Français en classe
1re · Argumentation

Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale

Convaincre, persuader, délibérer : le dialogue philosophique

11 textes3 à retenir11 fiches d'activité
Créé en 2003-2004
Portrait de Denis DiderotDenis Diderot
Portrait de VoltaireVoltaire
★Ouverture de la séquence

La frise des textes

Les 8 textes que tu vas étudier, dans l'ordre chronologique. Touche un auteur pour lire sa biographie, un titre pour aller au texte.

1Présentation

La séquence en un coup d’œil

Convaincre, persuader, délibérer : le dialogue philosophique

Cette séquence de Première étudie une œuvre intégrale très brève, l’Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** de Denis Diderot (1776), sous l’angle des grandes visées de l’argumentation : démontrer et convaincre, persuader, délibérer. Un matin, en attendant le maréchal, un philosophe incroyant et une grande dame dévote causent à sa toilette. Peut-on être honnête homme sans croire en Dieu ? La religion rend-elle les hommes meilleurs ? Que risque l’incrédule s’il se trompe ? Le dialogue philosophique met ces questions à l’épreuve de deux voix, avec courtoisie et humour, et laisse le lecteur juger.

Le texte 1, l’ouverture de l’entretien, est éclairé par un document d’appui, le pari de Pascal, que la maréchale reprend à sa manière. La séquence s’achève sur un bac blanc consacré au dialogue délibératif, « sauvages et civilisés » (La Hontan, Delisle de La Drevetière, Voltaire), et sur des éléments de corrigé consacrés au dialogue philosophique : la maïeutique, le dialogue polémique, la dissertation sur le dialogue et l’écriture d’invention.

Fiche enseignant
Intitulé
Convaincre, persuader, délibérer : le dialogue philosophique
Objet d’étude
« Démontrer, convaincre, persuader : les Lumières » (en-tête des documents de la séquence)
Œuvre intégrale
Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776), texte de l’édition Assézat-Tourneux (Garnier, 1875-1877), distribué annoté
Document d’appui
Pascal, le pari (Pensées)
Classes
Première, 2003-2004 (documents datés de janvier à mars 2004) ; bac blanc préparé pour les séries STT et SMS ; texte 1 repris en 2006
Évaluation
Bac blanc « Le dialogue délibératif : sauvages et civilisés » : questions sur le corpus, commentaire, invention ou dissertation
Fil rouge
Qui sont les interlocuteurs, et quel intérêt présente ce choix dans la confrontation argumentative ?

✱Programmes de 2019 : l’Entretien relève de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ».

Le parcours

N°ÉtapeSupportsNotions
1Lire l’œuvre intégraleEntretien, texte intégral annoté ; questionnaire de lectureInterlocuteurs, étapes de l’argumentation
2Texte 1 · L’ouverture de l’entretienDu début à « Rien »Énonciation, métaphore filée, humour et ironie
3Document d’appui · Le pariPascal, Pensées ; « Pourtant, si vous vous trompiez ? »Convaincre un libertin
7Évaluation · Bac blancLa Hontan, Delisle de La Drevetière, VoltaireDialogue délibératif, registres
8CorrectionLe dialogue philosophique à l’écrit du bacMaïeutique ; dialogue didactique, dialectique, polémique
✱
N°Parcours proposé pour ce manuelExtraitsNotions
4Définir et démontrerLe bien et le malDéfinition, raisonnement
5L’exemple et l’apologueLa voisine ; le jeune MexicainExemple, apologue
6Convaincre sans persuaderLe mariage ; le dénouementAnalogie, chute

Les textes étudiés

Auteur et texteŒuvre, date
Texte 1Denis Diderot, l’ouverture de l’entretienEntretien d’un philosophe avec la maréchale de ***, 1776
DocumentBlaise Pascal, le pariPensées, publication posthume
ExtraitsDiderot, le bien et le mal ; la voisine ; le jeune Mexicain ; la religion et le mariage ; le dénouementEntretien
Bac blancLa Hontan, Adario et l’auteurDialogues curieux entre l’auteur et un sauvage de bon sens qui a voyagé, 1703
Delisle de La Drevetière, Lelio et ArlequinArlequin sauvage, 1721, acte II, scène 3
Voltaire, l’Ingénu et son oncleL’Ingénu, 1767, chapitre V
2Séance 1 · Œuvre intégrale

Un philosophe chez une dévote

Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de ***, 1776

Le texte et son histoire

Selon Naigeon, l’interlocutrice serait la maréchale de Broglie, et l’entretien se serait tenu en 1771 : Diderot, chargé par Catherine de Russie d’acheter une collection dont les Broglie avaient hérité, vient voir le maréchal. Tel est le prétexte de l’Entretien. Le texte paraît en 1777 dans un recueil qui l’attribue au libertin italien Crudeli, alors que la Correspondance littéraire de Grimm l’avait donné à Diderot en avril et mai 1775 ; comme les éditeurs modernes, le texte distribué remplace partout le nom de Crudeli par celui de Diderot.

Depuis son arrestation de 1749, Diderot s’était engagé auprès des autorités à ne pas faire de prosélytisme : son athéisme militant est resté clandestin. Il ne défend donc pas l’athéisme publiquement, et l’Entretien se termine sur cet aveu, que la maréchale juge lâche et hypocrite.

Les étapes de l’entretien

✱
Sujet de la discussion
1L’athée vertueux (texte 1)
2La religion fait-elle plus de mal que de bien ?
3Y a-t-il des chrétiens ? La voisine dévote
4Les deux morales et le sage législateur
5La tolérance : « vous ne me persuadez pas »
6La mort, l’âme ; « si vous vous trompiez ? »
7La justice de Dieu : le jeune Mexicain
8Le dénouement : « comme si le vieillard existait »
Carte mentale de l'étapedialogueVoir dans le Lexique →
3Texte 1 · Séance 2 · Lecture analytique

« C’est donc vous qui ne croyez à rien ? »

Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de ***, début

Le texte 1 est l’ouverture de l’Entretien : un court récit à la première personne installe la scène, puis le dialogue s’engage, sans transition, sur la question qui le traverse tout entier : un incrédule peut-il être honnête homme ?

Texte 1 · « Que gagnez-vous à ne pas croire ? »
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

J’avais je ne sais quelle affaire à traiter avec le maréchal de *** ; j’allais à son hôtel un matin ; il était absent ; je me fis annoncer à madame la maréchale. C’est une femme charmante ; elle est belle et dévote comme un ange […]. Elle était à sa toilette. On m’approche un fauteuil ; je m’assieds, et nous causons. Sur quelques propos de ma part, qui l’édifièrent et qui la surprirent (car elle était dans l’opinion que celui qui nie la très-sainte Trinité est un homme de sac et de corde, qui finira par être pendu), elle me dit : « N’êtes-vous pas monsieur Diderot ? »

DIDEROT. — Oui, madame.

LA MARÉCHALE. — C’est donc vous qui ne croyez à rien ?

DIDEROT. — Moi-même.

LA MARÉCHALE. — Cependant votre morale est celle d’un croyant.

DIDEROT. — Pourquoi non, quand il est honnête homme ?

[…]

LA MARÉCHALE. — Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ?

DIDEROT. — Très rarement.

[La maréchale lui demande ce qu’il gagne à ne pas croire ; il refuse de croire par intérêt. Elle lui reproche alors de n’être pas « conséquent ».]

LA MARÉCHALE. — […] J’avoue que je prête à Dieu à la petite semaine.

[Diderot, lui, « met à fonds perdu » : c’est, répond-elle, « la ressource des gueux ». Il lui demande si elle l’aimerait mieux usurier.]

LA MARÉCHALE. — Mais oui : on peut faire de l’usure avec Dieu tant qu’on veut ; on ne le ruine pas. […] Hélas ! nous aurons beau faire, notre mise sera toujours bien mesquine en comparaison de la rentrée que nous attendons. Et vous n’attendez rien, vous ?

DIDEROT. — Rien.

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776), début · Lire l'œuvre

Dans un salon élégant, un homme en robe de chambre se fait coiffer tandis que des visiteurs lui parlent
Jean-Michel Moreau, La Petite Toilette, planche du Monument du costume, eau-forte et burin ✱On reçoit ses visiteurs pendant sa toilette du matin : c'est ainsi que la maréchale accueille Diderot.Domaine public · Wikimedia Commons
Carte mentale de l'étapedialogueVoir dans le Lexique →
4Séance 3 · Document d’appui

Parier sur Dieu ?

Pascal, le pari ; Diderot, « Pourtant, si vous vous trompiez ? »

Document à l’appui du texte 1 : Pascal, mathématicien et croyant fervent, cherche à convaincre un libertin de parier sur l’existence de Dieu. Le fragment, distribué en classe, est étudié dans le chapitre de Terminale sur les Pensées.

« Pourtant, si vous vous trompiez ? »
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

LA MARÉCHALE. — Encore une question, et c’est la dernière. Êtes-vous bien tranquille dans votre incrédulité ?

DIDEROT. — On ne saurait davantage.

LA MARÉCHALE. — Pourtant, si vous vous trompiez ?

DIDEROT. — Quand je me tromperais ?

LA MARÉCHALE. — Tout ce que vous croyez faux serait vrai, et vous seriez damné. Monsieur Diderot, c’est une terrible chose que d’être damné ; brûler toute une éternité, c’est bien long.

DIDEROT. — La Fontaine croyait que nous y serions comme le poisson dans l’eau.

LA MARÉCHALE. — Oui, oui ; mais votre La Fontaine devint bien sérieux au dernier moment ; et c’est là que je vous attends.

DIDEROT. — Je ne réponds de rien, quand ma tête n’y sera plus ; mais si je finis par une de ces maladies qui laissent à l’homme agonisant toute sa raison, je ne serai pas plus troublé au moment où vous m’attendez qu’au moment où vous me voyez.

LA MARÉCHALE. — Cette intrépidité me confond.

DIDEROT. — J’en trouve bien davantage au moribond qui croit en un juge sévère qui pèse jusqu’à nos plus secrètes pensées, et dans la balance duquel l’homme le plus juste se perdrait par sa vanité, s’il ne tremblait de se trouver trop léger ; si ce moribond avait alors à son choix, ou d’être anéanti, ou de se présenter à ce tribunal, son intrépidité me confondrait bien autrement, s’il balançait à prendre le premier parti […].

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776) · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapepariVoir dans le Lexique →
5Séance 4 · Parcours dans l’œuvre

« Qu’appelez-vous donc mal ou bien ? »

Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de ***

La maréchale objecte qu’il n’y a aucun inconvénient à avoir « une raison de plus, la religion, pour faire le bien ». Diderot répond qu’il lui faut « reprendre les choses d’un peu plus haut » ; elle prévient qu’elle n’a jamais lu que ses heures.

« Et j’ai fait de la philosophie ! »
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

DIDEROT. — Madame la maréchale, y a-t-il quelque bien, dans ce monde-ci, qui soit sans inconvénient ?

LA MARÉCHALE. — Aucun.

DIDEROT. — Et quelque mal qui soit sans avantage ?

LA MARÉCHALE. — Aucun.

DIDEROT. — Qu’appelez-vous donc mal ou bien ?

LA MARÉCHALE. — Le mal, ce sera ce qui a le plus d’inconvénients que d’avantages ; et le bien, au contraire, ce qui a plus d’avantages que d’inconvénients.

[…]

LA MARÉCHALE. — Et j’ai fait de la philosophie !

[Diderot accorde que la religion empêche « nombre de petits maux » et produit « nombre de petits biens ».]

DIDEROT. — Mais croyez-vous que les terribles ravages qu’elle a causés […] soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu’elle a créé et qu’elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. […] Songez qu’elle a créé et qu’elle perpétue, dans la même contrée, des divisions […]. Songez qu’elle a créé et qu’elle perpétue, dans la société entre les citoyens, et dans la famille entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes.

[La maréchale objecte que ce sont là des abus ; Diderot répond que les abus sont inséparables de la religion.]

DIDEROT. — […] si un misanthrope s’était proposé de faire le malheur du genre humain, qu’aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être incompréhensible sur lequel les hommes n’auraient jamais pu s’entendre, et auquel ils auraient attaché plus d’importance qu’à leur vie ? Or, est-il possible de séparer de la notion d’une divinité l’incompréhensibilité la plus profonde et l’importance la plus grande ?

[La maréchale répond que non. « Concluez donc », lui dit Diderot.]

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776) · Lire l'œuvre

Prolongement : le sage législateur

Après l’exemple de la voisine, Diderot oppose deux morales et propose, au lieu de la crainte de l’enfer, une morale fondée sur la nature et sur les lois : c’est, selon les notes du texte annoté, le précis de sa morale.

« La tentation est trop proche ; et l’enfer est trop loin »

DIDEROT. — […] Il y a dans les livres inspirés deux morales : l’une générale et commune à toutes les nations, à tous les cultes, et qu’on suit à peu près ; une autre, propre à chaque nation et à chaque culte, à laquelle on croit, qu’on prêche dans les temples, qu’on préconise dans les maisons, et qu’on ne suit point du tout.

[La maréchale demande d’où vient « cette bizarrerie ». Une règle faite pour quelques mélancoliques, répond Diderot, ne peut tenir contre la nature.]

DIDEROT. — […] Et faites que le bien des particuliers soit si étroitement lié avec le bien général, qu’un citoyen ne puisse presque pas nuire à la société sans se nuire à lui-même ; assurez à la vertu sa récompense, comme vous avez assuré à la méchanceté son châtiment ; que sans aucune distinction de culte, dans quelque condition que le mérite se trouve, il conduise aux grandes places de l’État ; et ne comptez plus sur d’autres méchants que sur un petit nombre d’hommes, qu’une nature perverse que rien ne peut corriger entraîne au vice. Madame la maréchale, la tentation est trop proche ; et l’enfer est trop loin ; n’attendez rien qui vaille la peine qu’un sage législateur s’en occupe, d’un système d’opinions bizarres qui n’en impose qu’aux enfants ; qui encourage au crime par la commodité des expiations ; qui envoie le coupable demander pardon à Dieu de l’injure faite à l’homme, et qui avilit l’ordre des devoirs naturels et moraux, en le subordonnant à un ordre de devoirs chimériques.

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776) · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapedémonstrationVoir dans le Lexique →
6Séance 5 · Parcours dans l’œuvre

Une histoire et un conte

La voisine dévote ; le jeune Mexicain

La maréchale pense qu’il est indifférent d’être chrétien ou païen, si l’on n’en vaut pas mieux. Diderot répond par une question provocante, puis par une histoire vécue.

« Est-ce qu’il y a des chrétiens ? »
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

DIDEROT. — Mais, madame la maréchale, est-ce qu’il y a des chrétiens ? Je n’en ai jamais vu.

LA MARÉCHALE. — Et c’est à moi que vous dites cela, à moi ?

DIDEROT. — Non, madame, ce n’est pas à vous ; c’est à une de mes voisines qui est honnête et pieuse comme vous l’êtes, et qui se croyait chrétienne de la meilleure foi du monde, comme vous le croyez.

[…]

DIDEROT. — J’ouvris un Nouveau Testament, dont elle s’était beaucoup servie, car il était fort usé. Je lui lus le sermon sur la montagne, et à chaque article je lui demandai : « Faites-vous cela ? et cela donc ? et cela encore ? » […]

[L’Évangile condamne l’adultère commis « dans le cœur » : quel sera donc le sort de la femme qui, par sa toilette, invite les hommes à le commettre ? La voisine s’excuse : c’est l’usage, la couturière, la fantaisie de son mari.]

DIDEROT. — Le lendemain de cette conversation (c’était un jour de fête), je remontais chez moi, et ma dévote et belle voisine descendait de chez elle pour aller à la messe.

LA MARÉCHALE. — Vêtue comme de coutume ?

DIDEROT. — Vêtue comme de coutume. Je souris, elle sourit ; et nous passâmes l’un à côté de l’autre sans nous parler. Madame la maréchale, une honnête femme ! une chrétienne ! une dévote ! Après cet exemple, et cent mille autres de la même espèce, quelle influence réelle puis-je accorder à la religion sur les mœurs ? Presque aucune, et tant mieux.

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776) · Lire l'œuvre

Plus loin, la discussion porte sur la justice divine : les incrédules seront-ils damnés pour n’avoir pas cru ? Après « l’histoire » de la voisine, Diderot propose un « conte ».

« Un jeune Mexicain… »

DIDEROT. — […] Je vous ai fait tout à l’heure une histoire, et il me prend envie de vous faire un conte. Un jeune Mexicain… Mais, M. le maréchal ?

LA MARÉCHALE. — Je vais envoyer savoir s’il est visible. Eh bien ! votre jeune Mexicain ?

DIDEROT. — Las de son travail, se promenait un jour au bord de la mer. Il voit une planche qui trempait d’un bout dans les eaux, et qui de l’autre posait sur le rivage. Il s’assied sur cette planche, et là, prolongeant ses regards sur la vaste étendue qui se déployait devant lui, il se disait : « Rien n’est plus vrai que ma grand-mère radote avec son histoire de je ne sais quels habitants qui, dans je ne sais quel temps, abordèrent ici de je ne sais où, d’une contrée au-delà de nos mers. […] » Tandis qu’il raisonnait ainsi, les eaux agitées le berçaient sur sa planche, et il s’endormit. […]

LA MARÉCHALE. — Hélas ! c’est bien là notre image : nous sommes chacun sur notre planche ; le vent souffle, et le flot nous emporte.

[Le Mexicain s’éveille en pleine mer ; il a raisonné « comme un étourdi », mais il a été « sincère avec lui-même ». Il aborde la rive inconnue, où l’attend un vieillard vénérable, « le souverain de la contrée ».]

DIDEROT. — […] « Je vous pardonne, parce que je suis celui qui voit le fond des cœurs, et que j’ai lu au fond du vôtre que vous étiez de bonne foi […]. » […] Là, madame la maréchale, mettez-vous pour un moment à la place du vieillard, et dites-moi ce que vous auriez fait ? Auriez-vous pris ce jeune insensé par les cheveux ; et vous seriez-vous complu à le traîner à toute éternité sur le rivage ?

LA MARÉCHALE. — En vérité, non.

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776) · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapeapologueVoir dans le Lexique →
7Séance 6 · Parcours dans l’œuvre

« Je ne me suis pas proposé de vous persuader »

La religion et le mariage ; le dénouement

Diderot vient d’exposer le « précis » de sa morale et de glisser à l’oreille de la maréchale une comparaison scandaleuse entre le sacrilège et la calomnie. Le carrosse du maréchal rentre ; la maréchale retient pourtant son visiteur.

« Vous ne me persuadez pas »
Portrait de Denis Diderot
Denis Diderot1713 – 1784

LA MARÉCHALE. — Encore un moment, et puis nous l’irons voir ensemble. Je ne sais trop que vous répondre, et cependant vous ne me persuadez pas.

DIDEROT. — Je ne me suis pas proposé de vous persuader. Il en est de la religion comme du mariage. Le mariage, qui fait le malheur de tant d’autres, a fait votre bonheur et celui de M. le maréchal ; vous avez bien fait de vous marier tous les deux. La religion, qui a fait, qui fait et qui fera tant de méchants, vous a rendue meilleure encore ; vous faites bien de la garder. Il vous est doux d’imaginer à côté de vous, au-dessus de votre tête, un être grand et puissant, qui vous voit marcher sur la terre, et cette idée affermit vos pas. Continuez, madame, à jouir de ce garant auguste de vos pensées, de ce spectateur, de ce modèle sublime de vos actions.

LA MARÉCHALE. — Vous n’avez pas, à ce que je vois, la manie du prosélytisme.

DIDEROT. — Aucunement.

LA MARÉCHALE. — Je vous en estime davantage.

DIDEROT. — Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu’on me laisse penser à la mienne ; et puis, ceux qui sont faits pour se délivrer de ces préjugés n’ont guère besoin qu’on les catéchise.

LA MARÉCHALE. — Croyez-vous que l’homme puisse se passer de superstition ?

DIDEROT. — Non, tant qu’il restera ignorant et peureux.

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776) · Lire l'œuvre

« Fi ! le vilain hypocrite »

Nous en étions là lorsqu’on nous avertit que M. le maréchal nous attendait. Je donnai la main à Mme la maréchale, qui me disait : « C’est à faire tourner la tête, n’est-ce pas ? »

DIDEROT. — Pourquoi donc, quand on l’a bonne ?

LA MARÉCHALE. — Après tout, le plus court est de se conduire comme si le vieillard existait.

DIDEROT. — Même quand on n’y croit pas.

LA MARÉCHALE. — Et quand on y croit, de ne pas trop compter sur sa bonté.

DIDEROT. — Si ce n’est pas le plus poli, c’est du moins le plus sûr…

LA MARÉCHALE. — À propos, si vous aviez à rendre compte de vos principes à nos magistrats, les avoueriez-vous ?

DIDEROT. — Je ferais de mon mieux pour leur épargner une action atroce.

LA MARÉCHALE. — Ah ! le lâche ! Et si vous étiez sur le point de mourir, vous soumettriez-vous aux cérémonies de l’Église ?

DIDEROT. — Je n’y manquerais pas.

LA MARÉCHALE. — Fi ! le vilain hypocrite.

Denis Diderot, Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** (1776), fin · Lire l'œuvre

Carte mentale de l'étapepersuaderVoir dans le Lexique →
8Séance 7 · Évaluation

Le dialogue délibératif : sauvages et civilisés

Bac blanc, séries STT et SMS

Le sujet de bac blanc reprend la forme de l’épreuve écrite : des questions sur un corpus de trois textes (6 points), puis un travail d’écriture au choix (14 points). Le corpus confronte trois « sauvages » de bon sens aux mœurs des Européens. Les textes sont donnés ici en extraits.

Texte 1 · « Crois-moi, fais-toi Huron »
La Hontan1666 – vers 1716

[Le baron de La Hontan (1666-1715) débarque en 1683 dans la baie de Québec, avec une lieutenance au régiment de Bourbon. En Nouvelle-France, il partage la vie des Indiens et des coureurs de bois, et se prend de sympathie pour la liberté des « Sauvages ». Ici, le « bon sauvage » est Adario, un Huron du Canada, alors territoire français.]

LA HONTAN. — Vraiment, tu fais là de beaux contes et de belles distinctions ! […] Mais comme le bien de la société consiste dans la justice et dans l’observance de ces lois, il faut châtier les méchants et récompenser les bons ; sans cela, tout le monde s’égorgerait. On se pillerait, on se diffamerait, en un mot, nous serions les gens du monde les plus malheureux.

ADARIO. — Vous l’êtes assez déjà, je ne conçois pas que vous puissiez l’être davantage. Oh, quel genre d’hommes sont les Européens ! oh, quelle sorte de créatures qui font le bien par force et n’évitent à faire le mal que par la crainte des châtiments ! […]

[Adario oppose les Hurons, qui n’ont ni argent, ni lois, ni procès, aux Français, « esclaves d’un seul homme », et conteste les prétentions du « grand capitaine » sur le Canada.]

Ma foi, mon cher frère, je te plains dans l’âme. Crois-moi, fais-toi Huron. Car je vois la différence de ma condition à la tienne. Je suis maître de mon corps, je dispose de moi-même, je fais ce que je veux, je suis le premier et le dernier de ma nation, je ne crains personne et ne dépends uniquement que du grand Esprit, au lieu que ton corps et ta vie dépendent de ton grand capitaine ; son vice-roi dispose de toi, tu ne fais pas ce que tu veux, tu crains voleurs, faux témoins, assassins, etc. Tu dépends de mille gens que les emplois ont mis au-dessus de toi. Est-il vrai ou non ? sont-ce des choses improbables ou invisibles ? Ha ! mon cher frère, tu vois bien que j’ai raison. Cependant, tu aimes mieux être esclave français avec ses belles lois, qui, croyant être bien sage, est assurément bien fou ! puisqu’il demeure dans l’esclavage et dans la dépendance, pendant que les animaux eux-mêmes, jouissant de cette adorable liberté, ne craignent, comme nous, que des ennemis étrangers.

La Hontan, Dialogues curieux entre l’auteur et un sauvage de bon sens qui a voyagé (1703) · Lire l'œuvre

Gravure d'un paysage de palmiers où des Européens en perruque rencontrent des Amérindiens
Illustration des Dialogues de M. le baron de Lahontan et d'un sauvage dans l'Amérique, gravure, 1704 ✱Européens et Amérindiens face à face : l'image du livre où dialoguent La Hontan et Adario.Domaine public · Wikimedia Commons
Texte 2 · « Qu’est-ce que cela, de l’argent ? »
Delisle de La Drevetière1682 – 1756

[Lelio débarque à Marseille avec Arlequin, « sauvage » américain dont il veut voir « la nature toute simple opposée aux lois, aux arts et aux sciences ». Arlequin a détroussé un marchand sans savoir qu’il fallait le payer ; sauvé de la potence par Lelio, il apprend les bons usages.]

ARLEQUIN. — […] Qu’est-ce que cela, de l’argent ?

LELIO. — En voilà.

ARLEQUIN. — C’est là de l’argent ? Cela est drôle. (Il en porte à la dent.) Ah ! il est dur comme un diable.

[« On ne le mange pas », répond Lelio, qui explique l’échange, la différence des riches et des pauvres, et convient que les richesses ne font que multiplier les besoins.]

ARLEQUIN. — Écoute, veux-tu que je te dise ce que je pense des nations civilisées ?

LELIO. — Oui, qu’en penses-tu ?

ARLEQUIN. — Il faut que je dise la vérité, car je n’ai point d’argent à te donner pour caution de ma parole. Je pense que vous êtes des fous qui croyez être sages, des ignorants qui croyez être habiles, des pauvres qui croyez être riches, et des esclaves qui croyez être libres.

LELIO. — Et pourquoi le penses-tu ?

ARLEQUIN. — Parce que c’est la vérité. Vous êtes fous, car vous cherchez avec beaucoup de soins une infinité de choses inutiles ; vous êtes pauvres, parce que vous bornez vos biens dans l’argent ou d’autres diableries, au lieu de jouir simplement de la nature comme nous, qui ne voulons rien avoir afin de jouir plus librement de tout ; vous êtes esclaves de toutes vos possessions, que vous préférez à votre liberté et à vos frères, que vous feriez pendre s’ils vous avaient pris la plus petite partie de ce qui vous est inutile. Enfin vous êtes des ignorants, parce que vous faites consister votre sagesse à savoir les lois, tandis que vous ne connaissez pas la raison qui vous apprendrait à vous passer de lois comme nous.

Delisle de La Drevetière, Arlequin sauvage (1721), acte II, scène 3 · Lire l'œuvre

Dessin aquarellé d'un Arlequin masqué de noir, en habit à losanges sous une cape grise
Charles Eisen, Arlequin sauvage (le comédien Carlin dans le rôle), dessin, entre 1771 et 1781 ✱Le costume d'Arlequin sauvage, joué par le comédien Carlin : une mise en scène du XVIIIe siècle.Domaine public · Wikimedia Commons
Texte 3 · « Cela m’étonne et me fâche »
Portrait de Voltaire
Voltaire1694 – 1778

▶ Écouter toute l'œuvre L’Ingénu (Littérature audio)

[Débarqué en Basse-Bretagne, un Huron, vite surnommé l’Ingénu, rencontre le prieur de Kerkabon et sa sœur, qui se trouvent être son oncle et sa tante. Ceux-ci le font baptiser et lui donnent pour marraine Mlle de Saint-Yves. Mais les deux jeunes gens s’aiment.]

Le lendemain, son oncle lui parla ainsi après le déjeuner […] : « Le ciel soit loué de ce que vous avez l’honneur, mon cher neveu, d’être chrétien et Bas-Breton ! Mais cela ne suffit pas ; je suis un peu sur l’âge ; […] j’ai un bon prieuré : si vous voulez seulement vous faire sous-diacre, comme je l’espère, je vous résignerai mon prieuré, et vous vivrez fort à votre aise, après avoir été la consolation de ma vieillesse. »

L’Ingénu répondit : « Mon oncle, grand bien vous fasse ! vivez tant que vous pourrez. Je ne sais pas ce que c’est d’être sous-diacre ni que de résigner ; mais tout me sera bon pourvu que j’aie mademoiselle de Saint-Yves à ma disposition. — Eh ! mon Dieu ! mon neveu, que me dites-vous là ? Vous aimez donc cette belle demoiselle à la folie ? — Oui, mon oncle. — Hélas ! mon neveu, il est impossible que vous l’épousiez. — Cela est très possible, mon oncle ; car non seulement elle m’a serré la main en me quittant, mais elle m’a promis qu’elle me demanderait en mariage ; et assurément je l’épouserai. — Cela est impossible, vous dis-je ; elle est votre marraine : c’est un péché épouvantable à une marraine de serrer la main de son filleul ; il n’est pas permis d’épouser sa marraine ; les lois divines et humaines s’y opposent. — Morbleu ! mon oncle, vous vous moquez de moi ; pourquoi serait-il défendu d’épouser sa marraine, quand elle est jeune et jolie ? Je n’ai point vu dans le livre que vous m’avez donné qu’il fût mal d’épouser les filles qui ont aidé les gens à être baptisés. Je m’aperçois tous les jours qu’on fait ici une infinité de choses qui ne sont point dans votre livre, et qu’on n’y fait rien de tout ce qu’il dit : je vous avoue que cela m’étonne et me fâche. […] »

Voltaire, L’Ingénu (1767), chapitre V · Lire l'œuvre

9Séance 8 · Correction

Le dialogue philosophique à l’écrit du bac

Éléments de corrigé : commentaire, dissertation, invention

Le corrigé conservé dans le dossier accompagne un sujet voisin, bâti sur trois dialogues philosophiques : Fontenelle, Nouveaux Dialogues des morts (Molière et Paracelse) ; Diderot, Entretien d’un père avec ses enfants ; Gide, Corydon ; un texte où Socrate définit la maïeutique complète le corpus. Ses analyses valent pour tout le genre : elles servent ici à corriger la dissertation et à préparer l’écriture d’invention.

AaMémento

Lexique

Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.

Les cartes mentales ✱

Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.

Carte mentale ✱dialoguenom masculin
Synonymes

conversationéchangeentretiendiscussion

Antonymes

monologuesilence

Dérivés

dialoguerv.dialoguéadj.dialoguisten. m.

Champ lexical

guillemetstiretrépliqueverbe de paroleincisepersonnage

Étymologie
  • dia grec : à travers, entre
  • legein grec : parler, dire
  • dialogos grec : conversation
  • dialoguer, monologue mots de la même famille
Expressions
  • un dialogue de sourds : chacun parle sans écouter l'autre
  • une incise : « dit-il », insérée dans la réplique
  • ouvrir les guillemets : commencer un dialogue
Références culturelles
  • Homère, L'Odyssée, VIIIe siècle av. J.-C.Les échanges d'Ulysse avec ses hôtes, ou avec le Cyclope, font avancer le récit par le dialogue.
  • Jean de La Fontaine, Le Loup et l'Agneau, 1668La fable repose sur un dialogue inégal où le plus fort a toujours le dernier mot.
  • Charles Perrault, Le Petit Chaperon rouge, 1697Le célèbre échange final entre la fillette et le loup déguisé en mère-grand mène à la chute.
Carte mentale ✱parinom masculin
Synonymes

gageuredéfienjeumise

Dérivés

parierv.parieurn. m.parieusen. f.

Champ lexical

enjeumisegainperteinfinihasard

Étymologie
  • pariare latin tardif : égaler, mettre à égalité
  • par latin : égal
  • parier, pair mots de la même famille
Expressions
  • le pari de Pascal : parier que Dieu existe : on a tout à gagner, rien à perdre
  • tenir un pari : accepter un défi
  • faire le pari de : miser sur une solution
Références culturelles
  • Blaise Pascal, Pensées, 1670Pascal soutient qu'il est raisonnable de parier sur l'existence de Dieu : on a tout à gagner.
  • Voltaire, Lettres philosophiques (« Sur les Pensées de M. Pascal »), 1734Voltaire y critique l'argument du pari, qu'il juge indécent et puéril.
  • Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Le dialogue discute la prudence de croire « au cas où », proche de l'argument du pari. [à vérifier]
Carte mentale ✱démonstrationnom féminin
Synonymes

raisonnementpreuvedéductionargumentation

Antonymes

affirmation gratuite

Dérivés

démontrerv.démonstratifadj.démontrableadj.indémontrableadj.démonstrateurn. m.

Champ lexical

thèseargumentexemplelogiqueconclusionconnecteur

Étymologie
  • demonstrare latin : montrer, prouver
  • monstrare latin : montrer
  • démontrer, démonstratif mots de la même famille
Expressions
  • CQFD : « ce qu'il fallait démontrer »
  • une démonstration par l'absurde : on montre que la thèse contraire mène à une absurdité
  • une démonstration de force : une manifestation de puissance
Références culturelles
  • Euclide, Éléments, IIIe siècle av. J.-C.Les Éléments déduisent les théorèmes de la géométrie à partir de définitions et d'axiomes.
  • René Descartes, Discours de la méthode, 1637Descartes veut étendre à toute pensée l'enchaînement rigoureux des démonstrations mathématiques.
  • Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748Montesquieu y démontre les liens entre les lois, la nature des gouvernements et les climats.
  • Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Le philosophe y démontre pas à pas à la maréchale que la vertu ne dépend pas de la foi.
Carte mentale ✱apologuenom masculin
Synonymes

fableparaboleconte philosophiquerécit allégorique

Antonymes

argumentation directetraitéessai

Champ lexical

moralerécitleçonallégorieargumenterplaire et instruire

Étymologie
  • apologos grec : récit, fable
  • logos grec : parole, discours
  • apologie mot voisin à ne pas confondre : la défense de quelqu'un
Expressions
  • argumenter en racontant : le principe de l'apologue
  • « plaire et instruire » : le double but de l'apologue classique
  • l'apologue de la statue : le dénouement du Monde comme il va
Références culturelles
  • Ésope, Fables, VIe siècle av. J.-C.Ésope fixe le modèle de l'apologue : un court récit, souvent animalier, porteur d'une leçon morale.
  • Jean de La Fontaine, Fables, 1668La Fontaine met en vers les apologues antiques pour plaire et instruire à la fois.
  • Charles Perrault, Histoires ou contes du temps passé, 1697Ses contes s'achèvent par des moralités en vers qui en font des récits à visée morale.
  • Voltaire, Le Monde comme il va, 1748Babouc, chargé de juger Persépolis, conclut qu'il ne faut pas la détruire : un récit au service d'une leçon.
  • Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Ce dialogue fictif sert, comme un apologue, à montrer qu'un incroyant peut être vertueux.
Carte mentale ✱persuaderverbe transitif
Synonymes

séduireentraînertoucherémouvoir

Antonymes

dissuaderdétourner

Dérivés

persuasionn. f.persuasifadj.

Champ lexical

émotionsentimentpathosrécitcœurséduction

Étymologie
  • persuadere latin : amener à croire, décider
  • suadere latin : conseiller
  • persuasion, dissuader mots de la même famille
Expressions
  • persuader quelqu'un de faire : l'amener à agir en le touchant
  • se persuader : finir par croire
  • convaincre et persuader : la raison d'un côté, les sentiments de l'autre
Références culturelles
  • Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné, 1829Hugo cherche à persuader en faisant partager au lecteur l'angoisse du condamné.
  • Victor Hugo, Claude Gueux, 1834Hugo s'inspire de l'histoire vraie d'un ouvrier poussé au crime pour émouvoir le lecteur.
  • Diderot, Entretien d'un philosophe avec la maréchale de ***, 1776Le philosophe use de douceur et d'humour pour gagner l'adhésion de la maréchale.
  • Albert Camus, Réflexions sur la guillotine, 1957Camus joint des récits concrets et bouleversants à l'argumentation pour toucher le lecteur.

AaLes mots de l’argumentation

Le dialogue philosophique et ses notions

Les notions vues en cours

Dialogue philosophique
Controverse entre deux ou plusieurs interlocuteurs sur une question d’idées (morale, religion, art, société).
Dialogue des morts
Conversation imaginaire entre des défunts illustres, genre inventé par Lucien de Samosate (Fontenelle, Molière et Paracelse).
Maïeutique
Art socratique de « faire accoucher » les esprits : le maître n’impose pas de thèse, il aide l’autre à découvrir ce qu’il pense.
Dialogue didactique
L’un des interlocuteurs maîtrise un savoir qu’il fait découvrir à l’autre.
Dialogue dialectique
Les interlocuteurs, sur un pied d’égalité, raisonnent pour résoudre ensemble une question.
Dialogue polémique
Chacun défend une thèse inconciliable avec celle de l’autre : la joute ne conduit pas à un accord.
Double énonciation
Les personnages se parlent, mais l’auteur s’adresse au lecteur, qui juge par lui-même.
Athée vertueux
Thème des Lumières depuis Bayle : on peut être honnête homme sans croire en Dieu.
Inconséquence
Désaccord entre les principes et les actions.
✱
Métaphore filée
Image prolongée sur plusieurs phrases (texte 1).
Apologue
Court récit qui illustre une leçon (le jeune Mexicain).
Analogie
Raisonnement par comparaison : la religion est comme le mariage.
Concession
On accorde un point à l’adversaire pour mieux défendre sa thèse.
Réquisitoire
Discours qui accuse, comme la tirade finale d’Arlequin.

Sources : dossier « Entretien d’un philosophe avec la maréchale de *** » : texte intégral annoté (janvier 2004), texte 1 et questions d’approche (mars 2006), document d’appui sur le pari (janvier 2004), bac blanc « Le dialogue délibératif » (février 2003), corrigé « Le dialogue philosophique » (mars 2004, reformulé) ; fiche biographique de Diderot. Le corpus « essai, dialogue, apologue » et le diaporama « groupement de textes » (mai 2004) n’ont pu être lus. Textes du domaine public ; Pascal résumé ; Gide, Anouilh, Sarraute, Desproges seulement cités.

10IAPour aller plus loin

Activités avec l'IA ✱

Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).

Trois règles avant de commencer
  • L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
  • Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
  • L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1

L'IA joue la maréchale

En classe30 min

Objectif. Comprendre la maïeutique de Diderot en essayant de conduire soi-même l'interlocutrice à une idée.

  1. Relis la notion de maïeutique et le passage « Et j'ai fait de la philosophie ! ».
  2. Le professeur demande à l'IA de jouer la maréchale.
  3. Des élèves, à tour de rôle, posent des questions pour l'amener à admettre qu'on peut être moral sans croire, sans lui donner la réponse.
  4. Comparez avec la méthode de Diderot dans le texte : questions, exemples, anaphore « Songez… ».
À écrire à l'IA

Tu joues la maréchale de *** dans l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de Diderot (1776) : une femme pieuse, charmante et sincère. Je joue le philosophe. Réponds à mes questions avec naturel, en défendant tes convictions. Ne cède que si mes questions t'y conduisent vraiment.

Garde ton esprit critique. Observez si l'IA caricature la maréchale. Le manuel souligne qu'elle n'est pas une caricature : c'est une des forces du dialogue de Diderot.

2

Pascal ou Diderot : le pari

À la maison25 min

Objectif. Comparer l'argument du pari de Pascal et la réponse de Diderot (« Pourtant, si vous vous trompiez ? »).

  1. Relis l'encadré sur l'argument du pari et l'extrait de Diderot.
  2. Résume toi-même les deux raisonnements en trois lignes chacun.
  3. Demande ensuite à l'IA la même comparaison.
  4. Corrige ce qui est faux et note ce que l'IA ajoute sans preuve.
À écrire à l'IA

Résume en quelques lignes l'argument du pari de Pascal (Pensées), puis la façon dont Diderot y répond dans l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de *** (1776), dans le passage où la maréchale demande « Pourtant, si vous vous trompiez ? ». Ne cite que des phrases dont tu es sûr.

Garde ton esprit critique. Vérifie les citations dans le manuel. L'IA peut prêter à Diderot une réfutation plus agressive que celle du texte, qui reste courtoise.

3

Convaincre ou persuader : classer les arguments

En classe ou à la maison20 min

Objectif. Distinguer les moyens qui convainquent et ceux qui persuadent dans l'Entretien.

  1. Relis l'« À retenir : convaincre, persuader, délibérer ».
  2. Classe toi-même cinq moyens utilisés par Diderot (exemple de la voisine, apologue du jeune Mexicain, humour, analogie avec le mariage, définitions).
  3. Demande ensuite son classement à l'IA.
  4. Discute les désaccords et tranche avec les définitions du manuel.
À écrire à l'IA

Dans l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de Diderot, classe ces moyens en deux colonnes, « convaincre » (raison) et « persuader » (sensibilité) : l'exemple de la voisine dévote, l'apologue du jeune Mexicain, l'humour, l'analogie entre la religion et le mariage, les définitions du bien et du mal. Justifie chaque choix en une phrase.

Garde ton esprit critique. Certains moyens relèvent des deux colonnes. Si l'IA est trop catégorique, nuance avec le texte.

4

Faut-il toujours dire la vérité ? Mon dialogue relu

À la maison40 min

Objectif. Réussir l'écriture d'invention : un dialogue philosophique sur le modèle de Diderot.

  1. Relis les contraintes du sujet d'invention.
  2. Écris toi-même ton dialogue (deux thèses opposées, une situation précise).
  3. Demande à l'IA de vérifier si les contraintes sont respectées.
  4. Garde ou refuse ses remarques en justifiant ; ne lui fais pas écrire de répliques.
À écrire à l'IA

Voici un dialogue philosophique que j'ai écrit sur le sujet « Faut-il toujours dire la vérité ? », en imitant l'Entretien d'un philosophe avec la maréchale de Diderot : [colle ton dialogue]. Vérifie : deux thèses opposées, une situation précise, des traits formels de Diderot (questions, exemples, apologue, humour). Signale ce qui manque, sans écrire de répliques.

Garde ton esprit critique. L'IA peut te féliciter sans raison. Demande-lui de citer la réplique précise qui prouve chaque qualité ou défaut.

✎Pour l'enseignant

Fiches d'activité d'une heure

11 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier

  • 01
    Un philosophe chez une dévoteAprès la lecture de l'œuvre intégrale, comprendre le choix des interlocuteurs et le rôle du récit-cadre, puis délimiter les étapes de l'argumentation avec le…
  • 02
    Je prête à Dieu à la petite semainePréparer la lecture analytique du texte 1 avec les quatre questions d'approche d'Etienne Buraud : présenter le texte et schématiser la situation d'énonciation…
  • 03
    Et si vous vous trompiezComprendre le raisonnement du pari, voir comment la maréchale le reprend pour inquiéter le philosophe et comment Diderot retourne l'argument contre elle…
  • 04
    Et j'ai fait de la philosophieAnalyser comment Diderot, par ses questions, amène la maréchale à définir elle-même le bien et le mal, puis à tirer la conclusion de son raisonnement contre la…
  • 05
    Le sage législateurComprendre la distinction des deux morales et le programme que Diderot propose au législateur à la place de la crainte de l'enfer ; analyser un réquisitoire…
  • 06
    Une histoire et un conteDistinguer deux usages du récit dans l'argumentation : l'exemple vécu, qui sert de preuve, et l'apologue, fiction qui fait comprendre une leçon et invite…
  • 07
    Vous ne me persuadez pasDistinguer convaincre et persuader à partir de l'aveu de la maréchale, analyser l'analogie de la religion et du mariage, comprendre le renversement final et la…
  • 08
    Sauvages et civilisés, les questions sur le corpusLire un corpus de trois textes, dégager la position commune des auteurs et identifier le registre de deux argumentations, en répondant aux deux questions du…
  • 09
    Arlequin sauvage, un réquisitoire comiqueSuivre le parcours de lecture du sujet de commentaire : analyser l'intérêt du choix des interlocuteurs, puis la structure qui conduit à une morale en forme de…
  • 10
    Essai, dialogue ou apologuePréparer le sujet de dissertation du bac blanc d'Etienne Buraud : définir les termes et problématiser, confronter les trois formes de l'argumentation avec des…
  • 11
    Faut-il toujours dire la véritéÉcrire un dialogue argumentatif à la manière de Diderot : repérer les traits formels du modèle, préparer les interlocuteurs et leurs arguments à l'aide des…

Les fiches et leurs corrigés s'ouvrent en mode enseignant.