait à son fils l'histoire d'Orsini, un amoureux qui avait pris un ami pour intermédiaire, avait vu la femme aimée se tourner vers cet ami et en était mort.
Acte II, dernière scène · « Cœlio était la bonne partie de moi-même »Alfred de Musset1810 – 1857
Un cimetière. OCTAVE et MARIANNE, auprès d'un tombeau.
Octave Moi seul au monde je l'ai connu. Cette urne d'albâtre, couverte de ce long voile de deuil, est sa parfaite image. […] Cœlio était la bonne partie de moi-même ; elle est remontée au ciel avec lui. C'était un homme d'un autre temps ; il connaissait les plaisirs, et leur préférait la solitude ; il savait combien les illusions sont trompeuses, et il préférait ses illusions à la réalité. Elle eût été heureuse, la femme qui l'eût aimé.
Marianne Ne serait-elle point heureuse, Octave, la femme qui t'aimerait ?
Octave Je ne sais point aimer ; Cœlio seul le savait. […] Je ne suis qu'un débauché sans cœur ; je n'estime point les femmes ; l'amour que j'inspire est comme celui que je ressens, l'ivresse passagère d'un songe. […] Ma gaieté est comme le masque d'un histrion ; mon cœur est plus vieux qu'elle, mes sens blasés n'en veulent plus. Je ne suis qu'un lâche ; sa mort n'est point vengée.
Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, acte II, dernière scène (1833), début (extraits)
Charles Martin, illustration des Caprices de Marianne pour les Œuvres complètes illustrées d'Alfred de Musset, 1928 ✱La nuit, des hommes armés et des musiciens dans une rue : l'atmosphère du guet-apens où meurt Cœlio.Domaine public · Wikimedia Commons
✱[Marianne objecte que Claudio est trop vieux pour accepter un duel et trop puissant pour craindre Octave.]
Acte II, dernière scène · « Adieu l'amour et l'amitié ! »
Octave Cœlio m'aurait vengé si j'étais mort pour lui comme il est mort pour moi. Ce tombeau m'appartient : c'est moi qu'ils ont étendu dans cette sombre allée ; c'est pour moi qu'ils avaient aiguisé leurs épées ; c'est moi qu'ils ont tué. Adieu la gaieté de ma jeunesse, l'insouciante folie, la vie libre et joyeuse au pied du Vésuve ! adieu les bruyants repas, les causeries du soir, les sérénades sous les balcons dorés ! adieu Naples et ses femmes, les mascarades à la lueur des torches, les longs soupers à l'ombre des forêts ! adieu l'amour et l'amitié ! ma place est vide sur la terre.
Marianne Mais non pas dans mon cœur, Octave. Pourquoi dis-tu : adieu l'amour ?
Octave Je ne vous aime pas, Marianne ; c'était Cœlio qui vous aimait.
Alfred de Musset, Les Caprices de Marianne, acte II, dernière scène (1833), fin
Beaumarchais, Le Barbier de Séville, acte II : la scène de la lettre
✱En module (demi-groupe), on s'entraîne au commentaire sur une scène de comédie. Dans Le Barbier de Séville (1775), le vieux docteur Bartholo, tuteur jaloux, veut épouser sa pupille Rosine, qu'il tient enfermée. Le comte Almaviva, déguisé, a réussi à glisser une lettre à la jeune fille. Bartholo l'a vu et exige de lire ce papier ; Rosine, qui le cache, se défend par la ruse : elle dissimule, feint l'indignation, puis l'évanouissement, et tombe dans un fauteuil, ce qui lui permet d'échanger la lettre. (Acte II, scène 15 [numéro de scène à vérifier dans l'édition de la classe], texte distribué en classe.)
Les élèves ont rédigé, par groupes, des paragraphes de commentaire, projetés ensuite sur transparent et corrigés en commun. Le plan suivi était le suivant.
Partie
Idée directrice
I.1
Une scène animée et vive : les interjections se succèdent (« Ah, ah ! », « Bon ! »).
I.2
La fonction des objets : la lettre, objet central de l'intrigue ; la porte ; le fauteuil, qui sert à Rosine pour simuler sa chute.
I.3
Les apartés et la double énonciation : « Dissimulons » ; « Si je ne le mets pas en colère, il n'y aura pas moyen d'y refuser ».
II.1
L'enchaînement des répliques : questions et réponses, exclamations, absence de tirades.
II.2
L'évolution du contenu des répliques : de la jalousie à une lutte de pouvoir entre le tuteur et sa pupille.
Évaluation de fin de séquence · sujet de type bac, 3 heures
Le devoir reprend la forme de l'épreuve écrite de l'EAF en série technologique : des questions sur un corpus de trois textes (6 points), puis un exercice d'écriture au choix (14 points). Le corpus réunit un drame romantique, une tragédie et une comédie : il permet de réinvestir tout le travail de la séquence sur l'exposition, l'espace scénique et les didascalies.
Texte A · Acte I, scène 1 · « Serait-ce déjà lui ? »Victor Hugo1802 – 1885
Acte premier : Le roi. Saragosse. Une chambre à coucher. La nuit. Une lampe sur une table.
DOÑA JOSEFA DUARTE, vieille, en noir, avec le corps de sa jupe cousu de jais1, à la mode d'Isabelle la Catholique ; DON CARLOS.
Doña Josefaseule. Elle ferme les rideaux cramoisis2de la fenêtre et met en ordre quelques fauteuils. On frappe à une petite porte dérobée à droite. Elle écoute. On frappe un second coup.
Un nouveau coup.
Un quatrième coup.
Elle ouvre la petite porte masquée. Entre don Carlos, le manteau sur le nez et le chapeau sur les yeux.
Elle l'introduit. Il écarte son manteau et laisse voir un riche costume de velours et de soie, à la mode castillane de 1519. Elle le regarde sous le nez et recule étonnée.
Don Carloslui saisissant le bras
Il la regarde fixement. Elle se tait, effrayée.
[La scène se poursuit : Josefa se tait, puis répond par de simples « oui » aux questions de don Carlos.]
Victor Hugo, Hernani, acte I, scène 1 (1830), début
Albert Besnard, La Première d'Hernani. Avant la bataille, huile sur toile, 1905 ✱Le soir de la première d'Hernani en 1830 : le public se déchire sur cette ouverture qui choque.Domaine public · Wikimedia Commons
1. Pierre noire et brillante. 2. D'un rouge foncé tirant sur le violet. 3. Au secours ! 4. Femme âgée chargée de veiller sur la conduite d'une jeune femme. 5. Qui touche à sa fin, très vieux.
Texte B · Acte I, scène 1 · « Arrêtons un moment »Jean Racine1639 – 1699
Titus, qui aimait passionnément Bérénice, et qui lui avait même promis de l'épouser, se voit contraint de la renvoyer de Rome dès les premiers jours de son Empire. ANTIOCHUS1, ARSACE2.
Antiochus
[Arsace s'étonne qu'un roi, ancien amant de Bérénice, se dise « importun » ; Antiochus lui ordonne d'obéir.]
Jean Racine, Bérénice, acte I, scène 1, v. 1-10 (1670)
1. Prince d'Orient, amoureux de Bérénice, qui ne partage pas son amour. 2. Confident d'Antiochus. 3. Le luxe. 4. Empereur de Rome, amoureux de Bérénice. 5. Bérénice, qui aime Titus.
Texte C · Acte V, scène 3 · « Ô ma chère cassette ! »Molière1622 – 1673
Valère, intendant d'Harpagon, aime Élise, la fille de ce dernier. Lorsqu'on dérobe à Harpagon la cassette où il conservait son argent, il accuse son intendant. Mais Valère croit être accusé de l'enlèvement d'Élise.
Valère Moi ? Je ne l'ai point enlevée, et elle est encore chez vous.
Harpagonà part Ô ma chère cassette ! (Haut.) Elle n'est point sortie de ma maison ?
Valère Non, monsieur.
Harpagon Hé ! dis-moi donc un peu : tu n'y as point touché ?
Valère Moi, y toucher ! Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi ; et c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle.
Harpagonà part Brûlé pour ma cassette !
Valère J'aimerais mieux mourir que de lui avoir fait paraître aucune pensée offensante : elle est trop sage et trop honnête pour cela.
Harpagonà part Ma cassette trop honnête !
Valère Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue, et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.
Harpagonà part Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d'elle comme un amant d'une maîtresse.
[Valère invoque le témoignage de dame Claude, la servante ; Harpagon, de plus en plus perdu, finit par demander : « Que nous brouilles-tu ici de ma fille ? »]
Molière, L'Avare, acte V, scène 3 (1668), extrait
11Séance 10 · Corrigé
Correction de l'évaluation
Questions sur le corpus, commentaire et invention
I. Questions sur le corpus : réponse rédigée
Introduction. Le corpus soumis à notre étude comprend trois textes théâtraux. Deux d'entre eux appartiennent à l'époque classique et sont presque contemporains ; ils s'opposent par leur genre : Bérénice (1670) est une tragédie de Racine, alors que L'Avare (1668) est une comédie de Molière. Le troisième texte est un extrait d'Hernani, drame romantique de Victor Hugo dont la première représentation, en 1830, donna lieu à une célèbre bataille sur l'esthétique théâtrale. Ces trois textes jouent fortement des possibilités du langage théâtral pour mettre en valeur les spécificités de leur genre. Nous comparerons d'abord la façon dont les dramaturges organisent l'espace scénique dans les extraits d'Hernani et de Bérénice, puis l'usage des didascalies chez Hugo et chez Molière.
1. L'espace scénique (textes A et B). L'espace scénique correspond à l'ensemble des éléments constitutifs du décor et à sa géographie sur la scène : c'est de son organisation que dépend la mise en scène. L'importance des didascalies frappe le lecteur de la première scène d'Hernani. Elles indiquent à la fois le lieu, « une chambre à coucher », et le moment, « la nuit » ; elles détaillent les éléments du décor (lampe, table, rideaux cramoisis, fauteuils, fenêtre) et règlent avec minutie les entrées et les sorties : « une petite porte dérobée à droite », « la petite porte masquée ». Une didascalie interne désigne en outre un élément hors scène, l'escalier : « C'est bien à l'escalier / Dérobé. » L'exposition de Bérénice organise elle aussi l'espace, mais autrement : sans aucune didascalie, la courte tirade d'Antiochus dessine un lieu fastueux (« la pompe de ces lieux », « ce cabinet superbe ») et place sur la scène deux portes menant aux appartements de Titus et de Bérénice : « De son appartement cette porte est prochaine, / Et cette autre conduit dans celui de la Reine. » Ce sont les didascalies internes qui dessinent ce lieu à la fois luxueux et secret, à mi-chemin entre les deux amants.
2. Les didascalies (textes A et C). Molière et Hugo utilisent les didascalies dans des perspectives à la fois complémentaires et opposées : toutes accentuent la théâtralité de la scène, mais elles servent des intentions esthétiques différentes. Hugo impose un dispositif qui ne laisse rien au hasard. Doña Josefa doit accueillir en cachette l'amant de sa maîtresse, Hernani, mais reçoit la visite de don Carlos. Les didascalies insistent donc sur la richesse des costumes (« le corps de sa jupe cousu de jais », « riche costume de velours et de soie »), sur la dissimulation (« le manteau sur le nez et le chapeau sur les yeux ») et sur une gestuelle forte, celle d'une scène d'intimidation (« lui saisissant le bras », « il la secoue par le bras »), dont l'effet est l'effroi de la victime : « Elle se tait, effrayée. » Elles accentuent la tension dramatique. Chez Molière, au contraire, les didascalies ont une fonction essentiellement comique : elles se résument aux mentions des apartés d'Harpagon. Le comique de situation repose sur un quiproquo qui fait confondre Élise et la cassette ; les apartés font jouer à plein la double énonciation et soulignent l'étonnement d'Harpagon devant les réponses de Valère.
Conclusion. Ces trois moments de théâtre fondent leur efficacité spectaculaire sur un langage qui leur est propre : l'usage des didascalies internes ou externes montre comment le dramaturge visualise l'espace scénique et le compose de manière plus ou moins dirigiste ; il prouve aussi que les didascalies peuvent servir efficacement les registres dramatique et comique.
II. L'invention : analyser les contraintes
Le sujet prend appui sur l'extrait de L'Avare, scène comique de quiproquo à deux personnages. Il faut toujours identifier le texte du corpus dont le sujet s'inspire, afin d'y reconnaître d'avance les caractéristiques formelles à reproduire.
Contrainte explicite
Ce qu'elle implique
Scène de comédie
Présentation de type « scène de théâtre » : disposition du dialogue, numérotation de la scène, didascalie de décor, éventuellement présentation de la situation. Comédie de mœurs, de caractère ou d'intrigue ; milieu bourgeois ; intrigue amoureuse de préférence ; personnages de même rang ou de rangs différents (valet, maître, dame de compagnie, amoureux éconduit…).
Quiproquo
Méprise qui fait prendre une personne ou une chose pour une autre, et situation qui en résulte. La scène doit reposer tout entière sur ce malentendu, source du comique.
Dialogue adapté au genre
Un dialogue vif et animé, porté par des répliques courtes qui s'enchaînent de diverses manières (interruptions, réponses du tac au tac) ; interrogations et exclamations dominantes.
Formes du langage théâtral
Les didascalies jouent un rôle important : mise en valeur de la double énonciation (à part, bas, haut), jeu d'acteur, déplacements, gestes, mimiques, intonations.
Contrainte implicite générale
Une langue nécessairement soignée, quel que soit le sujet : correction orthographique et syntaxique.
✱Sources : documents de la séquence « Les Caprices de Marianne · Texte et représentation » (Première STT, novembre 2003 - janvier 2004) : entrée dans l'œuvre et images de quatre éditions (6 novembre 2003) ; corpus sur l'exposition et Phèdre, I, 1 (11 novembre 2003) ; plan du texte 2 (25 novembre 2003) ; étude de la mise en scène de la scène 1 et plan du texte 3 (2 décembre 2003) ; transparent du module sur Le Barbier de Séville (4 décembre 2003) ; plan du texte 4 (9 décembre 2003) ; évaluation de fin de séquence et corrigé (décembre 2003 - janvier 2004). Textes de Musset, Racine, Marivaux, Hugo et Molière (domaine public) ; Œdipe roi (traduction moderne) et Beaumarchais résumés. Les extraits des Caprices de Marianne, absents du dossier, sont cités d'après le texte de 1833 et sont à relire sur l'édition de la classe. Complétés pour ce manuel (signalés par la pastille) : résumés de situation, contexte du module et petits lexiques.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
commentarius latin : notes, mémoire, recueil de remarques
Expressions
sans commentaire ! : inutile d'en dire plus
citer et analyser : le geste de base du commentaire
le commentaire composé : ancien nom de l'exercice organisé en parties
Références culturelles
Charles Baudelaire, « La Beauté », Les Fleurs du mal, 1857Sonnet souvent commenté : la Beauté y parle comme une statue, « un rêve de pierre ».
Charles Cros, « Le Tsigane », Le Coffret de santal, 1873Poème du Coffret de santal choisi comme support d'exercice de commentaire. [à vérifier]
Roman Jakobson et Claude Lévi-Strauss, « "Les Chats" de Charles Baudelaire », L'Homme, 1962Célèbre commentaire structural d'un sonnet de Baudelaire, analysé dans ses moindres détails.
12IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Marianne se défend
En classe25 min
Objectif. Comprendre la joute oratoire de l'acte II, scène 1 en faisant parler Marianne face à Octave.
Relis la scène entre Octave et Marianne (acte II, scène 1) et le plan construit en classe.
Le professeur demande à l'IA de jouer Marianne.
Des élèves jouent Octave et lui répondent avec des arguments tirés de la scène.
La classe compare : l'ironie de l'IA ressemble-t-elle à celle de Marianne chez Musset ?
À écrire à l'IA
Tu joues Marianne dans Les Caprices de Marianne d'Alfred de Musset (1833, acte II, scène 1). Octave vient plaider la cause de son ami Cœlio. Réponds-lui avec ironie, comme dans la pièce, en cinq ou six lignes. Ensuite, attends les répliques d'Octave et réponds-y.
Garde ton esprit critique. Comparez avec la scène : l'IA invente-t-elle des répliques qu'elle présente comme celles de Musset ? Relevez une vraie réplique de Marianne qui est plus forte que celle de l'IA.
2
Corriger un paragraphe de commentaire
À la maison30 min
Objectif. S'entraîner à construire un paragraphe de commentaire (idée, citation, analyse, interprétation).
Rédige un paragraphe de commentaire sur le dénouement (acte II, dernière scène, le cimetière).
Demande à l'IA de vérifier sa structure avec le prompt.
Compare ses remarques avec l'atelier de la séance 8 (« corriger un paragraphe »).
Réécris ton paragraphe toi-même.
À écrire à l'IA
Voici un paragraphe de commentaire sur la dernière scène des Caprices de Marianne de Musset (Octave et Marianne au cimetière) : [colle ton paragraphe]. Dis-moi si on y trouve une idée directrice, une citation, une analyse de procédé et une interprétation. Signale ce qui manque, sans réécrire le paragraphe.
Garde ton esprit critique. Vérifie que l'IA ne te propose pas des citations inventées. Si elle dit qu'il manque une analyse, demande-toi quel procédé tu aurais pu nommer.
3
Octave et Cœlio, deux faces d'un même homme ?
En classe ou à la maison25 min
Objectif. Débattre de la lecture du dénouement : Octave meurt-il avec Cœlio ?
Relis la fin de la pièce (« Cœlio était la bonne partie de moi-même »).
Demande à l'IA de défendre la thèse ci-dessous.
Réponds-lui en t'appuyant sur deux répliques précises.
Écris ta conclusion personnelle en cinq lignes.
À écrire à l'IA
Défends en huit lignes la thèse suivante : « À la fin des Caprices de Marianne de Musset, Octave ne ressent aucun remords : il continue simplement sa vie de débauché. » Ensuite, attends ma réponse et dis-moi si mes arguments tirés du texte te font changer d'avis.
Garde ton esprit critique. La thèse est volontairement fausse. Vérifie que l'IA ne cite pas de répliques inventées pour la soutenir et qu'elle ne cède pas sans que tu aies donné de vraies preuves.
4
Comparer des scènes d'exposition
À la maison30 min
Objectif. Préparer la question de corpus sur l'espace scénique et les didascalies (Hugo, Racine, Molière).
Relis les textes A (Hernani), B (Bérénice) et C (L'Avare) de l'évaluation.
Réponds seul à la question : comment les dramaturges organisent-ils l'espace scénique dans A et B ?
Demande ensuite à l'IA de relever les indications d'espace dans chaque texte.
Compare ses relevés avec les didascalies réelles du manuel.
À écrire à l'IA
Je compare les débuts d'Hernani de Victor Hugo (1830, I, 1) et de Bérénice de Racine (1670, I, 1). Quelles différences y a-t-il dans la façon d'indiquer le lieu et d'organiser l'espace scénique ? Cite seulement des didascalies dont tu es sûr ; sinon, écris « à vérifier ».
Garde ton esprit critique. Compare chaque didascalie citée par l'IA avec celles du manuel. L'IA peut inventer des indications de décor qui n'existent pas.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
2 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
16
Trois manières d'ouvrir une pièceConstruire la notion de scène d'exposition en comparant trois ouvertures (tragédie grecque, tragédie classique, comédie), puis s'entraîner à la question sur un…
17
Le quiproquo de la cassetteComprendre le mécanisme du quiproquo et le rôle des apartés, comparer l'usage des didascalies dans un drame romantique et dans une comédie (question du corpus…
Les fiches d'activité et leurs corrigés sont réservés aux professeurs : comment y accéder.