Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Montesquieu est l'un des premiers auteurs des Lumières. Dans les Lettres persanes (1721), il critique la société française à travers le regard de voyageurs persans. Dans De l'esprit des lois (1748), étudié sur le site, il défend la séparation des pouvoirs et dénonce l'esclavage avec ironie.
Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Voltaire est l'une des grandes figures des Lumières. Il a combattu toute sa vie l'intolérance, le fanatisme religieux et l'injustice, notamment dans son Traité sur la tolérance (1763). Il est célèbre pour ses contes philosophiques pleins d'ironie, comme Candide (1759), étudié sur le site.
Écrivain et philosophe des Lumières né à Genève, Rousseau a souvent été en désaccord avec les autres philosophes, notamment Voltaire. Il pense que l'homme est naturellement bon et que la société le corrompt. Il a écrit Du contrat social (1762) et Émile ou De l'éducation (1762), étudié sur le site, un traité sur l'éducation d'un enfant.
Homme de lettres français du XVIIIe siècle, Étienne Noël Damilaville était un ami proche de Diderot et de Voltaire, avec qui il a échangé de nombreuses lettres. Il a écrit quelques articles pour l'Encyclopédie, dont l'article « Paix », étudié sur le site, qui dénonce les malheurs causés par la guerre.
Denis Diderot1713 – 1784
Denis Diderot1713 – 1784
Écrivain et philosophe français du XVIIIe siècle, Diderot est l'une des grandes figures des Lumières. Il a dirigé, avec d'Alembert, l'Encyclopédie (1751-1772), qui voulait rassembler toutes les connaissances de son temps. Dans le Supplément au voyage de Bougainville (1772), étudié sur le site, il imagine le regard d'un Tahitien sur les Européens pour critiquer leur société.
Les Lumières contre l'intolérance : liberté de penser, torture, esclavage, lecture
Cette séquence de Seconde fait découvrir les grands combats des philosophes des Lumières à travers les genres et les formes de l'argumentation : l'article de dictionnaire, le dialogue philosophique, l'essai, le mandement parodique, l'article d'encyclopédie. Elle part d'une question : comment dénoncer l'intolérance quand la censure interdit de parler franchement ? Montesquieu, Voltaire et l'Encyclopédie répondent par l'ironie, le détour de la fiction et le dialogue. Chaque texte est lu à travers la même grille : qui parle ? à qui ? quelle thèse est soutenue, et par quelle stratégie ? La séquence se termine par un devoir sur table autour de Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », et par un groupement sur la lecture comme instrument d'émancipation.
Fiche enseignant
Intitulé
Genres et formes de l'argumentation : les Lumières contre l'intolérance
Objet d'étude
« Genres et formes de l'argumentation : XVIIe et XVIIIe siècles » (programme de Seconde, 2014-2015) ; en 2011-2012, « La question de l'homme dans les genres de l'argumentation du XVIe siècle à nos jours »
Classes
Secondes 206 et 207 (2014-2015) ; reprise d'une séquence de 2011-2012 et d'un questionnaire de 2005
Groupement
Montesquieu, Voltaire, Diderot, l'Encyclopédie, Rousseau ; Montaigne et Desproges en comparaison
Durée
Une ouverture, six séances d'étude, un bilan et deux évaluations (reconstitution)
Fil rouge
Qui parle ? Distinguer la thèse de l'énonciateur et la thèse de l'auteur
Le parcours
N°
Dominante
Support
Notions
1
Le siècle des Lumières
Cours d'introduction ; biographie de Voltaire et frise
Raison, tolérance, humanité
2
Dénoncer l'esclavage : qui parle ?
Montesquieu, « De l'esclavage des nègres » ; Diderot ; Candide
Énonciateur, thèse, ironie
3
Un article polémique
Voltaire, « Torture »
Ironie, euphémisme, argument
4
Le dialogue philosophique
Voltaire, « Liberté de penser »
Dialogue, métaphore filée
5
L'article d'encyclopédie
Encyclopédie, article « Paix »
Antithèse, raisonnement
6
L'ironie au service de la lecture
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture »
Antiphrase, parodie
7
Lecture et émancipation ; bilan
Rousseau, Émile ; Manguel (référence)
Comparer des stratégies
8
S'entraîner sur un corpus
Sujets de 2004 et de 2006
Commentaire, dissertation, invention
Les textes étudiés
Texte
Auteur et titre
Œuvre, date
Texte 1
Montesquieu, « De l'esclavage des nègres »
De l'esprit des lois, XV, 5, 1748
Texte 2
Voltaire, « Torture »
Dictionnaire philosophique, 1765 (article ajouté en 1769 [à vérifier])
Texte 3
Voltaire, « Liberté de penser »
Dictionnaire philosophique, 1765
Texte 4
Article « Paix »
Encyclopédie, t. XI, 1765 [à vérifier]
Texte 5
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture »
Nouveaux Mélanges, 1765
Texte 6
Rousseau, la lecture selon Émile
Émile ou De l'éducation, livre II, 1762
2Séance 1 · Ouverture
Qu'appelle-t-on les Lumières ?
Raison, tolérance, humanité
Benoît-Louis Prévost d'après Charles-Nicolas Cochin, frontispice de l'Encyclopédie, gravure, dessin de 1764, gravé en 1772 ✱La Raison et la Philosophie dévoilent la Vérité, qui rayonne : l'image même des Lumières.Domaine public · Wikimedia Commons
Le mot « Lumières » désigne, par une métaphore, le mouvement intellectuel qui marque le XVIIIe siècle européen. Les autres langues disent la même chose : Enlightenment en anglais, Aufklärung en allemand, illuminismo en italien. Toutes évoquent le passage de la nuit au jour, de l'obscurantisme à la connaissance rationnelle. En France, les philosophes, réunis autour de l'Encyclopédie, mettent leurs forces en commun ; leur devise tient en trois mots, que l'on prête à Condorcet : raison, tolérance, humanité.
Les étapes du mouvement
Période
Ce qui se passe
Œuvres repères
1680-1715
« Crise de la conscience européenne » (Paul Hazard) : la raison réexamine toutes les croyances reçues.
Bayle, Dictionnaire historique et critique ; Fontenelle, Histoire des oracles (1686)
1730-1750
Le temps des grands maîtres : les écrits se font audacieux.
Voltaire, Lettres philosophiques (1734) ; Montesquieu, De l'esprit des lois (1748)
1751-1772
L'apogée : la grande aventure de l'Encyclopédie, dirigée par Diderot et d'Alembert (17 volumes de textes, 11 de planches).
Rousseau, Émile et Du contrat social (1762) ; Voltaire, Dictionnaire philosophique (1765)
1770-1789
Les vulgarisateurs (Raynal) et Condorcet ; le ton se durcit contre le despotisme ; naissance du préromantisme.
Raynal et Diderot, Histoire des deux Indes (éd. de 1780)
Les traits communs de la pensée des Lumières
Les philosophes ne pensent pas tous de la même façon : Voltaire est déiste, d'Holbach athée ; Montesquieu et Voltaire admirent la monarchie anglaise, Rousseau défend un gouvernement plus démocratique ; Voltaire se méfie de l'instruction du peuple, Diderot la souhaite. Trois traits les rassemblent pourtant.
Comment les idées se diffusent
Les académies de province, les salons, les cafés (le Procope, où l'on croise Voltaire et Fontenelle), les loges maçonniques, et surtout l'imprimé : gazettes, livres, pamphlets, articles de dictionnaire. Les Lumières contribuent à faire naître une opinion publique, mais elles ne touchent qu'une minorité : 65 à 70 % des Français ne savent pas lire. Pour échapper à la censure, les philosophes publient souvent sans nom d'auteur, à l'étranger, et recourent à des formes détournées : le conte, le dialogue, l'article de dictionnaire.
Montesquieu, « De l'esclavage des nègres », De l'esprit des lois, 1748
Texte 1 · « De l'esclavage des nègres »Montesquieu1689 – 1755
Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :
Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres.
Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.
Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tête ; et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre.
On ne peut se mettre dans l'esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout bonne, dans un corps tout noir.
Il est si naturel de penser que c'est la couleur qui constitue l'essence de l'humanité, que les peuples d'Asie, qui font les eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu'ils ont avec nous d'une façon plus marquée.
On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d'une si grande conséquence, qu'ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
Une preuve que les nègres n'ont pas le sens commun, c'est qu'ils font plus de cas d'un collier de verre que de l'or, qui, chez les nations policées, est d'une si grande conséquence.
Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.
De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d'Europe, qui font entre eux tant de conventions, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ?
Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XV, chapitre 5 (1748) · Lire l'œuvre
Paolo Fumagalli, Vue idéalisée d'une plantation sucrière aux Antilles au XVIIIe siècle, 1830, d'après une gravure de l'Encyclopédie ✱Une plantation de canne à sucre : « le sucre serait trop cher » sans esclaves, ironise Montesquieu.Domaine public · Wikimedia Commons
Deux autres voix contre l'esclavage
Texte complémentaire A · La révolte de l'esclaveDenis Diderot1713 – 1784
Hommes ou démons, qui que vous soyez, oserez-vous justifier les attentats contre ma liberté naturelle par le droit du plus fort ? Quoi ! celui qui veut me rendre esclave n'est point coupable ? Il use de ses droits ? Où sont-ils ces droits ? Qui leur a donné un caractère assez sacré pour faire taire les miens ? Je tiens de la nature le droit de me défendre ; elle ne t'a donc pas donné celui de m'attaquer. Si tu te crois autorisé à m'opprimer, parce que tu es plus fort et plus adroit que moi, ne te plains donc pas quand mon bras vigoureux ouvrira ton sein pour y chercher ton cœur ; ne te plains pas, lorsque, dans tes entrailles déchirées, tu sentiras la mort que j'y aurai fait passer avec tes aliments. Je suis plus fort ou plus adroit que toi ; sois à ton tour victime ; expie maintenant le crime d'avoir été oppresseur.
Mais, dit-on, dans toutes les régions ou dans tous les siècles, l'esclavage s'est plus ou moins généralement établi.
Je le veux : mais qu'importe ce que les autres peuples ont fait dans les autres âges ? Est-ce aux usages du temps ou à sa conscience qu'il faut en appeler ? Est-ce l'intérêt, l'aveuglement, la barbarie ou la raison et la justice qu'il faut écouter ? Si l'universalité d'une pratique en prouvait l'innocence, l'apologie des usurpations, des conquêtes, de toutes les sortes d'oppressions serait achevée.
Denis Diderot, contribution à l'Histoire des deux Indes de l'abbé Raynal (1780) · Lire l'œuvre
Texte complémentaire B · Le nègre de SurinamVoltaire1694 – 1778
[Aux abords de Surinam, Candide et son valet Cacambo rencontrent un esclave mutilé, étendu par terre. Il attend son maître, le négociant Vanderdendur.]
« Oui, monsieur, dit le nègre, c'est l'usage. On nous donne un caleçon de toile pour tout vêtement deux fois l'année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me suis trouvé dans les deux cas. C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. […] Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous ; les fétiches hollandais qui m'ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes tous cousins issus de germain. Or vous m'avouerez qu'on ne peut pas en user avec ses parents d'une manière plus horrible. »
— Ô Pangloss ! s'écria Candide, tu n'avais pas deviné cette abomination ; c'en est fait, il faudra qu'à la fin je renonce à ton optimisme.
Jean-Michel Moreau, « C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe », gravure pour Candide, chapitre 19, 1787 ✱Candide et Cacambo rencontrent l'esclave mutilé de Surinam : la scène du texte B.Domaine public · Wikimedia Commons
✱Pour lire le texte : la « Tournelle » est la chambre criminelle du Parlement ; « donner la question », c'est torturer un accusé pour obtenir ses aveux.
Les Romains n'infligèrent la torture qu'aux esclaves, mais les esclaves n'étaient pas comptés pour des hommes. Il n'y a pas d'apparence non plus qu'un conseiller de la Tournelle regarde comme un de ses semblables un homme qu'on lui amène hâve, pâle, défait, […]. Il se donne le plaisir de l'appliquer à la grande et à la petite torture, en présence d'un chirurgien qui lui tâte le pouls, jusqu'à ce qu'il soit en danger de mort, après quoi on recommence ; et, comme dit très bien la comédie des Plaideurs : « Cela fait toujours passer une heure ou deux. »
Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire ces expériences sur son prochain, va conter à dîner à sa femme ce qui s'est passé le matin. La première fois madame en a été révoltée, à la seconde elle y a pris goût, parce qu'après tout les femmes sont curieuses ; et ensuite la première chose qu'elle lui dit lorsqu'il rentre en robe chez lui : « Mon petit cœur, n'avez-vous fait donner aujourd'hui la question à personne ? »
Les Français, qui passent, je ne sais pourquoi, pour un peuple fort humain, s'étonnent que les Anglais, qui ont eu l'inhumanité de nous prendre tout le Canada, aient renoncé au plaisir de donner la question.
Lorsque le chevalier de La Barre […] fut convaincu d'avoir chanté des chansons impies, et même d'avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d'Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu'on lui arrachât la langue, qu'on lui coupât la main, et qu'on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l'appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vu passer, le chapeau sur la tête.
[Le dernier paragraphe conclut qu'il n'y a point « au fond de nation plus cruelle que la française ».]
Carmontelle, La Malheureuse Famille Calas, dessin, 1765 ✱La famille de Jean Calas, torturé puis exécuté en 1762, attend en prison sa réhabilitation.Domaine public · Wikimedia Commons
§
Exemple
Argument implicite
1
Les Romains et le conseiller de la Tournelle
Argument historique : les juges ne considèrent pas les torturés comme des hommes, mais les Romains, eux, avaient une excuse.
2
Le grave magistrat et sa femme
Il suffit de payer sa charge pour avoir le droit de torturer ; la torture devient un divertissement.
3
Les Français et les Anglais
Argument fondé sur un paradoxe : qui est vraiment « inhumain » ?
4-5
Le chevalier de La Barre
Un fait divers : on torture à mort pour des futilités, et cela se passe au XVIIIe siècle.
Pour comparer : trois façons de dénoncer la torture
C'est une dangereuse invention que celle des gehennes, et semble que ce soit plustost un essay de patience que de verité. Et celuy qui les peut souffrir, cache la verité, et celuy qui ne les peut souffrir. Car pourquoy la douleur me fera elle plustost confesser ce qui en est, qu'elle ne me forcera de dire ce qui n'est pas ? […] Pour dire vray, c'est un moyen plein d'incertitude et de danger.
Montaigne, Essais, livre II, chapitre 5, « De la conscience » (1580) ; gehennes : tortures
Voltaire, « Liberté de penser », Dictionnaire philosophique, 1765
Dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire varie sans cesse les stratégies argumentatives. Il y réhabilite le dialogue philosophique, hérité de Platon, qui permet de confronter deux opinions. Dans l'article « Liberté de penser », un officier général anglais, milord Boldmind, et un comte portugais, Médroso, se disputent sur une question fondamentale des Lumières : la nécessité de penser par soi-même. Chaque personnage représente un mode de pensée propre à sa nation : le libéralisme anglais face à l'obscurantisme portugais.
Texte 3 · « Liberté de penser »Voltaire1694 – 1778
[Vers 1707, aux eaux de Barège, milord Boldmind, officier général anglais blessé au combat, rencontre le comte Médroso, « familier de l'inquisition ». Un jour, après boire, il a avec lui cet entretien.]
BOLDMIND. — Vous êtes donc sergent des dominicains ? vous faites là un vilain métier.
MÉDROSO. — Il est vrai ; mais j'ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j'ai préféré le malheur de brûler mon prochain à celui d'être cuit moi-même.
[Boldmind s'indigne ; Médroso répond qu'au Portugal « il ne nous est permis ni d'écrire, ni de parler, ni même de penser ».]
BOLDMIND. — Il ne tient qu'à vous d'apprendre à penser ; vous êtes né avec de l'esprit ; vous êtes un oiseau dans la cage de l'inquisition ; le saint-office vous a rogné les ailes ; mais elles peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l'apprendre ; tout homme peut s'instruire : il est honteux de mettre son âme entre les mains de ceux à qui vous ne confieriez pas votre argent ; osez penser par vous-même.
MÉDROSO. — On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange confusion.
[Boldmind répond par l'exemple du théâtre, où chacun dit librement son avis sans troubler la paix : ce sont les « tyrans des esprits » qui ont causé une partie des malheurs du monde.]
BOLDMIND. — […] Nous ne sommes heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire son avis.
MÉDROSO. — Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien.
BOLDMIND. — Vous êtes tranquilles, mais vous n'êtes pas heureux ; c'est la tranquillité des galériens, qui rament en cadence et en silence.
MÉDROSO. — Vous croyez donc que mon âme est aux galères ?
BOLDMIND. — Oui ; et je voudrais la délivrer.
MÉDROSO. — Mais si je me trouve bien aux galères ?
Dirigée par Diderot et d'Alembert à partir de 1751, l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers veut faire l'inventaire des connaissances humaines ; c'est aussi une arme polémique : sous l'apparence d'une définition, un article peut combattre un préjugé.
La guerre est un fruit de la dépravation des hommes ; c'est une maladie convulsive et violente du corps politique ; il n'est en santé, c'est-à-dire dans son état naturel, que lorsqu'il jouit de la paix ; c'est elle qui donne de la vigueur aux empires ; elle maintient l'ordre parmi les citoyens ; elle laisse aux lois la force qui leur est nécessaire ; elle favorise la population, l'agriculture et le commerce ; en un mot, elle procure au peuple le bonheur qui est le but de toute société. La guerre, au contraire, dépeuple les États ; elle y fait régner le désordre ; les lois sont forcées de se taire à la vue de la licence qu'elle introduit ; elle rend incertaines la liberté et la propriété des citoyens ; elle trouble et fait négliger le commerce ; les terres deviennent incultes et abandonnées. Jamais les triomphes les plus éclatants ne peuvent dédommager une nation de la perte d'une multitude de ses membres que la guerre sacrifie.
Si la raison gouvernait les hommes, si elle avait sur les chefs des nations l'empire qui lui est dû, on ne les verrait point se livrer inconsidérément aux fureurs de la guerre. […] L'épuisement seul semble forcer les princes à la paix ; ils s'aperçoivent toujours trop tard que le sang du citoyen s'est mêlé à celui de l'ennemi ; ce carnage inutile n'a servi qu'à cimenter l'édifice chimérique de la gloire du conquérant et de ses guerriers turbulents.
Article « Paix », Encyclopédie, tome XI (1765), attribué à Damilaville [à vérifier], extrait
L'aventure de l'Encyclopédie
L'Encyclopédie naît en 1748 d'un projet modeste : traduire pour le libraire Le Breton la Cyclopædia de l'Anglais Ephraïm Chambers (1728). Diderot et d'Alembert en font une œuvre collective et militante. C'est un dictionnaire, mais surtout une critique raisonnée des savoirs, dont le système des renvois souligne l'unité ; pour la première fois, elle accorde leur place aux arts mécaniques, que onze volumes de planches permettent de découvrir. Elle témoigne de l'esprit des Lumières, où se conjuguent l'appétit de savoir, la liberté de pensée et la nécessité de douter. Voltaire en résume ainsi l'histoire :
Le siècle passé a mis celui où nous sommes en état de rassembler en un corps, et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les sciences et de tous les arts, tous poussés aussi loin que l'industrie humaine a pu aller ; et c'est à quoi a travaillé une société de savants remplis d'esprit et de lumières. Cet ouvrage immense et immortel semble accuser la brièveté de la vie des hommes. Il a été commencé par MM. Diderot et d'Alembert, traversé et persécuté par l'envie et l'ignorance, ce qui est le destin de toutes les grandes entreprises.
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765
Un mouphti de Stamboul condamne l'imprimerie, introduite dans l'Empire ottoman en 1726. Étudié en classe en 2011-2012, le texte a servi de devoir sur table de fin de séquence en 2014-2015 (classes de Seconde, 1 h 30).
Texte 5 · « De l'horrible danger de la lecture »Voltaire1694 – 1778
Nous Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui ces présentes verront, sottise et bénédiction.
Comme ainsi soit que Saïd Effendi, ci-devant ambassadeur de la Sublime-Porte vers un petit État nommé Frankrom, situé entre l'Espagne et l'Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l'imprimerie, ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères les cadis et imans de la ville impériale de Stamboul, et surtout les fakirs connus par leur zèle contre l'esprit, il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser ladite infernale invention de l'imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées.
1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l'ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.
[Suivent cinq autres « causes » : les livres pourraient enrichir les cultivateurs, rendre justice aux bonnes actions, enseigner des vertus, diminuer les pèlerinages et protéger de la peste.]
À ces causes et autres, pour l'édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s'instruire, nous défendons aux pères et aux mères d'enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines ; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l'ancien usage de la Sublime-Porte.
[Le mouphti charge enfin le premier médecin du sultan de saisir toute idée aux portes de la ville.]
Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l'an 1143 de l'hégire.
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », Nouveaux Mélanges, vol. 3 (1765), extraits · Lire l'œuvre
Goussier (dessin) et Robert Bénard (gravure), « Imprimerie en lettres, l'opération de la casse », planche de l'Encyclopédie, eau-forte, XVIIIe siècle ✱Des ouvriers composent un texte lettre par lettre : la redoutable imprimerie que le mufti veut interdire.Domaine public · Wikimedia CommonsCarte mentale de l'étapeironieVoir dans le Lexique →
8Séance 7 · Groupement
Lire pour être libre
Rousseau, Voltaire, Manguel : trois regards sur la lecture
Le texte de Voltaire est relu au sein d'un petit corpus : un traité d'éducation du XVIIIe siècle et un essai de la fin du XXe siècle. Les trois auteurs défendent la lecture, mais pas de la même façon ni pour les mêmes raisons.
Texte 6 · « La lecture est le fléau de l'enfance »Jean-Jacques Rousseau1712 – 1778
La lecture est le fléau de l'enfance, et presque la seule occupation qu'on lui sait donner. À peine à douze ans Émile saura-t-il ce que c'est qu'un livre. Mais il faut bien au moins, dira-t-on, qu'il sache lire. J'en conviens : il faut qu'il sache lire quand la lecture lui est utile ; jusqu'alors elle n'est bonne qu'à l'ennuyer.
Si l'on ne doit rien exiger des enfants par obéissance, il s'ensuit qu'ils ne peuvent rien apprendre dont ils ne sentent l'avantage actuel et présent, soit d'agrément, soit d'utilité ; autrement quel motif les porterait à apprendre ? L'art de parler aux absents et de les entendre, l'art de leur communiquer au loin nos sentiments, nos volontés, nos désirs, est un art dont l'utilité peut être rendue sensible à tous les âges. Par quel prodige cet art si utile et si agréable est-il devenu un tourment pour l'enfance ? Parce qu'on la contraint de s'y appliquer malgré elle, et qu'on le met à des usages auxquels elle ne comprend rien. Un enfant n'est pas fort curieux de perfectionner l'instrument avec lequel on le tourmente ; mais faites que cet instrument serve à ses plaisirs, et bientôt il s'y appliquera malgré vous.
On se fait une grande affaire de chercher les meilleures méthodes d'apprendre à lire ; on invente des bureaux, des cartes ; on fait de la chambre d'un enfant un atelier d'imprimerie. Locke veut qu'il apprenne à lire avec des dés. Ne voilà-t-il pas une invention bien trouvée ? Quelle pitié ! Un moyen plus sûr que tout cela, et celui qu'on oublie toujours, est le désir d'apprendre. Donnez à l'enfant ce désir, puis laissez là vos bureaux et vos dés, toute méthode lui sera bonne.
[Rousseau imagine qu'Émile reçoit de courts billets l'invitant à une promenade ou à un goûter : faute de trouver quelqu'un pour les lui lire, il s'évertue à les déchiffrer lui-même.]
Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l'éducation, livre II (1762), extrait. Émile : disciple imaginaire de Rousseau ; Locke : philosophe anglais, auteur d'un traité sur l'éducation. · Lire l'œuvre
Page de titre de la première édition d'Émile ou De l'éducation de Jean-Jacques Rousseau, La Haye, Jean Néaulme, 1762 ✱La première édition d'Émile, le traité d'éducation d'où vient le texte 6.Domaine public · Wikimedia Commons
Question sur le corpus, commentaire, dissertation, invention
Outre le devoir sur table (séance 6) et l'évaluation sur la lecture (séance 7), deux sujets plus anciens, construits sur les mêmes textes, entraînent aux exercices de l'écrit.
AaMémento
Lexique
Les cartes mentales et les mots à connaître de la séquence, pour apprendre et réviser.
Mode révision : les définitions sont cachées. Dis-les à voix haute, puis touche une fiche ou une branche pour vérifier.
Les cartes mentales ✱
Une carte par mot important : au centre le mot, autour ses synonymes, ses contraires, sa famille, son origine, ses expressions et les œuvres où il compte. Lis-la, cache-la, puis redessine-la de mémoire.
luminaria latin tardif : flambeaux, astres, d'où « lumière »
Aufklärung allemand : éclaircissement, nom allemand des Lumières
Expressions
le siècle des Lumières : le XVIIIe siècle
éclairer les hommes : les instruire par la raison
avoir des lumières sur un sujet : en avoir des connaissances
« Ose savoir ! » : devise des Lumières selon Kant (Sapere aude)
Références culturelles
Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748Montesquieu y analyse les lois et les régimes politiques par la raison et défend la séparation des pouvoirs.
Diderot et d'Alembert, Encyclopédie, 1751-1772Cette œuvre collective veut rassembler et diffuser tous les savoirs pour éclairer le public.
Voltaire, Traité sur la tolérance, 1763À partir de l'affaire Calas, Voltaire combat le fanatisme religieux au nom de la raison et de la tolérance.
Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, 1762Rousseau y fonde la légitimité politique sur la volonté générale et la souveraineté du peuple.
Emmanuel Kant, Qu'est-ce que les Lumières ?, 1784Kant y définit les Lumières comme la sortie de l'homme hors de sa minorité, sous la devise Sapere aude.
eirôneia grec : action d'interroger en feignant l'ignorance
ironia latin : ironie
ironique, ironiser mots de la même famille
Expressions
l'ironie du sort : un hasard cruel, comme une moquerie du destin
l'ironie socratique : Socrate feint l'ignorance pour faire réfléchir
au second degré : il faut comprendre le contraire de ce qui est dit
Références culturelles
Montesquieu, De l'esprit des lois (« De l'esclavage des nègres »), 1748Montesquieu feint de justifier l'esclavage par des arguments absurdes pour mieux le condamner.
Jonathan Swift, Modeste proposition, 1729Swift propose avec un sérieux glacial de manger les enfants des pauvres pour dénoncer leur misère.
Voltaire, Candide, 1759L'ironie de Voltaire ridiculise l'optimisme de Pangloss face aux pires catastrophes.
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Voltaire fait interdire l'imprimerie par un mufti pour en défendre la liberté par antiphrase.
encyclopédiqueadj.encyclopédisten. m.encyclopédismen. m.
Champ lexical
savoirarticlerenvoiraisonprogrèsphilosophe
Étymologie
enkuklios paideia grec : instruction complète, qui fait le tour des savoirs
kuklos grec : cercle
paideia grec : éducation
Expressions
une encyclopédie vivante : une personne qui sait tout
l'Encyclopédie : l'œuvre collective des Lumières dirigée par Diderot et d'Alembert
les renvois : le système qui relie les articles et glisse des critiques
Références culturelles
François Rabelais, Pantagruel, 1532Dans sa lettre à son fils, Gargantua l'invite à devenir un « abîme de science » en apprenant tous les savoirs.
Diderot et d'Alembert, Encyclopédie, 1751-1772Ce dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers est le modèle de l'encyclopédie moderne.
D'Alembert, Discours préliminaire de l'Encyclopédie, 1751D'Alembert y présente le projet de l'Encyclopédie et une classification des connaissances humaines.
Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764Voltaire y reprend l'ordre alphabétique des encyclopédies pour en faire une arme critique portative.
lirev.lecteurn. m.lectricen. f.relirev.relecturen. f.lisibleadj.illisibleadj.lisibilitén. f.
Champ lexical
livrelecteurtextesensindicebibliothèque
Étymologie
legere latin : cueillir, choisir, puis lire
lectura latin médiéval : lecture
lecteur, légende, lisible mots de la même famille
Expressions
une lecture attentive : on lit deux fois et on cherche les indices
une lecture cursive : une lecture personnelle, en entier
une grille de lecture : une façon d'interpréter
lire entre les lignes : comprendre ce qui n'est pas dit
Références culturelles
Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture », 1765Par antiphrase, Voltaire fait condamner la lecture par un mufti pour en défendre la liberté.
Marcel Proust, Sur la lecture, 1906Proust y évoque les lectures de son enfance et la lecture comme incitation à penser.
Ray Bradbury, Fahrenheit 451, 1953Dans un monde où lire est interdit, des hommes apprennent les livres par cœur pour les sauver.
Jean-Paul Sartre, Les Mots, 1964Sartre y raconte une enfance parmi les livres, en deux parties : « Lire » et « Écrire ».
Daniel Pennac, Comme un roman, 1992Pennac y défend le plaisir de lire et énonce les droits imprescriptibles du lecteur.
AaLes mots de l'argumentation
Notions à connaître en fin de séquence
TThèse de l'énonciateur / de l'auteur
Ce que soutient celui qui parle dans le texte / ce que pense réellement l'écrivain. Les deux s'opposent quand le texte est ironique.
SStratégie argumentative
L'ensemble des moyens choisis pour faire passer une thèse : énonciation, genre, procédés.
IIronie
Décalage entre les mots et la pensée : l'auteur dit les choses comme l'adversaire pourrait les dire, et le lecteur complice restitue le sens implicite.
EEuphémisme
Mot faible pour désigner une réalité grave (« ces expériences »).
AAlliance de mots
Rapprochement de termes de tonalités opposées (« Mon petit cœur… la question »).
RRegistre polémique
Ton de l'attaque et du combat d'idées ; jugement moral sans concession.
DDialogue philosophique
Échange fictif hérité de Platon, qui confronte deux opinions ; le philosophe y mène son interlocuteur à reconnaître ses contradictions.
MMinorité (Kant)
Incapacité de se servir de son propre entendement sans la direction d'autrui ; les Lumières invitent à en sortir.
RRythme ternaire, gradation
Énumération en trois temps, souvent d'intensité croissante (« ni d'écrire, ni de parler, ni même de penser »).
✱
AArgumentation directe / indirecte
Thèse exposée en son nom / par un détour : fiction, dialogue, ironie.
CConvaincre / persuader
Agir sur la raison / sur les émotions.
AAntiphrase
Dire le contraire de ce que l'on pense (« l'horrible danger de la lecture »).
PParodie
Imitation d'un genre ou d'un style pour s'en moquer (le mandement du mouphti).
QQuestion rhétorique
Question qui affirme une idée (« Où sont-ils ces droits ? »).
Sources : documents d'Etienne Buraud sur Google Drive. Séquence de Seconde « Genres et formes de l'argumentation au XVIIe et au XVIIIe siècle » (classes 206-207, 2014-2015) : « liberte de penser » et « Liberté de penser, cours » (mars 2015), « Article Paix, encyclopédie, transparent » (2015), DST-207 et DST-2NDE (janvier 2015), « Vers le Bac, esclavage, 203 » (2014). Séquence 4 de 2011-2012 : « De l'esclavage des nègres, texte bac », « corpus argumentatif sur l'esclavage », « De l'horrible danger de la lecture », « corpus lecture émancipation » et « EFS lecture émancipation » (mai 2012), « corpus Voltaire-Desproges » (titre seul). Séquence Voltaire de 2005-2006 : questionnaire sur la séquence (octobre 2005) et évaluation de fin de séquence (avril 2006). Compléments : « Les Lumières, cours d'introduction » (2003), « Voltaire, Torture, plan de commentaire » (2006), sujet de bac blanc sur la torture (mai 2004), d'où vient le texte de « Torture ». Textes de Montesquieu, Voltaire, Diderot, Rousseau, Montaigne et de l'Encyclopédie dans le domaine public ; Desproges, Manguel, Calvino et l'appel de 2000, protégés, sont seulement résumés ou cités en référence. Ajouts pédagogiques signalés : encadrés « L'auteur », note de lecture du texte 2, questions sur l'article « Paix », tableau des trois stratégies, éléments de réponse du devoir, bilan, seconde partie du mémento. Les dates marquées [à vérifier] sont à contrôler.
10IAPour aller plus loin
Activités avec l'IA ✱
Ces activités sont différentes des exercices du cours : elles se font avec un assistant d'intelligence artificielle, en classe ou à la maison. Elles ont été rédigées pour le site avec l'aide d'une IA (signe ✱).
Trois règles avant de commencer
L'IA ne fait pas le travail à ta place : tu écris d'abord, elle t'aide à vérifier ou à aller plus loin.
Ne donne jamais ton nom, ton établissement ni rien de personnel.
L'IA se trompe souvent : elle invente des citations, des dates, des faits. Vérifie toujours dans ton manuel.
1
Qui parle chez Montesquieu ? L'IA tombe-t-elle dans le piège ?
En classe25 min
Objectif. Comprendre l'ironie de « De l'esclavage des nègres » : l'énonciateur feint de défendre l'esclavage pour mieux le ridiculiser.
Relis le texte 1 et remplis la grille d'analyse (énonciateur, destinataire, thèse).
Colle le texte (domaine public) dans l'IA et demande-lui la thèse, sans rien préciser d'autre.
Compare : l'IA distingue-t-elle l'énonciateur fictif et Montesquieu ? Repère-t-elle les arguments absurdes ?
Rédige en 5 lignes ce qui, dans le texte, signale l'ironie.
À écrire à l'IA
Voici un extrait de De l'esprit des lois de Montesquieu (1748), livre XV, chapitre 5 (je le colle ci-dessous). Je suis en Seconde. Quelle est la thèse de ce texte ? Qui parle ? Justifie en citant trois passages.
Garde ton esprit critique. Une lecture au premier degré ferait de Montesquieu un défenseur de l'esclavage. Vérifie que l'IA explique l'antiphrase et cite exactement le texte. Si elle le fait trop vite, demande-toi si elle a vraiment lu ou si elle récite une analyse connue.
2
Répondre à l'esclavagiste : mon monologue d'abord
À la maison45 min
Objectif. Réussir l'atelier d'écriture (monologue polémique d'un esclave qui répond aux arguments de l'esclavagiste de Montesquieu) en s'appuyant sur Diderot et Candide.
Relis le texte complémentaire A (Diderot) et B (Candide, chapitre 19).
Écris seul ton monologue : chaque argument de l'esclavagiste reçoit une réponse.
Demande à l'IA de vérifier que tu as répondu à tous les arguments, sans réécrire.
Complète toi-même les réponses manquantes.
À écrire à l'IA
J'ai écrit en Seconde un monologue polémique : un esclave répond aux arguments de l'esclavagiste imaginé par Montesquieu dans De l'esprit des lois (je colle mon texte ci-dessous). Ne le réécris pas. Fais la liste des arguments de Montesquieu auxquels je réponds, et de ceux que j'ai oubliés.
Garde ton esprit critique. Vérifie la liste des arguments avec le texte de Montesquieu : l'IA peut en oublier ou en inventer. Le ton et les idées de ton monologue doivent rester les tiens.
3
« Torture » : dater un article, une enquête
À la maison20 min
Objectif. Situer l'article « Torture » du Dictionnaire philosophique, dont la date est marquée « [à vérifier] » dans le manuel, et apprendre à chercher une source.
Lis la source du texte 2 dans le manuel.
Demande à l'IA dans quelle édition du Dictionnaire philosophique l'article a paru.
Vérifie dans une source fiable (édition critique, site d'une bibliothèque).
Écris ta conclusion et ta source en 3 lignes.
À écrire à l'IA
Dans quelle édition du Dictionnaire philosophique de Voltaire l'article « Torture » a-t-il paru pour la première fois ? Donne l'année, ton degré de certitude et une source précise où je peux vérifier.
Garde ton esprit critique. Si l'IA répond avec assurance sans source vérifiable, méfie-toi. Le Dictionnaire philosophique a connu plusieurs éditions enrichies : une date sans précision ne suffit pas.
4
Rousseau, Voltaire, Manguel : comparer les stratégies
En classe ou à la maison35 min
Objectif. Préparer la question sur le corpus « Lire pour être libre » : comparer la thèse et la stratégie de chaque auteur.
Relis le texte de Rousseau (Émile), celui de Voltaire et le résumé du texte de Manguel.
Remplis seul un tableau : thèse, genre, stratégie (démontrer, convaincre, persuader, ironie).
Demande à l'IA le même tableau.
Compare : où l'IA simplifie-t-elle la thèse de Rousseau ? Corrige ton tableau sans recopier le sien.
À écrire à l'IA
Compare dans un tableau la thèse et la stratégie argumentative de trois textes sur la lecture : Rousseau, Émile, livre II (1762), « La lecture est le fléau de l'enfance » ; Voltaire, « De l'horrible danger de la lecture » (1765) ; Alberto Manguel, Histoire de la lecture (1998), sur les esclaves américains à qui l'on interdisait de lire. Je suis en Seconde.
Garde ton esprit critique. La thèse de Rousseau est nuancée (il parle de l'enfance, pas de toute la vie) : vérifie que l'IA ne la caricature pas. Ne lui fais pas confiance sur le texte de Manguel, qu'elle connaît sans doute mal : compare avec ton texte distribué.
✎Pour l'enseignant
Fiches d'activité d'une heure
8 fiches avec corrigé, prêtes à photocopier
01
Raison, tolérance, humanitéComprendre ce que désigne le mot Lumières, situer le mouvement dans le XVIIIe siècle, repérer les combats des philosophes et les formes d'écriture qu'ils…
02
Montesquieu, qui parleComprendre qu'un texte peut soutenir en apparence la thèse qu'il combat : identifier l'énonciateur fictif imaginé par Montesquieu, examiner un à un ses…
03
Trois voix contre l'esclavageComparer trois manières de dénoncer l'esclavage (ironie de l'essai, révolte oratoire, témoignage dans un conte) à l'aide de la grille d'analyse d'Etienne Buraud…
04
Voltaire, Torture, un article polémiqueMontrer que l'article de Voltaire, sous son apparence décousue, construit une argumentation : un exemple et un argument implicite par paragraphe. Nommer les…
05
Dénoncer la torture, de Montaigne à DesprogesLire un texte du XVIe siècle dans son orthographe d'origine, comparer trois stratégies contre la torture (Montaigne, Voltaire, Desproges), puis analyser un…
06
Boldmind et Médroso, l'art du dialogueComprendre comment le dialogue philosophique fait passer une thèse sans l'énoncer : lire l'échange à deux voix, répondre aux trois questions d'Etienne Buraud…
07
La paix, santé du corps politiqueDécouvrir l'Encyclopédie comme arme polémique, analyser la construction d'un article (antithèse entre la paix et la guerre, métaphore médicale, hypothèse)…
08
Lire pour être libreLire le texte de Rousseau, comparer les thèses et les stratégies des trois auteurs du groupement (question sur le corpus de l'évaluation de 2012), puis…